CHAPITRE PREMIER
LE MINISTÈRE ET l'ÉLYSÉE
Le gouvernement était, à ses débuts, par sa composition même, l'expression d'une situation générale. Le pays voulait très certaÎDement alors que la République conservatrice, celle que ses premiers fondateurs avaient qualifiée et garantie, fût définitivement établie. Une majorité considérable à la Chambre des députés était décidée à la soutenir de ses votes : les partis avancés, sous la direction de plus en plus accusée de Gambetta, se rangeaient à cette même attitude, pour un temps du moins. De ce côté, nous n'avions pas, dans les premiers moments, de préoccupations sérieuses.
Le Sénat, dans sa généralité, avait, de son côté, le sentiment de la haute fonction pondératrice que nous avions voulu lui donner par la Constitution de 1875, Sa majorité était, en partie il est vrai, composée d'hommes qui avaient mené la bataille
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contre la République jusqu'au vote de la Godstitution. Mais ces mêmes hommes, tout en con-
servant l'arrière -pensée d'une Restauration monarchique que l'article 8 de la Constitution rendait possible, s'étaient résolus à soutenir le septennat, avec la personne du Maréchal. Ils ne furent pas, au début, délibérément hostiles au nouveau gouvernement. Mais, peut-être était-ce attendre un effort dépassant la vertu commune, que de demander à des hommes en proie à toutes les sollicitations de la vie publique, de conserver, sans espoir, une altitude constante d'ahnégalion ; et surtout de contribuer par leur sagesse à l'affermissement d'un état de choses qu'ils consentaient à conserver, à terme, mais qu'ils entendaient transformer te plus tôt possible en un régime qui conviendrait mieux à leur foi patriotique, à leurs sentiments dynastiques, et pour beaucoup d'entre eux, à leurs vues intéressées. Le plus petit incident était pour eux un sujet d'alarmes, sincères ou non, et un prétexte & des récriminations contre le Gouvernement. Ils ne dissimulaient pas leur mauvais vouloir, surtout à l'égard des membres du ministère qui affirmaient plus clairement, par leurs actes, la volonté de fonder définitivement la République. Le ministre de l'Intérieur, par sa fonction même, était surtout en butte à leurs critiques et à leur animosité personnelle. Mais nous ne nous en souciions guère dans le Gouvernement, étant tout entiers attachés à la tâched'élablirle nouveauRégime surses bases constitutionnelles, et de lui imprimer une impulsion conforme à son esprit et à nos espérances.