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LE MINISTÈRE, L'ÉLYSÉE ET LES PARTIS

Le secrétaire général du Maréchal, M. le général d'Abzac, était un fort galant bontme, mais très fermé, ayant peu de goût pour les nouveaux ministres, et de nul secours pour établir des rapports faciles entre le Maréchal et nous.

M. le vicomte Emmanuel d'Harcourt, secrétaire particulier du Maréchal, était jeune alors, mais très au courant des hommes et des choses. C'était un parfait galant bomme, aimable, spirituel, avec une pointe de raillerie ; mais sérieux à propos, et très propre à entretenir entre les ministres et l'Elysée des rapports bciles. Il avait même, semble-t-it, du goût pour la politique ; il y apportait les manières aisées et le ton de courtoisie familiers aux gens bien nés, qui rendeut les rapports entre hommes si commodes, et qui facilitent les solutions dans les affaires. Et toutefois des préventions peu justifiées demeuraient entre nous, qui entretenaient, de part et d'autre, une certaine méfiance, ce qui diminuait l'avantage d'avoir affaire à un galant bomme tel que lui. Il avait plus d'entregent que les autres attachés i la personne du Maréchal, plus de bonne grâce et moins de raideur en politique. Il eût facilité volontiers les rapprochements ; et toutefois il ne pouvait vaincre tout à fait les défiances que nous éprouvions presque tous & l'égard de l'Elysée. Au fond, tout cela manquait, sinon de sincérité, du moins de cordialité.

Dans le conseil, M. le Maréchal prenait peu de part aux délibérations. Quand il donnait son avis, il le faisait sobrement, avec justesse et bon sens. Il paraissait avoir pour M. Dufaure une sorte de révé-

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rence, avec une pointe de timidité, tout au moins de surface; et cette gène était apparente quand il s'adressait à iui, ou réciproquement : de son côté, M. Dufaurc n'osait pas laisser paraître, en face de lui, son autorité de président du Conseil ; il semblait qu'ils avaient peur l'un de l'autre. Et cela n'était point ridicule, parce qu'ils obéissaient tous les deux à un sentiment respectable.

J'étais, par ma fonction, obligé d'avoir avec te Marécbal des rapports fréquents, et le plus souvent, j'avais à l'entretenir des questions touchant le personnel administratif. C'étaient tantôt des maires de villes,^ tantôt des fonctionnaires, dont j'étais amené à lui demander la révocation. Il mettait de la politesse dans ses relations avec moi ; mais je sen* tais l'effort, et qu'il se défendait mal de préventions, que de mon côté je savais être injustes et qui me blessaient, H me rendait pourtant justice : je le sus beaucoup plus tard par Chanzj qui lui parlait de moi, et à qui il répondit : « Ah ! oui, celui-là du moins ne m'a jamais trompé. i> Il avait deviné juste. 11 y eut toujours entre lui et moi une certaine gène, entretenue par la méchante humeur de son entourage, mais je ne l'ai jamais trompé en effet.

Ce n'est pas que le Marécbal de Mac-Habon fût délibérément hostile aux institutions nouvelles. Il était non rallié, en ce sens que, par sentiment personnel, il était resté monarchiste ; mais il était décidé à être fidèle à son mandat, tel qu'il l'avait accepté dans la nuit du â4 mai 1873. Il se considérait comme une sentinelle. II donnait à sa fonction le sens militaire qu'on attache à ce mot. Il ne pou-

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