LE HIMSTÈBE, L'ELYSÉE ET LES PARTIS
vait se détacher lout à fait des habitudes et des procédés politiques qu'il avait vu pratiquer sous l'Empire. Les idées que nous avions, et que nous désirions faire pénétrer dans le système général de l'administration, idées empreintes de projets de décentralisation, et des libertés communales que, pour mon compte, je désirais faire passer dans le nouveau Régime et que je ne dissimulais nullement, lui semblaient subversives. 11 se trouvait aussi lié d'honneurau personnel administratif qui avait servi le septennat, et il se croyait obligé de le défendre.
Sa prud'bomie était, sous ce rapport, mise à une rude épreuve, dans sa situation de Président iiresponsable, obligé de souscrire aux sacrificea de per> sonnes que les ministres et principalement le ministre de l'Intérieur lui imposaient.
Son entourage était plutôt hostile au nouveau gouvernement, et attaché par des liens de parenté ou par des souvenirs aux Régimes du passé. Ce monde de l'Élysée connaissait peu ou ne connaissait pas du tout le monde politique du Régime nouveau. Aux motifs d'éloigné ment, tirés des opinions politiques, s'ajoutaient des antipathies entre les personnes ; et cette dernière cause d'hostilité mutuelle était bien plus puissante que l'autre. Elle devenait aiguë quand les femmes s'en mêlaient. Le personnel féminin mondain qui fréquentait les salons de l'Elysée était, il est vrai, sous ce rapport, intraitable.
Les femmes ne sont pas tenues à cette courtoisie qui est de règle entre hommes bien élevés, même dans les rapports où la politique peut être mêlés.
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Quand elles sont bien nées, et qu'une fausse éducation mondaine n'a pas gâté leur naturel qui est fait de bonté, elles se montrent aimables, même envers les bommes qui ne sont pas, comme on dit, de leur monde... Mais ee ne fut pas toujours ainsi que se montrèrent les femmes de l'entourage immédiat et babituel de Mme de Mac-Mabon. Elles ne Brent pas toujours preuve, sous ce rapport, de vrai bon ton, et, si elles pouvaient relever quelques erreurs de tenue cbez les républicains, elles n'étaient pas eliesmémes à l'abri de critiques; ce que, d'ailleurs, ayant toutes les prétentions, elles ne pouvaient admettre. Le salon de l'Elysée devint ainsi, parla force des cboses, une sorte de salon politique, mais superficiel, très frivole, tout en manières , et, dès le début, il fut considéré dans, le camp républicain comme un foyer d'opposition, et même presque de conspiration permanente.
Le Marécbai aurait voulu qu'il en fût autrement. 11 se montrait disposé à faire bon accueil à tout le monde. Mais, en fait d'bommes politiques, il ne connaissait que ceux des anciens partis. 11 n'avait pas la mémoire des noms : on le sentait désorienté, et il n'était pas apte & donner le ton, ni, au besoin, à imposer à ce cercle mondain d'un genre particulier les mœurs nouvelles qu'eût exigées sa situation de cbef de l'Etat et de Président de la République.
La Duchesse marquait un certain dédain des botes nouveaux, qu'elle paraissait plutdt subir que recbercber. Elle n'avait pas compris le rôle supérieur qu'il lui eût été si facile de prendre, et qui lui
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eût fait grand honneur, pour le plus grand profit de la Présidence.
On ne saurait imaginer combien de telles niaiseries Ont fait de mal, et à quel degré d'irritation ces façons discourtoises ou visiblement malveillantes, des affectations de rang et de savoir-vivre, portaient des hommes que la moindre politesse, de la bonne grâce, des façons aimables eussent facilement attachés à la politique présidentielle.
Ainsi, dès le premier jour, s'étaient organisées: à l'Elysée d'une part, au journal la République [française, de l'autre, les deux forces divergentes entre lesquelles le nouveau Régime commençait & fonctionner.
Ce Régime avait pour lui la majorité certaine du pays, la confiance publique, toute la fraction modérée de l'attcienne Assemblée nationale, représentée dans les deux Chambres, des ministres de l'Ecole constitutionnelle, pleins d'ardeur et tout entiers dévoués à leur œuvre. Il avait encore ia signature assurée du Maréchal, mais non son appui convaincu et hautement avoué.
Dans les premiers temps, le ministère eut, dans le camp républicain proprement dit, l'appui de M. Jules Grévy, président de ta Chambre, lequel d'ailleurs ne poussa jamais son zèle jusqu'au sacrifice, et l'appui de M. Jules Ferry, qui exerçait une autorité réelle sur ses amis. Gambetta lui-même lui donnait son adhésion, avec, il est vrai, quelque affectation de protecteur. Il n'entendait pas d'ail-
leurs être ou paraître associé de trop près à l'œuvre du jour, ce qui eût été en contradiction avec le rôle qu'il entendait jouer, que ses clients surtout voulaient qu'il jouât : le rôle du chef de parti de l'avenir.
Un début de règne, au milieu de tant de contradictions et de concours boiteux, aurait fait reculer les plus Sers courages. Mais nous étions alors pleins des plus nobles sentiments du devoirenvers la patrie ; et nous nous jetions dans l'arène des partis avec l'entrain d'un beau zèle, et avec la confiance que pouvait donner la jeunesse d'un Régime politique.
Hélas 1 tous sont morts à présent ! Tous ceux qui avaient au cœur la fierté de cette grande entreprise : fonder un nouveau Régime politique, qui nous paraissait être le port après tant de tempêtes! Je suis seul resté pour assister à la ruine de nos espérances. Mais, consigner ici l'ardeur, la sincérité, l'entrain joyeux, la fougue même qui méprisait tes périls et qui nous faisait négliger les menaces; rendre hommage aux vertus civiques, faites de dévouement, de désintéressement, avec les lumières les plus vives, les capacités gouvernementales les plus réelles quoique improvisées de mes collègues, c'est ajouter un trait véridique à l'histoire que je raconte, et léguer ce passé comme un exemple aux générations qui vont suivre. Et c'est encore, si l'on veut, une satisfaction de cœur que je me donne.
Au début de ce Régime, les questions les plus irritantes étaient les questions de personne, tant il