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tuée dans la politique intérieure auraient fait reculer le paya, tandis qu'il le laissait aller à suivre, docilement d'abord, avec entrain ensuite, l'exemple des fractions modérées de l'Assemblée qui soutenaient et qui encourageaient la politique de M. Thiers. Gambetta, alors, se distinguait parmi les plus sages. Au dehors de l'Assemblée, son attitude était quelque peu différente, non pas au début, car il mit tout d'abord une sorte d'affectation à rester dans l'ombre; mais son attitude prit peu A peu le relief d'une opposition quasi personnelle. Un parti de jeunes hommes pressés d'entrer en scène s'était formé, qui lui faisait cortège.
Dans ce milieu, son action était réelle et effective, en Vue de préparer et de ménager un avenir qui serait comme une terre promise à la génération nouvelle. C'étaient tous ces amis de la veille qui avaient servi de cortège au jeune tribun à la fin de l'Empire, qui l'avaient suivi dans son rôle de dictateur improvisé, qui s'étaient, pendant la guerre, installés dans tes postes de l'État devenus vacants, et qui s'étaient accoutumés à attacher leur fortune propre à la sienne.
Et c'est ainsi, en jetant un regard rétrospectif sur ce lointain passé, que l'on découvre, dès les premiers temps de la République, le virus qui a fini par la dénaturer, je veux dire une faction substituée à la vraie France, et qui l'a empêchée de se constituer en une République vraiment nationale, conservatrice et libérale- Un peu par le fait d'une séduction personnelle de qualité un peu grossière, mais véritable; beau-
CONFLITS ENTBE LES DIVERS PODTOIRS il
coup par l'attrait qu'offrait, aux appétits aaiesants, l'espéraace d'une fortune nouvelle; ainsi se forma le noyau des groupements très habilement formés, à Paris d'abord, dans les départements ensuite, qui ne tarderaient pas à constituer une sorte de gouyernement postiche ou d'attente, autour et A côté du gouvernement officiel en fonctions, sang préjudice toutefois de prendre part à ce dernier, A l'occasion. Les prétextes ne manquaient pas pour colorer cette entreprise, proprement subversive. Il s'agissait de préparer un avenir dans lequel la République pourrait prendre son essor; de former un personnel de choix venu à son heure, et qui trouverait enfin la carrière ouverte à son génie, fait d'esprit de progrès, de hautes vues civilisatrices et de rénovation humanitaire.
Au fond, on allait créer un État dans l'État, et nécessairement l'un ennemi de l'autre; c'est-à-dire préparer une anarchie véritable, grâce à laquelle, après avoir annihilé le gouvernement officiel et régulier, on pourrait enfin installer l'autre, aux applaudissements de ceux qui allaient en profiter. Ce fut ce gouvernement postiche qui, plus tard, s'appela la vraie République. Sa gestation dura trois ans. Nous ne sommes à cette heure qu'au début de cette œuvre remarquable.
A ce moment, il ne s'agissait que de former un personnel pour le gouvernement de l'avenir. Mais on ne s'ar^tait pas seulement à l'idée de fonder un Régime politique pour un homme, et pour satisfaire aux aspirations de ce qu'on appelait alors les nouvelles couches sociales. On entendait que le nou-
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veau Régime serait préparé A servir les desseins de la secte antichrétieDDe qui prenait alors le masque de la politique.
Ces projets devaient suggérer l'idée de fonder un iouroal qui aurait pour mission de créer, dans le pays, un état d'esprit favorable à ces séduisantes perspectives : la marche en avant, le véritable esprit de la Révolution, la nation dégagée enBn des der* niers liens du passé, des entraves qui embarrassaient son essor vers l'avenir! L'organe était déjà créé : c'était la République française.
Aux débuts du Régime, on soutenait, dans ce journal, le Centre gauche; on approuvait son programme; on rendait hommage à ses iatentioas; et, à cette époque précise, on appuyait le gouvernement composé de ses membres les plus en vue. Toutefois on ne faisait pas cause commune; et on déploya dans cet oi^ane de publicité un genre de virtuosité extrêmement habile, en se présentant aux yeux du pays comme des amis du gouvernement.
Sans l'être.
A côté des faits journaliers et de la politique courante, que, dans ces premiers temps, on présentait sous un jour favorable au gouvernement, il y avait la partie doctrinale, dans laquelle on exposait iç» principes, les purs principes, de la République vraiment républicaine! Et c'est dans cette partie que l'on commença de bonne heure à propager l'idée que le cléricalisme — le mot pseudonyme imaginé pour désigner, sans le dire, le catholicisme — était la contradiction même de la République. C'est là que fut déposé te germe du système politique qui,
pourtuivi avec une habileté machiavélique pendant trente ans, aboutit au succès final et triomphal du régime sans nom, inauguré par le Pontificat de M. Loubet et par le ministère Waldeck- Rousseau. Le goût de cette sorte de suprématie à côté, et cette idée, fausse mais flatteuse pour sod amourpropre, qu'il était le vrai représentant et le directeur né de ce qu'on appelait la Démocratie, poussèrent peu à peu Gambetta à méconnaître les principes de tout gouvernement, et le rôle qu'il eut pu jouer, avec grandeur et avec profit, dans le nouveau Régime. H eut ou on lui suggéra l'idée d'organiser UQ gouvernement dans le gouvernement. La maison où était installé le journal la République française, rue de la Ghaussée-d'Antin, en fut le siège. Des bureaux furent installés à l'instar d'un vrai ministère, avec dossiers, cartons et, bien entendu, les grefSers indispensables. U j eut des correspondants en province, qui étaient comme autant de préfets postiches. Les vrais fonctionnaires de l'État ne tardèrent pas à connaître l'esistenee de cette organisation mise au service de leurs visées ambitieuses, en échange de services rendus : triste apprentissage de la vie publique, et des devoirs qu'elle impose !
Le maître de la maison apparut alors comme le chef de l'Ëlat de demain, d'autant plus que les familiers faisaient figure de courtisans ou même de serviteurs, plutôt que d'amis et de compagnons d'armes. C'était assez pour donner à Gambetta l'illusion d'exercer un pouvoir véritable. Il ne se trompait guère au surplus. Devenu président de la Commission des Finances de la nouvelle Chambre des
députés, il trouva dans ce poste un fort point d'appui et un moyen d'action très efficace. C'est ainsi que tout favorisait son goût d'envahissement. Il s'y livrait avec une sorte d'inconscience, faite autant de faiblesse pour un entourage famélique, que d'orgueil bon enfant.
Certes, le sentiment de fidélité au devoir et envers le Régime nouveau était entretenu avec soin par les ministres qui n'avaient d'autres vues que celles du bien public. Mais il était inévitable que te travail de sécession plus ou moins voulu, qui se faisait à côté, eût ses conséquences parmi le personnel des fonctionnaires. Ceux-ci cherchent volontiers leur voie, celle du moins qui peut les servir. Parmi eux se propageait l'impression que le vrai gouvernement était logé rue de la Chaussée-d'Antin, c'est-è-dire dans les bureaux de la République française et non à la Place Beauvau. Et peu à peu, ainsi, les fonctionnaires et plus encore les aspirants fonclionnaîres en apprirent le chemin.
Gambetta croyait-il ainsi servir la République? Cela se peut; tant l'intérêt personnel est ingénieux à se tromper lui-même. La vérité est qu'il en rendait l'établissement presque impossible, tant il embarrassait sa marche, et fournissait en même temps un sujet de plainte et de blflme à ses adversaires, lesquels, d'ailleurs, avaient aussi, de leur cdté, un centre et un diminutif du Gouvernement à l'Elysée. X l'époque précise où nous sommes, au début du nouveau Régime, les germes des maus que je viens de montrer à nu ne se faisaient point encore sentir. Le désir général de voir s'implanter la République
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par les mains des nouveaux venus, et de créer, grAce i eux, dans la nation, un grand courant de sentiments favorables au nouveau Régime, donnait au concours des partis, même les plus avancés, une apparence, tout au moins, de sympathie pour les personnes des ministres. Nous le croyions ainsi, avec un peu d'aveuglement il est vrai; et nous acceptions avec reconnaissance des gages de bonne volonté qui, dans notre pensée, devaient tourner au profit de l'œuvre à laquelle nous travaillions avec une passion sincère.
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