‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 30 sur 71 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DÉBAT SDR LA LOI UDNICIPALE

Pendant cette première phase du Gouvernement nouvellement installé, nous avions donc avec nous l'opinion publique. Maisje ne tardai pas à apercevoir que l'appui décidé de rÈIysée et des partis avancés de la Chambre des députés nous manquait. Pour mon compte personne], ayant plus spécialement la charge de la politique intérieure, je sentais que le concours de la Gauche tout entière ne m'était donné qu'avec des réserves; et qu'il y avait, de ce côté, une arrière-pensée de diriger la politique du Gouvernement. J'étais très résolu à m'afFranchir d'un appui qui prenait volontiers, et même apparemment, les allures d'une tutelle. Je ne pouvais te supporter pour moi-même. Mais, surtout, j'avais la ferme volonté de donner à la République une physionomie et une direction toutes diEFérenles de l'ancienne République, celle-là même que représentaient, à ce moment, les hommes de la Gauche radicale et, à leur tète, Gambetta.

Une occasion se présentait de montrer, par un acte décisif, l'attitude que j'entendais prendre, et en même temps mon indépendance à l'égard des membres de la Chambre plus ou moins jacobins qui

constituaient le parti radical; et pour dire nettement les choses^ d'affirmer ma volonté de m'affrancliîrdu joug qui, sang se faire seutir encore, s'annonçait. Ce fut le débat qui allait s'ouvrir sur la loi municipale, que nous avions promise dans notre déclaration ministérielle.

L'Assemblée nationale était, à son origine, toute pleine de l'esprit décentralisateur. C'était à l'abus du régime de centralisation oi^anisé en l'an VIII et perfectionné par tous les gouvernements postérieurs, que l'on attribuait la plupart des maux sous lesquels la France succombait. Ce système de gouvernement avait remplacé, au sommet, et sur tous les points du territoire le principe d'autorité. Le principe d'autorité) sous l'Ancien Régime, résidait surtout dans le loyalisme des Français; dans leur attachement à leurs Bois; dans les institutions nées du sol; et dans les fortes mœurs familiales à tous les degrés de l'échelle sociale; dans la tradition enBn. La loi, celle que nous connaissons depuis qu'on eu fait à la douzaine, la loi que, sous le régime des parlements constitutionnels, chaque génération biffe, écrit el efface, n'a qu'une valeur sociale de pure convention.

Ce fut la puissance artificielle de l'administration qui remplaça la force organique, que jusqu'alors la France avait trouvée dans ses coutumes et dans ses mœurs, mœurs privées autant que mœurs publiques. Ce mécanisme gouvernemental, si souvent mis à l'épreuve et usé par nos révolutions successives, était à la fois insuffisant et excessif. Dans le corps social tout entier se faisait sentir le besoin de se

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