APPARENCES
Lorsque, après ud long temps écoulé, je m'cfForce de tracer un tableau fidèle de la politique à laquelle j'étais intîmemeat mêlé, je retrouve le souvenir d'une période de renaissance, mêlée d'espoirs et de travaux intérieurs joyeusement menés. C'était le dehors : mais les dessous étaient en réalité un peu difFérents.
Du côté de la Droite, l'opposition faite au Gouvernement était suscitée par des raisons d'intérêts bien plus que par des raisons de principes. Je ne soupçonnais pas à quel point cette opposition était irréductible, parce que ses vrais motifs m'écbappaient. Du côté de la Gaucbe, des lumières nouvelles m'ont fait découvrir, après coup, le vrai sens de la politique qu'elle a suivie dès ce temps-là. Sous le couvert d'une opinion libérale et d'un esprit sagement républicain, comme le voulait alors l'opinion publique, c'était déjà une secte philosophique, la frenc-maçOnnerie, pour l'appeler par son nom, qui menait sourdement les affaires du vieux parti républicain. Et ce dernier s'était mis à couvert, sous la sauvegarde de la République conservatrice.
lOS HISTOIRE DB LA RÉPUBLIQUE
Il résulte de là une sorle de contradiclion entre l'image que je me fais des événements que je raconte si je consulte seulement mes souvenirs, et la réalité des faits, si rétrospectivement je donne aux événements accomplis leur signification véritable, en y découvrant la trace de la ptilili^e suivie sournoisement par les partis, et surtout par les sectes antisociales affublées de titres empruntés à la langue politique du temps. De là un mélange de faux et de vrai qui pourrait faire douter de la sincérité de ce récit, si on ne savart pas ^e le vrai, c'-evt >oe que nous voyiOT» ert-oe que rottb faisions «u {pra«d jo»r", et le faux, c'eM -ce qui ne se voyait pae, et ce ^'il nous étaK permis d'ignorer.
Avec les 'lumières nonveHee que «tous fournit la connaisetance «cquîse '4e« 4e«Rems 4es «ectes ' owno mies, il est possible, dans le récit des événements, de «uivre anjourd%vi la trame îles colorations ntenées, dès ce temps-tà, ofmivr: l'Église «atho^icfoc et contre la nationalité française. La plupart He» conjurée ei^-vD&mes d'aitlenrs, liés et aveugléfi par l'asservissement franc-maçonniqae, hisaienit imconstnemment la besogne ^es ennemis -de la Pairie. Bt "ainsi la France, sans s'en douter, «ntorit "dans tes misées des sectes sntieh retiennes, et servait les -devfeins sourdement et merve^tleuserneBit suivis de 4a fmtsBanee d'Israël. C'était la gramme lutte veligiesse 'décidément OTrverte. C'est que, dans les affaii<es de ■ee monde, H f a oe^'on voit^t ce qu'c»n ne voit ■pas. Ce qu'on ne voit p««, c'est -ce -qne sous-ente»dait BossucA qn»nd il a dit : -h L''bonïme s'agite -€* Dieu le mène. ■
CONIXrTS ^TTIB LSS VlTVBt ForvOIRS, IM
Fort de raEsentîmeot public non douteux, et de Tappui, apparent au moins, des dÎTerses fractions dn monde poTitique, le ministère faisait son ceuvre consistaat à établir et à faire accepter le nouveau Régime. Il se donnait tout entier à cette tâcbe -, et je ne pense pas que jamais un gouvernement ait apporté, dans l'accomplissement de son devoir, plus de sincénté et plus d'entrain.
L'établiesemenl de tout nouveau Régime politique fait naître des dîf&cultés particulières, provenant des questions de personne. 11 est inévitable que dans le renouvellement du personnel administratif, il y ait des causes de froissement, de blessures, parfois même d'injustices involontaires, en tout cas d'intérêts lésés. De là des plaintes, des récriminations qui, sous un régime de liberté, ontleurs répercussions dans la Presse et à la tribune du Paiiement. C'est par là que se faisait surtout sentir le changement de la poliliqne intérieure ; et naturellement le ministre de rintérieur en subissait les ennuis-, comme il en avait la cbarge. Ce genre de difficultés, provenant des questions de personnes, entretenait la froideur et parfois l'aigreur dans mes rapports avec l'Elysée, et donnait lieu dans le Parlement à des discussions parfois discourtoises et toujours pénibles. J'étais à chaque instant pris à partie, à l'occasion de nominations de fonctionnaires dans les postes administratifs, ou de maires dans les communes. Le choix des personnes et les tendances générales de l'administration étaient le sujet de récriminations ardentes et parfois violentes.
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Le parti bonapartiste surtout avait pris à tAche de harceler le ministre de l'Intérieur; et il semblait viser, dans sa personne, le Gouvernement tout entier. En relisant les débats qui eurent lieu à diverses reprises dans ces occasions, on est stupéfait de la violence du langage et de l'inanité, de la fausseté le plus souvent des imputations dont j'étais l'objet. Il semble que cela sue la haine. J'eus le tort de ae pas attacher assez d'importance A ces attitudes, et de dédaigner, comme je l'ai toujours fait, les attaques d'adversaires décidés. Mais je ne puis m'empêcber rétrospectivement de relever l'erreur de conduite de ces conservateurs attitrée, qui s'appliquaient à ruiner l'teuvre gouvernementale de jninistres aussi conservateurs qu'eux; tandis qu'en Jeur donnant un appui sincère, ils auraient fait sûrement triompher la politique conservatrice sous le Régime nouveau, fondé sur l'assentiment presque universel de la nation. C'est que rien ne saurait apaiser les regrets des biens perdus, et que le patriotisme des partis n'est, le plus souvent, rien moins que désintéressé. Au fond, les batailles des partis politiques sont des batailles d'intérêt; et je n'ai jamais — et c'est un tort — attaché assez de prix A les gagner.
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