AGITATIONS RELIGIEUSES
A cette date de 1876, la société française se mouvait encore dans les cadres formés à la suite de la Révolution : ordre social, ordre politique. Cet ensemble, avec la double empreinte de 1789 et de l'Empire, était, en apparence, encore intact. En réalité, l'édifice était déjà démantelé et vermoulu. L'oeuvre de destruction s'est accomplie lentement et sourdement, par l'action lente des idées fausses qui avaient présidé à la formation de la société française au sortir de la Révolution ; mais plus encore par l'action souterraine et puissante de la Franc-maçonnerie. Deux causes degros périls pourla France : son état politique qui croule; son état moral qui est gâté. Mais il lui suffira de connaître son mal pour en guérir. Les nations, comme les hommes, ont leur tempérament propre. Si ce tempérament est troublé par quelque ingérence étrangère, il reprendra son équilibre et sa vigueur, en expulsant le virus exotique qui le tuerait.
Or la France est doublement atteinte dans son oi^anisroe social et moral. Ses institutions politi* ques et administratives sont en contradiction avec son mode de vivre naturel ; et le matérialisme athée
laa HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE
que l'on s'efforce de lui inculquer comme le fondement de sa vie morale, est la doctrine la plus opposée qui soit à la nature de son esprit. Il est manifeste que si cette nation devait subir pendant longtemps ce mode de vivre, elle en mourrait.
A la date précise des événements que je raconte, c'est-à-dire en 1876, l'esprit public était encore imprégné d'erreurs et d'idées fausses au sujet de la Révolution. A. l'heure où j'écris ces lignes, l'éducation des esprits s'est faite à la lumière de révélations accablantes, attestant l'œuvre des sectes philosophiques et en particulier de la Franc-maçonnerie. Les faits historiques mieux connus et les conséquences, dans les faits accomplis, de tant d'erreurs, ont inspiré des réflexions salutaires. On répète tout haut ou tout bas le vers de Corneille :
Parallèlemeiit, et de même que l'organisation politique datant de la Révolution déraillée estft rétablir selon sa forme native, de même l'organisation sociale se reconstituera d'après les données traditionnelles. L'œuvre est ébauchée seulement; mais il est ëvideut que, pour ne parler que d'un ordre d'idées, les rapports du travail et du capital se modifient, et que la condition des ouvriers manuels devra subir une transformation dont la formule se fait insensiblement sous l'influence des principes qui tendent & prévaloir dans le monde du travail. Et ce sera le complément, dans le sens chrétien et (rançaiSj de la rénovation sociale.
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LOTTES CONTBE LE MIMSTÉRK DUFAURE
Quelques incidents survinrent, et coup sur coup donnèrent lieu à des manifestations d'ordre religieux. On croyait alors que ces manifestations étaient sincères, et qu'elles provenaient d'un désir ▼éritable de maintenir la paix sociale à l'encontre d'ardeurs religieuses excessives. On saitaujourd'hui que c'était le début des hostilités sourdes qui allaient se dcchaiaer contre l'Église catholique; et que ces manœuvres étaient, au fond, le procédé employé pour dissimuler à la fois, et pour pousser les desseins poursuivis par la secte franc-maçonoique.
Une bulle du pape Pie IX avait autorisé l'archevêque de Lyon, nouvellement promu, à créer une nouvelle circonscription dans son diocèse. Le Gouvernement jugeant que le moment était mal choisi pour former un nouveau diocèse, et se fondant sur l'article l' de la loi du 18 germinal an X, rendit un décret rejetant la partie de la bulle relative à cet objet. De là, grandes colères, et vives réclamations, de la part de la Droite des Assemblées.
A Gauche, c'étaient des actes de divers généraux qui suscitaient des mécontentements. Le général Ducrot faisait assister ta troupe à une messe militaire célébrée sur le plateau de Beuvron. Un autre général, H. Maurice à Arras, dans un toast officiel, cntiquail un vote de la Chambre qui avait supprimé le crédit de l'aumônerie militaire. Un autre encore, le général Barry, à Perpignan, dans un discours de
1» HISTOIKB DE LA BtPCBLIQCE
dittribution de prix à dea enfants, blAmaît le caractère et la nature de l'engeignemeat donné dans les écoles de TËtat,
Ces menus détails de le vie militaire avaient pour effet de susciter les passions antireligieuses et de leur donner pâture. M. Berthaud, ministre de la Guerre, crut devoir envoyer aux commandants de corps d'armée une circulaire, pour rappeler les instructions antérieures recommandant aux officiers de iahstmir toigneusement, dans leurs discours ou dans leurs écrits, de toute appréciation personnelle sur les questions se rattachant à la politique.
Un incident, insignifiant en lui-même, donna lieu d'autre part aux récriminations du parti de l'Elysée. Le Maréchal de Mac-Mahon s'était rendu à Lyon, où il avait reçu un chaleureux accueil dû à son rang et à son passé militaire. Mais un incident regrettable, occasionné par la maladresse d'un employé subalterne, amena des froissements dans le monde de l'Elysée et dans l'entourage immédiat du Maréchal. Le Conseil général du département du Rhône, ayant été maladroitement invité à une des cérémonies qui avaient eu lieu à cette occasion, crut de sa dignité de ne pas s'y rendre. On en fit un grief au parti républicain qui, cette fois, n'y était pour rien.
C'est ainsi que des incidents, au food sans importance, servaient d'aliment à t'animosité des partis, et surtout aux desseins secrets des sectes. Une succession de nuages s'accumulaient presque à notre insu. Nous ne pouvions, occupes que nous étions i l'œuvre gouvernementale, soupçonner que de gros
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