‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 51 sur 71 · IS) HISTOIHB DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

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qui particularise les productions françaises; ses artistes charment le monde; ses savants t'enrichissent d'idées et de découvertes dont l'humanité profite. Cette société est prospère, riche, féconde en œuvres exquises en tout genre. Brillante, elle apparaît comme un spécimen supérieur du genre humain; et en même temps, elle ressemble à un troupeau éperdu, sans lumières, trébuchant sur sa roule; perdant en chemin les forces et les vertus morales qui jusqu'alors la maintenaient à son rang. Il semble, à tout instant, qu'elle va succomber. Ses meilleurs fils sont anxieux de savoir si ses forces latentes et sa vigoureuse constitution pourront, longtemps encore, soutenir l'effort qu'exige la lutte de son tempérament natif contre les maux intimes qui la travaillent, maux dont la cause réelle est ignorée du plus grand nombre, et qu'on ne peut expliquer que par des interventions étrangères, acharnées à sa ruine. Ainsi la France vit, en quelque sorte, d'une existence double : politiquement elle fait pitié, et socialement, elle est un rare produit de l'espèce humaine. '

C'est que, en fait, la politique qu'elle subif est étrangère à son tempéramment et à ses mœurs Térilables.

Cette anomalie entre la vie sociale et la vie politique de la France est trop réelle; et elle se manifeste par ce propos tenu souvent : » Oh ! moi, je ne m'occupe pas de politique. La politique n'est pas mon affaire I ■ Ils ne s'aperçoivent pas, ceux qui parlent ainsi, que s'ils ne s'occupent pas de politique, la politique s'occupe d'eux, et à leur détri-

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ment. Mais cet état d'esprit n'est que l'exprcssioD de ce fait anormal : — notre état politique et notre état social sont très distincts l'un de l'autre et même en opposition l'un avec l'autre. D'où vient donc ce phénomène singulier? — Le voici :

Le mécanisme politique superposé en quelque sorte à la France, depuis 1789, est d'importation étrangère. Très approprié à une société organisée aristocratiquement comme l'Angleterre, ce mécanisme est impropre au gouvernement d'une nation démocratisée, comme la nôtre. Dans l'une, le système parlementaire est maintenu dans un ordre conforme à l'état social du pays; dans un état démocratique, il fonctionne au gré des entraînements et des passions de la multitude, sans souci des intérêts réels. £t il arrive presque fatalement que ces entraînements et ces passions tournent en démagogie. N'estce pas ainsi que la République romaine fit grande figure tant qu'elle demeura patricienne? Par bonheur, cbez nous, où les classes des citoyens sont abolies, il reste que la France est, par nature, une nation d'essence corporative; et c'est avec les éléments corporatifs seulement, qu'elle pourra se constituer politiquement, selon ce qu'on appelle les principes de 89.

Une autre circonstance est venueencore aggraver l'anomalie qui a fait de nous un État anarchique par essence. A l'importation intempestive des institutions anglaises s'est adjointe chez nous une autre importation, également exotique, et essentiellement contraire aux idées et aux traditions qui ont formé notre tempérament moral et intellectuel. Une phi-

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