HISTOIRE DE LA BÉPOBLIQUE
des faits que je raconte, corruption des mœurs et désordre dans les esprits, ces deux causes de ruine agissant l'une par l'autre, l'éTidence éclate de réformes nécessaires, sous peine que la France périsse misérablement dans la barbarie, suivie de la conquête.
Mais à ta date précise de ce récit, les germes de ce mal social, formés sous l'Empire, n'en étaient encore qu'à leurs débuts. Ils allaient se développer sous rinfluencedel'espritde spéculation. Les spéculations d'argent avaient fait rage et avaient suscitédes entreprises sans nombre, notamment dans la construction des lignes de chemin de fer. On allait audevant des appétits ouverts bien plus que des besoins réels ; et on profitait de l'engouement général pour créer de grands travaux, donnant lieu à des émissions de titres. Actions ou obligations étaient l'objet de jeux de bourse qui tour-, naient toutes les têtes, en suscitant A la fois dans les âmes, jusque dans les parties hautes de la. société française, des besoins nouveaux et des appétits d'argent, ei opposés jusqu'alors à la délicatesse de goût et aux habitudes d'une sévère probité, caractéristiques générales de la race.
Les larges espaces du territoire laissés libres entre, les grandes lignes de chemin de fer favorisaient cet esprit d'entreprise; les Péreire, les Mirés, les Phi- Hppart, les Debrousse, auxquels se joignaient MM. Genty et Emile de Girardin, avaient créé des lignes secondaires destinées à combler ces lacunes
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dans les régions du nord et de l'ouest. A l'époque du pfemier ministère formé ea 1876, un grand trouble se manifestait dans ce mouvement d'afbires spéciales : les lignes transversales nouvellement créées ne rendaient pas sufBsamment; les recettes ne comblaient pas les dépenses; d'autre part, les populations desservies par ces cbemins intermédiaires n'entendaient pas être privées de ce mode de trans~ port, qui était promptement devenu pour elles un besoin. Les embarras de toutordre créés parcetétat de choses se manifestèrent, surtout, pendant notre ministère. Il fallait y pourvoir. Notre gouvernement tout entier dut s'occuper de ces afhires qui touchaient à l'ordre général, au point de vue des intérêts et aussi de la paix publique. Mais le membre du gouvernement à qui incombait principalement le règlement de ces questions, au point de vue spécial, était le ministre des Travaux publics, M. Ghristophle. Il avait été désigné pour ce poste, et il était préparé plus particulièrement à ce genre de travaux par son passé. Il avait été avocat à la Cour de Cassation et au Conseil d'État; et i) avait publié un livre sur les travaux publics, qui avait attiré sur lui l'attention du monde des affaires et du monde judiciaire.
M. Christophle avait toutes les aptitudes nécessaires pour remplir son ofBce avec utilité et avec éclat. C'était un esprit vigoureux, d'une ténacité particulière à la race normande ; très sagace et très préparé à pénétrer les problèmes qui s'offraient ft lui, et aussi les desseins plus ou moins avouables des spéculateurs engagés dans ces opére-
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tiong; avec une aptitude spéciale pour les grandes affaires, comme il le montra plus tard quand il eut en mains le gouvernement du Crédit Foncier; esprit exact, exempt de chimères, souple et ferme à la fois, très avisé, et préparé, par l'exercice de sa profession d'avocat, à pénétrer et à déjouer les louches entreprises d'intérêt privé qui se trouvent souvent mêlées àces grandes questions, sous le couverldu bien public. C'est que, aux intérêts sérieux qui passionnaient les populations, se mêlaient des appétits féroces, et un goût de plus en plus général des spéculations de bourse. De là une complexité singulière, dans les questions de chemins de fer qui furent agitées alors dans le Parlement.
M. de Franqueville, qui pendant si longtemps avait dirigé l'administration des chemins de fer et des voies de communication de tout genre, avec une supériorité incontestée, donnait un puissant concours au ministre. Mais celui-ci apporta toutd'abord, dans l'élude de ces questions, dans les conflits d'intérêts qu'elles faisaient naître, dans les luttes sourdes de personnalités mêlées de mille manières à ces questions, une sagacité, une force de volonté et une clairvoyance rares. La Compagnie des chemins de fer du Nord supportait mal la concurrence de plusieurs petites lignes, telles que celle de Lille à Valenciennes; la ligne du Nord-Est, celle de Lille à Bétbune. Elle conclut, en décembre 1875, avec toutes ces petites lignes, un traité d'exploitation qui fut homologué par décret du 20 mai 1876.
Pour ce qui concernait la Compagnie des Charente» et de la Vendée, leur situation fioancière
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était très difâcUe : leurs recettes n'équilibraient pas les frais d'exploitation. Les populations se voyaient menacées d'être privées des moyens de communication qui leur étaient devenus nécessaires. Le mi- ■ nigtre des Travaux publics proposait la fusion avec la compagnie d'OHéans, des lignes de la Vendée, de Saint-Nazaire au Groisic, de Bressuire à Poitiers, de Poitiers à Saumur; et une partie de ia ligne d'Orléans à celle de Rouen.
Le rapporteur de la Commission de la Chambre desdéputés, M. Waddington, demandait qu'on entrât dans une large voie de constructions de lignes nouvelles, dont le développement ne comportait pas moins de 2.275 kilomètres. M. Allain Targé aurait voulu que l'on plaçAt toutes les lignes de chacune des régions séparées sous le contrôle de l'État, notamment au point de vue des tarifs; que l'on opérit la fusion de ces lignes avec la Compagnie d'Orléans, et dans le cas où cette Compagnie se refuserait à cette combinaison, que l'on créât un réseau d'État, composé de toutes les petites lignes de l'Ouest et du Sud-Ouest.
M. Cbristophle exposa dans un discours toutes ces vues divergentes; et en raison de la contrariété des diverses propositions faites, et de l'incertitude des solutions proposées, il demanda le renvoi, pour une étude plus approfondie, de toutes ces propositions à la Commission de la Chambre chaînée de l'étude de ces afifôires. Le renvoi fut prononcé le 22 mars 1817. Telle fut l'origine du réseau d'État créé postérieurement.
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