HISTOIRE DK LA RÉPUBLIQUE
de l'Italie contre la puissance pontificale étaient restés avoués el violents. La Papauté n'avait point accepté la loi dite de garantie, par laquelle le Gouvernement italien avait espéré ou prétendu ofFrir à la Papauté toutes les satisfactions désirables, en honneurs et même en aident.
Le conSit toujours ouvert prit une tournure plus vive en janvier 1816, à la suite d'une loi présentée par M. Mancini, votée par les Chambres italiennes, et par laquelle on édictait des peines contre ce que la loi appelait les abus ecclésiastiques.
Dans un consistoire tenu le 12 mars, le pape Pie IX s'éleva avec une grande force contre cette loi; et, voulant intéresser à la querelle la catholicité tout entière, il dit :
u Et puisque l'occasion s'en présente, rien ne serait plus opportun, ce nous semble, et nous ne désirons rien plus ardemment que de voir les pasteurs sacrés qui nous ont donné tant de preuves dt leur admirable concorde, soit dans la défense de nos droits sacrés de l'Église, soit dans leur obéissance et leur affection pour ce Saint-Siège, s'ef' forcer d'exciter leurs fidèles à agir près de leurs Gouvernements, selon les lois de leur pays respectif, pour obtenir que l'on donne un regard à la situation du chef de l'Eglise catholique, el que l'on pourvoie d'une façon suffisante à écarter les obstacles qui s'opposent à sa pleine et réelle indépendance. >
Cet appel fut entendu. En Angleterre, te duc de Norfolk présida une assemblée de catholiques anglais, qui protesta contre la loi Mancini. Les catholiques d'Allemagne firent entendre des protes-
tations non moins énergiqnes. Les catholiques belges adressèrent à leur Gouvernement tine pétition à l'efFet de faire défendre l'indépendance du Saint-Siège. Partout en6n, dans le monde catholique, une agitation sensible suivit l^ppel qui lui avait été adressé par le Saint-Siège, Mais ce fut surtout en France que le mouvement de la protestation fut énergique et fit du bruit dans le monde.
La France, toujours prête à prendre en main la cause des faibles, cédait à ce penchant qui lui est propre, avec une sorte de sentiment filial, quand il s'agissait du Saint-Siège. A cette époque, bien qu'elle fût déjà travaillée par l'esprit philosophique, et plus encore, sans qu'elle s'en doutât, par la sourde et habile propagande des sectes francmaçonniques, elle se retrouvait encore la fille aînée de l'Église, et elle ressentait vivement les coups portés h la Papauté. Elle avait, de plus, confusément conscience que la cause de l'Église avait été confondue avec la sienne dans la rude guerre de l'Allemagne, et que la Papauté avait subi le contrecoup de sa propre défaite. Nos malheurs avaient trop profité à la dynastie piémontaise, pour que nous ne fussions pas portés à prendre parti contre elle en faveur du Pape.
Malheureusement, à ce sentiment purement religieux et national, se mêlait, chez un grand nombre de catholiques, un esprit d'opposition politique et de conspiration plus ou moins ouverte, entretenu contre la République par les fidèles des dynasties déchues. Oe fut une grande faute, de la part des catholiques et des conservateurs en général, que de
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confondre, dans une vue purement politique, les opinions religieuses et les intérêts dynastiques. Cette erreur de tactique ou, si l'on veut, cette fausse habileté, a contribué puissamment à favoriser les entreprises de la secte judéo-maçonnique contre l'Église de France en particulier, et contre le catholicisme en général.
Ce fut une déplorable erreur et un faux calcul. Les ennemis de l'Eglise eurent alors beau jeu pour s'attaquer à la religion, sous couleur de défendre la République, et pour paralyser et maîtriser l'action des républicains libéraux, en les accusant de pactiser avec les ennemis des institutions, s'ils prenaient parti pour la papauté. C'est cette équivoque qui a si puissamment servi la ténébreuse tactique des ennemis résolus du catholicisme. Tous tes moyens d'action que leur fournissait la politique, pour la défense, en apparence, des institutions, ils les employaient en réalité pour l'unique triomphe de la secte anticath clique. Ils ne jetèrent le masque qu'après que leur triomphe fut assuré. Et ce fut alors qu'ils enveloppèrent dans le même ostracisme les conservateurs, les libéraux, les républicains Centre gauche. C'est alors aussi qu'ils ont jeté l'anathème sur l'Église de France, insolemment rompu avec Rome, et proclamé le règne de l'antéchrist, dût la France en périr.
La scélératesse hypocrite des Judas francs-maçons qui poursuivaient la ruine de l'Église, envers el contre tout, fût-ce la patrie même; l'aveuglement des conservateurs monarchistes qui sacrifiaient la proie pour l'ombre, et qui fournissaient des pré-
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textes & l'habileté cauteleuse de leurs eanemis; l'erreur des républicains libéraux et catholiques qui a'oat pas connu les desseins réels de leurs prétendus alliés, et leur faiblesse après qu'ils les ont connus : tel est, sous ses divers aspects, le fait capital qui domine notre histoire contemporaine; telle est la cause essentielle de tous les évéuements que je raconte, et de ceux qui ont suivi. Au fond, c'est la guerre religieuse qui se poursuit : c'est le duel initial qui continue, duel dans lequel la France, après des péripéties que l'on peut pressentir, demeure et restera le champion de l'esprit qui vivifie l
L'agitation provoquée dans le monde entier par l'appel du Pape aux catholiques fut extrême en France, par la raison que de tous côtés, à droite comme à gauche, la passion politique s'en mêla, M. Decazes, ministre des Affoires étrangères, fut mis en demeure de s'expliquer, par une députation des membres du Parlement. Il le fit en diplomate qu'il était, donnant des assurances de respect pour le Saint-Siège, et aussi de la juste sollicitude que réclamaient les bonnes relations établies avec le Gouvernement italien . Celte réponse n'était pas pour satisfaire la vivacité des sentiments qui animaient alors les esprits. Une pétition fut rédigée et publiée par tous les organes de l'opinion plus spécialement religieuse, mais aussi empreinte d'esprit politique et de méfiance contre le Gouvernement. On adjurait