MM HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE
Il eut soin, dès les premiers moU, de se défendre et de défendre le parti au nom duquel il parlait, de toute idée d'hostilité contre la religion. ■ Ma pensée, dit-il, n'a jamais été d'attaquer le sentiment religieux, encore moins la liberté de conscience, le droit, pour les hommes convaincus, de propager leurs opinions par la parole; Je m'attaque à un groupe d'hommes qui est un groupe politique plutôt qu'un groupe religieux, qui agite le pays dans un intérêt essentiellement politique. * L'orateur s'emparait naturellement des ardeurs de paroles, des imprudences de langage du clergé et des partis. " Je demande, disait-il, au Gouvernement ce qu'il a déjà fait, ce qu'il entend faire. 11 a deraut lui un ennemi implacable qui résiste avec énei^ie. Je crois que les lettres bienveillantes et les mesures presque sympathiques ne sont pas suffisantes. Vous êtes armés contre cette phalange, Vous pouvez la surveiller, lui retirer les autorisations dont elle abuse... » On sentait, à travers la placidité du ton et du langage, une hostilité vive ; et toutefois, le tangage correspondait aux sentiments d'improbalion assez générale qu'excitaient alors les actes et les paroles des partis de l'opposition, actes et paroles attribués bien plutôt à des rancunes et à de mauvais desseins d'adversaires politiques, qu'à un soulèvement sincère de sentiments religieux.
Jules Simon répondit à l'interpellation. Ses déclarations étaient sensées, conformes & notre droit public de France. Il les appuya mén»e, avec une nuilîce qui était-bien de lui, de cette citfttieB : n Nul ne doutera que je ne sois disposé à laiMer à l'Ëj^ne
la liberté qui lui apparlieat, et qui lui est néces' saire pour le gouvememeot des choses spirituelles. Mais le clergé ne saurait ériter avec trop de soin de s'immiscer dans les afihires qui sont du ressort de l'autorité temporelle. <• C'était une lettre adressée, en 1857, aux comités royalistes de province par M. le comte de Ghambord.
Le comte de Cbambord était vraiment plein, en cela, de l'esprit de tradition de la dynastie capétienne, laquelle avait toujours — quelquefois même avec excès, comme Louis XIV en 1682 — revendiqué les droits de la couronne contre les prétentions ultra montai nés, au sujet du pouvoir civil. Il éUit aussi en accord avec l'esprit français qui, dans tous les temps, a été réfractaire aux ingérences du clergé dans les affaires publiques.
Beaucoup plus tard, étant i Borne, le 9 no-i vembre 1891, j'eus l'occasion de m'expliquer moimême & ce sujet devant Léon XllI, dans une audience privée que ce grand pape avait daigné m'accorder. Il venait de me parier avec admiration de la politique libérale suivie en Belgique, depuis que le parti catholique avait réussi à s'imposer, par le seul jeu des lois électorales. « Les majorités parlementaires, me disait-il, y sont maintenant chrétiennes, et on a changé les lois par lesquelles on avait voulu, là aussi, établir des écoles sans Dieu. Les écoles sont libres, et les communes peuvent disposer de leurs ressources comme elles l'entendent pour l'enseignement public. Les Belges se trouvent très bien de cet état de choses. Je reçois des nouvelles qui m'aftpvenBeatcela. Il y a oa roi,
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mais le Roi belge ! C'est comme une République ! La question électorale domine toutes les autres... «
■ En France, ai-je dit, on n'aime pas ringérencc directe du clergé dans les affaires civiles. Mais on admire, et on aime à trouver chez les prêtres les vertus évangétiques : ainsi le curé de Fourmies (1) ■ • . Il ne m'a pas laissé achever. — «Ah oui, le curé de Fourmies! Les âmes sont généreuses en France : on aime l'esprit de sacrifice. La France est restée catholique au fond. Je compte beaucoup sur elle. Le France a fait de grandes choses par son enthousiasme généreux. — Elle a tout fait! — Voyez encore les missionnaires qui se dévouent sur tous les points du globe, c'est elle qui les fournit... »
En transcrivant ces souvenirs, je ne puis, sans rougir de honte, penser à nos communes de France qui subissent, sans résistance, la subjection à laquelle elles sont abaissées et qu'elles acceptent, notamment dans les affaires d'enseignement public.
Jutes Simon reproduisait, à la tribune, la pensée du comte de Chambord. Mais il eut le tort d'învo* quer, en faveur de sa thèse, la loi de garantie votée par le Parlement italien, tandis que le Saint-Siège avait répudié cette loi et qu'il ne la connaît pas encore. II semblait ainsi consacrer : au nom de la France, la loi de garantie, et par voie de conséquence, l'occupation de Rome par le gouvernement italien. L'impression ressentie à l'Elysée fut vive,
(1) Je fiiiaii alluiion i l'acle héroïque du curé de Founniei qui *'^Uit interpolé de *■ penonne entre le* ouvriers de Fourmie* tnDihnnét en émeutien et la troupe qui avait dil te lerrir d« K* arme> dao* ud moment *uprèm«. ...
et exploitée avec acrimonie contre Jules Simon, qui était déjà en fort mauvaise posture auprès du Maréchal.
Gambetta avait jeté de l'huile sur le feu en intervenant dans le débat, et en faisant un tableau forcé en couleur de l'envahissement du péril clérical, de u cet esprit ultramontain tt jésuitique qui, disait-il, avait été déjà dénoncé pendant le second Empire » . Et il répéta, une fois encore, sa formule fameuse en disant h du eUricalùme ce qu'en disait un Jour mon ami Peyrat : U cléricalisme, voilà tennemi! ■ La citation n'était pas exacte, et ne traduisait pas la pensée vraie de l'orateur, non plus que celle de Peyrat. C'est dans le journal l'Opinion nationale, qu'il dirigeait sous l'Empire, que Peyrat avait écrit cette phrase : ■ le catholicisme, voilà tennemi! « Peyrat avait été sincère. C'était bien le catholicisme lui-même, et non l'exagération du zèle et de l'esprit de secte qu'il avait eu en vue. Ceux qui, depuis lors, ont reproduit sa formule, en substituant le mot cléricalisme A celui de catholicisme, n'ont pas été aussi sincères que lui. C'était, en effet, à l'Ëglise et non pas seulement au faux zèle religieux qu'ils s'en prenaient; mais ils ne l'avouaient pas.
Le débat avait pris, d'heure en heure, un caractère plus aigu. Une citation, apportée à la tribune par M. Bernard Lavcrgne, mit le feu aux poudres. C'était un article d'un journal inspiré, disait-on, par Mgr Dupanloup : « M. Jules Simon, y lisait-on, avait été mis en demeure par le gouvernement du Maréchal de donner solennellement au clergé et aux catholiques toutes garanties désirables de pro-
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tecUon et de sécurité, de proclamer hautement sa détermination de mettre fin aux violences radicales, et de réprimer énergîquement cette guerre de presse qui, demain, se transformerait en guerre civile. — Si, au dernier moment, M. Jules Simon recule, s'il altère, en quoi que ce soit, la pensée du Gouvernement qu'il représente, nous savons bien le moyen de l'obliger enfin à la politique de protection religieuse et sociale, à laquelle il a fait défaut jusqu'ici. Le Gouvernement y viendra, malgré H. Jules Simon peut-être, mais il y viendra. ■
Celte mise en demeure n'eût été lolérable pour aucun Gouvernement. Elle suscita des mouvements de colère dans la majorité, qui se trouvait atteinte dans ses sentiments les plus vifs. Elle était blessante pour M. Jules Simon; et celui-ci, bien qu'il n'en eût nulle envie, fut contraint de prendre ta parole. Il repoussa les insinuations qui lui faisaient jouer un rôle inacceptable ; mais il n'y mit peut-être pas l'énergie d'indignation que réclamaient le traitement qui lui était infligé et les colères de la Gaucbe républicaine. Les catholiques, par t'oigne de M. le comte de Mun, prirent part À ce débat : mais l'orateur le fit avec une certaine modération, qui était plutdt de nature à a^raver la situation personnelle de M. Jules Simon, par te contraste établi entre son langage et la violence de la Presse et de la Gauche extrême de la Chambre des députés. M. Jules Simon parut ainsi être protégé par la Droite elle-même contre les violences de son propre parti.
L'interpellation avait été résolue par les trois
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groupes de la Gauche, qui, à des points de vue différeaU, et par des motifs très distiocts les uns des autres, avaient eu la pensée d'exiger des explications du présideol du Conseil. L'ordre du jour, préparé par les mêmes groupes, ne pouvait avoir le caractère passionné qu'avait pris la discussion. 11 était plutôt le reflet du mécontentement général soulevé contre la direction donnée à la politique, ou pour être plus exact, contre le défaut de direction donnée à la politique intérieure. C'est dans ce sens que le Centre gauche, dont j'étais alors le président, s'était associé à l'ordre du jour (1) qui était ainsi conçu :
■ La Chambre, considérant que les manifestations ultra montaines, dont la recrudescence pourrait compromettre la sécurité intérieure et extérieure du pays, constituent une violation flagrante des droits de l'État, invite le Gouvernement, pour réprimer cette agitation antipatriotique, à user des moyens l^aux dont il dispose, et passe à l'ordre du jour, n
Cette discussion avait remis en présence tous les partis, et réveillé leurs ardeurs. Jules Simoo en était sorti très atteint. Il était visihle qu'il avait perdu la faveur et l'appui de la Gauche, Et en effet, dès ce moment, sa chute était, de ce coté, résolue. L'extrême Gauche ne le trouvait pas suffisamment disposé à entrer en guerre contre l'Église- La
(1) Lei joumaai dp lempi et de> récîti faiti depaii me toai jODer i ce propoi un Me qui n'a jamaU ilé le mien. En cela comme en toat le reale, je labii, lana m'y rfaigaer, l'injodiee dea
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Gauche républicaine lui reprochait ses complaisances envers l'Elysée, et ses faiblesses envers les fonctionnaires daUnt du gouvernement de H. Buffet, et restés en place. Le Centre gauche n'avait pas approuvé le changement de cabinet du 13 décembre, et les façons de gouverner de M. Jules Simon ne lui convenaient guère. Soit défaut de volonté, soit inhabileté dans le maniement des hommes, soit plus encore un certain dédain des afEaires, le Gouvernement allait i la dérive ; et le parti républicain, passionnément attaché à l'œuvre de l'établissement dunouveau Régime, constatait, non sans étonnement, une sorte de désarroi dans l'administration, et dans toutes les parties du Gouvernement. Les préfets s'en plaignaient hautement, et la majorité de la Chambre s'en inquiétait. On en rendait responsable te président du Conseil. On se prenait à douter que M. Jules Simon, esprit émineut, orateur admirable, artiste en tout, fût, à ce momeni précis, en mesure de dominer la situation politique. Il n'y avait pas, à proprement parler, de coalition formée dans le parti républicain contre le ministère de Jules Simon, mais pour une part importante, la confiance lui faisait défaut; et la fraction avancée du parti, déjà lasse de ne rien être, guettait l'occasion de mettre la main sur le Pouvoir. Elle allait le saisir, en renversant le ministère Simon, lorsque le Maréchal, sollicité de mille manières, brusqua Févénement, qu'il eût été plus habile de laisser se produire naturellement.
C'est que, du cAté de l'Elysée, la situation de M. Jules Simon était plus mauvaise encore qu'à la
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Chambre. Il s'était fait, à ce sujet, d'étranges illusions. Il avait cm qu'il empaumerait le Maréchal, peuUêtre même le monde de l'Elysée, Il ne connaissait guère le monde ô qui il avait afFaire, et dont les sentiments pour lui allaient jusqu'à l'injustice. Le Maréchal partageait à cet égard l'opinion de tout son monde; et il était, à l'avance, résolu à se séparer de son président du Conseil, lorsque la discussion menée par Jules Simon dans les afFaîres Religieuses fit cesser ses hésitations. On avait remarqué que le mot confiance manquait dans l'ordre du jour voté par la Chambre ; et cette circonstance devait mettre fin aux incertitudes qui pouvaient suspendre encore la résolution arrêtée.
Le Maréchal, placé comme une sentinelle à la tête de l'État, tenu en charte privée à l'Élysëe, tant par les soins intéressés de son entourage que par le mauvais vouloir des Républicains, connaissait mal la politique, et pas du tout les personnes, surtoutcellesqui, de près ou de loin, étaient comptées parmi les membres de la Gauche. Ilétait,à leurégard, plein de préventions dont il lui était difficile de se dégager, parce qu'il n'avait pas connu les hommes politiques de l'Assemblée nationale, si ce n'est les demeurants du second Empire qui en faisaient partie, et parce qu'une sorte de barrière factice et de préventions réciproques les tenait éloignés de lui.
Dès son élévation à la Présidence, il trouva dans toute la Gauche de l'Assemblée des adversaires irréductibles, sans que, à aucun moment depuis,
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un rapprochemeat quelconque eût permis de rompre la glace. On nous représentait & lui comme des perturbateurs de cet ordre moral dont on l'avait constitué le défenseur. Or son entourage, non sans un certain machiavélisme, feignait de ne se préoccuper que du péril social, et non de la forme du gouvernement. Gomment donc, puisque la République n'était pas en cause, persistions-nous dans nos hostilités contre l'Elysée, si ce n'est parce que nous pactisions, les uns par faiblesse, les autres par volonté préconçue, avec les fauteurs de la Révolution sociale? Ce raisonnement fallacieux devait frapper l'esprit droit de ce soldat, qui ne soupçonnait pas les cbausse-trapes ni les roueries de la politique, et à qui ses conseillers ne disaient pas connaitre leurs vrais desseins. Et nous, de notre côté, nous n'ajoutions qu'une foi médiocre & sa neutralité de simple sentinelle.
Pendant le ministère Dufaure, des efforts sincères furent faits de son côté comme du nôtre, pour faire cesser ces malentendus; mais les défiances et les soupçons étaient entretenus par des gens intéressés à en tirer parti. L'entrée de Jules Simon au pouvoir ne fit que les accuser davantage. Et c'est ainsi que l'esprit du Maréchal,, resté, par dignité, fermé aux hommes de la Gauche, était inquiet, troublé, parfois irrité, et presqueà l'état habituel de guerre. La question religieuse devait porter jusqu'à l'exaspération les sentiments aigris de tout ce personnel politique et mondain, en proie à une sorte de délire de discorde.
Telle était la situation de tous les partis engagés
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dans la politique du jour. A. l'Elysée comme à la Chambre des députés, M. Jules Simon et son entourage avaient perdu la confiance des uns et des autres. Mais le gros du public ne soupçonnait pas cette situation, La personnalité de Jules Simon avait conservé tout son prestige ; et les journaux de toute nuance gardaient, à son égard, les ménagements dus à sa personne. Mais, à l'inverse, le public, demeuré soupçonneux à l'égard de l'Elysée, était porté à attribuer à de mauvais desseins tout ce qui venait de ce cùté. Cette erreur de l'opinion publique contribua beaucoup à donner à l'acte du 16 mai un caractère très diEFerent de ce qu'il était en réalité, et, par une conséquence forcée, fit dévier le cours de la politique générale dans un sens tout opposé à celui où le Maréchal aurait voulu la maintenir.
Ce fut donc pour de» motifs d'ordre intérieur, et beaucoup par incompatibilité d'bumeur, que le Marécbal s'était déjà résolu à se séparer de son Président du Conseil, lorsque la discussion menée à la Chambre par Jules Simon dans la question religieuse dut faire cesser les scrupules qui pouvaient encore suspendre la résolution arrêtée.
Dès le 4 mai, après le vote de l'ordre du jour, ie sort du ministère était fixé. Mais quelque résolu que fût le Harécbal à user de sa prérogative présidentielle, chose grave en elle-même, il ne voulut sans doute pas le faire à l'occasion d'une question d'ordre purement religieux. Il craignait peut-être d'attacher à sa présidence le caractère de cléricalisme auquel on avait réussi — on sait aujourd'hui dans quel but — à attacher une note de réprobation et de
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répulsion. Mais l'ardeur des ennemis de Jules Simon, qui l'avaient publiquement menacé de lui enlever le pouvoir s'il ne marchait pas droit, c'est-à-dire dans leurs Tues, cette ardeur d'inimitié avait redoublé. On cherchait une occasion.
La Chambre, encore énervée et lasse à la suite de la discussion orageuse des attires de religion, eut à s'occuper, en fin de session, de deux questions qui fournirent précisément au Maréchal l'occaBion qu'il cherchait.
Le 13 mai, on discutaità la Chambre la loi municipale ; et la majorité, après un débat assez vif, vota le principe de la publicité des séances des Conseils municipaux. Or l'Elysée, assez mal avisé à ce sujet, avait attaché une importance capitale à ce détail de la vie municipale, qui, par la loi du 5 avril 1884, est entré plus tard dans la pratique habituelle, sans qu'il en soît résulté aucun inconvénient. Mais on s'effrayait un peu de tout, dans ce milieu, fort peu éclairé d'ailleurs sur les affaires publiques. Néanmoins, l'opinion contraire A la publicité des séances avait été adoptée par le Conseil des ministres; et Jules Simon s'était engagé à résister sur ce point à la Gauche de la Chambre. Or, le jour de la discussion et du vote qui suivit, Jules Simon non seulement ne prit pas part à la délibération, mais il n'assista même pas à la séance de la Chambre. Grand émoi  l'Elysée, grande colère du Maréchal; son absence de la Chambre au moment de la discussion devint un gros grief. Et ce qui n'étaitau fond qu'une
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diTei^ence de rues sur une affaire en elle-même assez simple, prît les proportions d'un gros évëoement chaîné d'orages. Les partis ne donneot-ils pas une importance exagérée ù tout ce qu'ils font! Pour la Gauche de la Chambre, s'opposer à la publicité des séances des Conseils municipaux ëtaitun crime. Pour l'Elysée, autoriser cette publicité était un procédé révolutionnaire. La passion grossit tout dans les milieux politiques.
Deux jours après, le 15 mai, on discutait à la Chambre un projet de loi relatif à l'abrogation du titre II d'une loi votée le 29 septembre 1875. Cette loi avait attribué à la juridiction des tribunaux correctionnels certains délits de presse, autrefois dé^ férés au jury. Parmi ces délits que l'on voulait soumettre aux tribunaux, se trouvaient notamment les délits de presse commis contre les souverains étrangers. Liberté I disait la Chambre; révolution, disait le Maréchal! Mon Dieu! beaucoup de gens très libéraux pensent aujourd'hui ce que pensait le Maréchal; et qu'il convient de mettre la personne des souverains étrangers sous la protection des tribunaux. Cela prouve simplement que les Républicains sont portés, bien à tort, à s'imaginer qu'en politique îl n'y a de préjugés que d'un seul côté, qui n'est pas le leur. Mais la Chambre avait voté l'abrogation de la loi sans que Jules Simon s'y fût opposé. Décidément, dut se dire le Maréchal, la Société était sans défense. Ce fut la dernière goutte qui fit déborder le vase ; et le lendemain 16 mai, de grand matin, le Maréchal écrivît la lettre qui allait ouvrir l'aventure du Seize Mai.
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