‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 7 sur 71 · HISTOIRE DE LA K^PUBLIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA K^PUBLIQUE

sans le désirer, surtout sans rien faire eux-mêmes pour le rendre nécessaire, et les feux conservateurs qui ne croient à la stabilité des institutions nouvelles qu'en en souhaitant la ruine, et feront tout pour la précipiter, v

Oo ne pouvait, certes, demander une déclaration républicaine plus explicite. Partout d'ailleurs, sauf peut-être à Paris, la note fui à peu près pareille. Gambetta lui-même qui avait, dès cette époque, pris le ton de commandemeat dans le vieux parti républicain, se montra très modéré dans sa déclaration publique. Il adressa même aux anciens conservateurs un appel fort sensé.

u Vous pouvez prendre dans cette république, leur dit-il à Aix, un r61e immense, un râle privilégié, vous qui avez les loisirs de la fortune, l'éducation et l'influence sociale. Venez à nous ; nous vous assurerons un rang, un honneur, une force qui vous permettront d'exercer vos aptitudes au bénéfice de tous... »

Excellents conseils ! et plût à Dieu que ceux à qui il les donnait les eussent suivis; et que celui qui les donnait y fût lui-même resté fidèle 1

Parmi les résultats du scrutin ouvert le 30 janvier, deux sont i signaler, parce qu'ils expriment avec une précision singulière la pensée publique sur le Régime que l'on inaugurait. M. Thiers fut élu à l'unanimité sénateur de Belfort, quoiqu'il ne fût pas candidat; et M. Buffet, président du Conseil des ministres, ne fut pas élu dans les Vosges, son pays.

Le résultat final fut celui-ci :

Le Sénat était composé de 84 membres du Centre

OBGAHISATIOH DU COUTERHEHENT II

gauche ; 50 de la Gauche républicaine ; 15 de l'Extrême Gauche ; Constitutionnels, 31 ; Droite modérée, 81 ; extrême Droite, 13 ; et Bonapartistes, 40. La majorité était dès lors acquise à l'opinion républicaine modérée, à la condition toutefois que les sénateurs dits Constitutionnels et la Droite modérée se maintiendraient sur la ligne de loyalisme qu'ils avaient adoptée devant le Corps électoral.

Tout ce commencement de l'année 18^6 était rempli par les affaires d'élections. Les élections législatives allaient succéder immédiatement aux élections sénatoriales : elles étaient fixées au 20 février. Le mouvement d'opinion fut le même, pendant cette période, que pendant le travail préparatoire des élections sénatoriales : plus accentué toutefois dans le sens républicain.

Les menées des membres de la Droite du temps de l'ABScmblée nationale; leurs tentatives de restauration d'une monarchie alors impopulaire, leur . opposition à M. Thiers qui avait su gagner l'opinion publique universelle, avaient fait naître dans le pays une opinion tout opposée, et avaient converti à l'idée républicaine une grande quantité d'hommes qui, par origine, par tendances et par leurs intérêts mêmes, auraient plutôt, en 1811, penché pour une restauration monarchique. L'exemple d'hommes des anciens temps tels que Thiers, Dufaure, Rémusat, Montalivet, et de beaucoup d'autres appartenant aux générations nouvelles, mais plutôt classés comme conservateurs, avait déterminé un courant

la HISTOIRE DE LA BÉPDBLIQUE

très étendu et très vif vers les inatitutîons d'un nouveau Régime, dans lequel on voyait, à la fois, uq port et un refuge.

La bataille fut vive, mais sans violence, et elle donna un très réconfortant spectacle. Les procédés électoraux des époques antérieures étaient alors l'objet d'une sorte de mépris et de colère par souvenir des candidatures officielles. Un vent d'bonnéteté politique avait passé sur le pays; et on répudiait les procédés ioucbes et violents des anciens temps. Ce fut un renouveau d'bonneur et de probité civique. L'idéal qui soulève parfois les âmes de France soulevait alors les esprits et les volontés. Ge fut un très beau moment et un noble spectacle. Je l'ai vu de près : j'y étais mêlé [1]. Dans tes cinq cantons qui composaient ma circonscription électorale il se trouva de jeunes bommes, dévoués à l'idée républicaine, désintéressés, pris du noble souci de la cbose publique qui, avec l'impétuosité généreuse de leur âme, se jetèrent dans la mêlée, et me donnèrent le réconfortant spectacle de ce que valent des cœurs généreux tout pleins d'un bel idéal politique, de l'esprit de sacrifice et du goût des luttes civiques pour la Patrie I Ce fut la jeunesse de la République.

(1) On aura l'idée exacte da caractère dei luttei ileclorales de ce l«mpi-Iï, et de quelquei-unei dea périodes électorale! qui luivirent, quand je dirai que le> frait de l'élection, lauf quelque) menu* d^taiU, étaient faits par le( élecleura, et avec le concourt eSeclif de* hommei qui marchaient alon pour leur idéal, avec le noble aouci du auccèa de leur cauie. Âinii te firent lei électiom de> cantona de Maubeuge, Berloimont, Bavai el le Queinoy (Nord) où je fut caodidat, et élu.

ORGANISATION DU GODTERNEMENT 13

A très peu d'exceptions près, représentées par MM. Baspail père, Madier de MoQtjau, et Naquet dans le Vaucluse, la note donnée par les candidats, même de nuance républicaine accentuée, fut très modérée, et sensiblement pareille à celle des candidatures congcrratrices. Gambetta qui, dès ce temps-là, aEFectait le rôle de chef et de porte-parole des républicains attitrés, se montrait très pondéré daos son langage ; et il jouait le rôle de modérateur. Emportés que nous étions dans le mouvement général, on n'y regardait pas de très près, à ta vérité. Quand on relit à distance les harangues et les écrits qu'il répandait un peu partout, on y découvre aisément le germe de desseins d'un esprit très différent, et des réserves faites pour des temps ultérieurs. Il appuyait principalement sur cette idée qu'il fallait réduire l'Eglise à son rôle purement spirituel. Personne ne se doutait alors des desseins de guerre religieuse qui se cachaient der> rière ce langage, approprié par les sectaires aux nécessités du temps. C'est maintenant que l'on peut y démêler cet esprit d'exclusivisme, de persécution qui a sévi depuis.

Mais alors on applaudissait à sa modération ; et beaucoup d'entre nous pensaient que, dans l'œuvre ardue qui était à fonder, nous devions accueillir tous les concours, nous servir de toutes les bonnes volontés, sauf à maîtriser plus tard les tendances qui dépasseraient la mesure de ce que nous voulions. Notre ardeur à atteindre le but poursuivi nous aveuglait quelque peu sur la valeur de ces 1 que l'on nous offrait. Il est arrivé aussi

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