‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 63 sur 71 · M HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

M HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE

propre i servir des vues auxquelles il ne me coove* nait pas de me prêter.

Si je relève ce fait, en apparence peu important, c'est qu'il met en lumière les visées des partis, leurs procédés, leurs fautes et leurs faiblesses, c'est-à-dire les causes profondes et réelles des événemeats qui ont conduit la République, dès ce début, à l'état où, de chute en chute, elle se trouve aujourd'hui. M. Gambetta avait profité d'une circonstance, très favorable il faut en convenir, pour essayer, encore une fois, de réaliser ses vues, qui étaient de dominer toutes les fractions du parti républicain. Je ne me prêtai jamais à cette tactique; et toutefois, ce jour-là, au Centre gauche, je ne l'emportai que de très peu de voix. Dès ce moment aussi, je pus sentir l'esprit de défection se glisser dans nos rangs- Ce n'était que le prélude de désertions plus funestes, qui eurent, longtemps après, leur naturel dénouement. Toutefois, à l'heure où nous étions alors, le parti jacobin ne tarda pas à s'apercevoir lui-même qu'il devançait les événements, et qu'il avait encore besoin des hommes du Centre gauche pour sauver la République du péril que le Seize Mai allait lui faire courir. Une fois de plus, et pour un temps encore, il allait se mettre à notre suite.

Cette affaire du Seize Mai fut une de ces occasions où, en France peut-être plus que partout ailleurs, l'irréflexion et la passion prennent le pas sur la raison. Ce déséquilibre de l'esprit a, chez nous dans tous les temps, mais surtout depuis que la

multitude a les premiers rôles dans les érénements, mis l'État en grand péril.

H. le Maréchal, surpris sans doute lui-même par l'effet extraordinaire de sa lettre à Jules Simon, fut comme déconcerté, et il ne sut pas prendre de haut le maniement du Gouvernement, dans cette crise sans cause bien sérieuse. De son côté, la Chambre des députés, sous l'impulsion des esprits surexcités, et sous l'empire de ses propres passions, aiguillonnée par une presse qui exagère tout dans les moments de fièvre, se hâta de prendre des résolutions qui précipitèrent le mouvement, et le firent dévier. II en résulta que ce qui, dans la pensée du Maréchal, ne devait être qu'une crise ministérielle, prit tout à coup un autre caractère ; et sous l'empire d'une colère plus ou moins factice, suscitée, criait-on un peu partout, par une rupture de contrat dont on accusait l'Elysée, devint une sorte de petite révolution.

Et toutefois, M. le Maréchal, soit qu'il eût fait ses réflexions, soit qu'il cédât à des conseils de prudence, essaya manifestement de réduire l'incident de la lettre à ses vraies proportions. Il eut la pensée de reconstituer un ministère Centre gauche avec une accentuation vers le Centre droit, qui eût remis la politique du gouvernement dans la voie qu'il voulait lui faire suivre, en le fortifiant notamment contre l'invasion du radicalisme (1).

(1) Daoi nae conTeraation Mute récente, dont M. le vicomte d'Harcourt m'a autorité à me lerrir, il m'a déclara que l'intention du Marchai avait été de reformer le miniitère Dnfaure et de reprendre le court de la politique laivie .

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C'est dans cette inleatioa évidemment, qu'il avait mandé à l'Elysée M. le duc Pasquier, président du Séuat. M. le duc Pasquier était persona grata parmi le» membres de la Gauche. Il avait eu maÎQles fois, envers elle, des procédés courtois; et il avait souvent fait montre, avec même quelque affectation, d'un esprit de libéralisme, qui ressemblait, pourait-on croire, à un certain détachement, au moins éventuel, au sujet de la forme du gouvernement. Au fond, il était attaché à la forme constitutionnelte du Régime de juillet 1830, plus qu'aux principes de la Royauté ; mais surtout, et c'était ce qui lui conciliait les sympathies de la Gauche, il était passionnément l'adversaire de tout ce qui ressemblait, de près ou de loin, au Gésarisme. Son attitude à l'Assemblée nationale, pendant la discussion de la Constitution, et lorsqu'il fellut la mettre en Œuvre, lui avait créé une situation à part dans le nouveau Régime, et le désignait pour le rôle de négociateur autorisé entre les partis. Ce rôle lui était rendu facile par les relations aimables qu'il avait toujours entretenues avec tous les membres de l'Assemblée nationale. Ce n'est pas qu'il fût exempt de préjugés — qui n'en a? -:- mais encore, il savait s'entremettre dans ta mêlée, sans trop d'embairas. M. le duc Decazes était de son côté venu à l'Elysée. C'était un esprit dégagé de préventions et sans raideur, rompu eux négociations et aur af^ires, sans grande passion pour aucun parti politique, quoique, par relations mondaines et par esprit de caste relativement moderne, il eût plutôt une tendance vers la monarchie. Il n'était pas

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exempt d'uD certaia machiavélisme, par goût de diplomatie ; il avait moins de rondeur mais plus d'entregent que M. le duc Pasquier. Il mettait volontiers en tout du dilettantisme; et par goût, par ses tendances naturelles aussi et par esprit de conduite, il était éloigné des mesures violentes et des câbles rompus. Dans le cas présent, il devait opiner pour la prudence, vers laquelle le Maréchal inclinait.

Les deux ducs avaient dû donner au Maréchal des conseils de modération, et, au point de vue constitutionnel, des avis coociliateurs. C'est à la suite de ces entrevues que l'Elysée fit publier dans l'agence Havas une note destinée à donner à l'acte du 16 mai un sens pacifique et de pur constitutionnalisme. « Le Président de la République, disait la note, a reçu ce matin plusieurs personnages politiques. Le Président a exprimé à tous sa ferme volonté de maintenir la politique de paix avec toutes les puissances, et de réprimer avec la plus grande fermeté les démonstrations ultramontaines qui pourraient se produire, v — Le Maréchal ne s'exprimait pas autrement que nous l'avions fait nous-mème dans notre ordre du jour du 4 mai, qui pourtant, disaiton, l'avait ému au point de lui faire prendre des résolutions extrêmes.

En même temps, dans une lettre publiée à dessein, le Maréchal conjurait M. le duc Décades de conserver son portefeuille des Affaires étrangères.

Et enfin, une note officielle, publiée dans l'ar gence Havas, feisait connaître que le Maréchal avait fait prier M. Dufaure de venir à l'Elysée. Mais ce

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vieux parlementaire avise prétexta de sa santé; et il s'excusa, en ajoutant que, d'ailleurs, dans les cir' constances présentes, il ne pouvait être d'aucune utilité. D'autre part, divers indices, peu connus mais révélateurs, apprennent que quelques membres du Centre gauche avaient été pressentis en vue de constituer un nouveau ministère, et qu'ils n'en étaient pas éloignés.

La lettre au duc Decazes, et surtout la publicité qui lui fut donnée, avaient sans aucun doute pour but, dans la pensée du Maréchal, de calmer l'émotion publique qui, évidemment, le surprenait, en raison de ses propres dispositions, et de hire comprendre qu'il n'entendait nullement donner un autre cours à ta politique intérieure, telle qu'il l'avait correctement pratiquée depuis l'établissement du nouveau Régime.

La voici :

. Psri», 17 mai 187T.

■ Mon cher Dec,

Les circonstances ne m'ont pas permis de conserver au Pouvoir le dernier cabinet dont vous faisiez partie.

■ Je veux cependant qu'il soit bien compris que j'entends maintenir avec les puissances étrangères les relations amicales et confiantes que vous avez su entretenir avec elles. Nulle atteinte ne doit y être portée, et rien ne doit être changé à .la politique extérieure que vous représentez si habilement et si dignement.

• Je tai» donc appel à votre patriotisme et je

TOUS prie de rester au poste où je vous ai appelé il y a plus de trois années, aussi longtemps que vous ne pourriez l'abandonner sans dommage pour la chose publique.

■ Recevez, mon cher duc, la nouvelle assurance de mon sincère attachement. <>

u Le Président de la République,

■ Maréchal de Mac-Mahon,

duc DE Magenta. »

Mais ces efforts tendancieux, ces dispositions Conciliantes allaient se briser contre un autre parti pris directement opposé. La fraction avancée du parti républicain, et son chef M. Gambetia, avaient déjà pris avantage de l'aventure du 16 mai, et on a vu que, dès le premier moment, ils avaient cherché à entraîner toutes les fractions de la Gauche dans une action commune de résistance, comme s'il se fût agi de répondre, par un acte de force révolutionnaire, à ce qu'on appelait un coup d'État. Au Centre gauche, nous avions résisté à cet entrainemeut, en refusant de nous prêter à la réunion plénière qui devait être tenue le soir du 16 mai au 6rand-H6tel. En ce qui me concerne, j'ai toujours détourné les républicains modérés de ces réunions plénières, qui sont de véritables pièges tendus à la bonne foi des politiques, et dans lesquels ils ne sont tombés que par aveuglement ou par une extrême innocence. Ce fut seulement après que j'eus fait prendre cette résolution par mes amis que, dans la

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nuit du 16 au 17, je reçus un mot d'uD bomme très au courant de ce qui se paasait et qui me disait : ■ J'apprends de source certaine que c'est la présentation de l'ordre du jour adopté hier au Grand- Hàtel qui serrira de justification à un ministère de Droite. On les embarrassera énormément si l'on se tait ; et le plus fin serait encore de proposer une résolution exprimant le regret de la Gbambre de la cbute du cabinet républicain. ■

C'était évidemment un avis, peut-être même un conseil, que l'on me disait parvenir par une voie indirecte. Hais eussé-je voulu m'en inspirer, pour enrayer le mouvement passionné qui entraînait en ce moment tout le monde, même les esprits les plus tempérés, j'aurais tait un effort vain, et je n'aurais rien empêcbé.

Les choses allaient se passer comme le disait le bienveillant correspondant resté anonyme, qui m'avait fait parvenir cette note. Dans la soirée, la réunion semi-plénière du Grand-Hôtel avait été tenue, dans un grand trouble d'esprit, mais avec une réelle modération de langage au moins apparente. Gambetta y exposa l'objet de la réunion, qui était de faire adopter une résolution. On déposerait, le lendemain 17, dès l'ouverture de la séance de la Chambre, une demande d'interpellation, tendant & l'adoption d'un ordre du jour; et il développait cet ordre du jour. La proposition fut adoptée sans débat.

Le lendemain donc, le 17 mai, dès l'ouverture de la. Chambre, le président de la Gauche républicaine, H. Devoucoux, demanda & interpeller les ministres

au sujet de la crise ministénelle. M. Ghristophle, seul ministre qui fât à ton banc, dit qu'il n'avait m mandat de ses collègues, ni qualité pour donner des explications sur la crise. Il demanda que l'on remît le débat au lendemain. C'eût été un sursis, et un temps donné à la réflexion. Mais c'était justement ce qu'on ne voulait pas. Gambetta prit la parole pour développer l'interpellation. Son langage fut modéré, et son ton fut respectueux à l'égard du Président de la République. <> Nous lui disons, déclarait-il, monsieur le Président de la République, restez dans la Constitution, touiours dans la Constitution, et dédaignez les conseils perfides des conseillers que TOUS ne trouveriez pas, à Theure des dangers qu'ils auraient eux-mêmes déchaînés. »

Le comte Durfort de Civrac, au nom de ses amis de la Droite, déclara qu'il tenaitcette interpellation, faite en l'absence d'un ministère responsable, comme un acte inconstitutionnel, une entreprise de violence contre le Pouvoir exécutif, et qu'il ne pouvait s'y associer. ■

Sans autre discussion, le Président lut l'ordre du jour proposé au nom d'une fraction des Gauches, et qui était ainsi conçu :

a La Chambre, considérant qu'il lui importe dans la crise actuelle, et pour remplir le mandat qu'elle a reçu du pays, de rappeler que la prépondérance du pouvoir parlementaire s'exerçant parla responsabilité ministérielle est la première condition du gouvernement du paya parle pays, que les lois constitutionnelles ont eu pour but d'établir, déclare que la confiance de la majorité ne saurait être acquise

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