‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 20 sur 59 · AUTOUR DU MARÉCHAL. — SUPRÊME TENTATIVE · texte numérisé non relu

AUTOUR DU MARÉCHAL. — SUPRÊME TENTATIVE

Dans le monde ministériel, le résultat des élections fit l'effet d'une pierre jetée au milieu d'un marais. On eut l'impression d'une débâcle, et la première idée fut de s'esquiver.

Un écrivain monarchiste, M. Henry d Ideville, a raconté (I) que, dans la nuit du 14 au 15 octobre, au fur et à mesure qu'arrivaient les nouvelles, place Beauvau, M. de Fourtou s'agitait, fiévreux, et se répandait en plaintes et en reproches contre ses agents, tandis que M. de Broglie, très calme, pointait froidement ces résultats. Quand la débâcle fut certaine, M. de Fourtou dit aux personnes qui l'entouraient : il Tout est fini, je n'ai plus qu'à me retirer. Je vais envoyer ma démission au Maréchal; et ce soir je quitterai Paris. J'ai besoin de repos, m — " Pardon, mon cher collègue, dit M. de Broglie, mais j'ai mal entendu. Vous parlez de vous retirer, vous, en ce moment! Cela est absolument impossible... Nous avions accepté une tâche, nous y avons succombé, mais il nous est interdit, à nous aussi bien qu'à vous, d'esquiver les responsabilités. La mission est pénible et dure, je ne l'ignore pas. Vous devez

(1) Voir Histoire de la troisième République, par M. ZÉVOBT»

VOUS en acquitter jusqu'au bout. Le cabinet tout entier, entcnJez-vous bien, doit se présenter devant i la Chambre et supporter l'attaque. »

Que ce colloque ait eu lieu, cela est vraisemblable,.et la différence des deux hommes se marque bien à la différence de leurs attitudes. On n'est pas surpris que le duc de Broglie ait été du bon côté.

On put lire le lendemain, dans VAgence Havas, un communiqué évidemment officiel et ainsi conçu :

" C'est à tort que plusieurs journau.x de Paris ont annoncé que le ministèi'e avait offert sa démission au Maréchal président de la République. Les ministres n'ont pas songé un instante quitter leur poste, pas plus que M. le Président à se séparer d'eux. La lutte électorale qui a commencé le 14 octobre, et qui vaut aux conserva teurs cinquante nouveaux sièges législatifs, se continuera le dimanche 28 pour les scrutins de ballottage, et le dimanche 4 novembre pour les élections départementales, exactement dans les conditions oi^i elle a été engagée. M. le Ministre de l'Intérieur s'en est expliqué, au nom du Gouvernement, avec tous les préfets qu'il a fait appelerà Paris. »

Ce communiqué officiel n'était pas l'expression exacte de l'attitude prise par les hommes engagés dans cette affaire. Un grand trouble régnait à l'Elysée et autour de l'Elysée, dans le désarroi occasionné par l'insuccès de l'entreprise du 16 mai. Tout le monde, dans ces milieux en déroute, sentait que l'aventure pourrait bien tourner en désastre, et ceux qui avaient le sentiment de leur responsabilité, et le souci de sauA'egarder l'honneur et la situation

du Maréchal, cherchaient une issue. Il fallait qu'un homme autorisé et ayant une situation personnelle suffisante se trouvât à point pour remettre en état une affaire qui avait mal tourné. M. le duc de Broglie était homme à ne pas penser qu'à lui seul, et il avait à cœur de tirer le Maréchal du mauvais pas où on l'avait engagé. Il se trouvait précisément à cette époque un homme qui eût pu, du moins pouvait-il le croire, sauver la situation (l). M. Pouyer- Quertier avait gagné une juste popularité pendant son passage aux affaires dans le Gouvernement de M. Thiers, et lors des négociations avec M. de Bismarck. Il n'avait pas été compromis dans les négociations des partis monarchiques pendant l'Assemblée nationale. Il pouvait être d'un grand secours pour opérer le sauvetage. M. le duc de Broglie pensait à lui. Dans les Mémoires de Mme de Yalon, que M. Clément Simon a mis en lumière, on trouve le récit du rôle qui fut destiné alors à M. Pouyer- Quertier par les personnages les plus considérables de ce temps, fertile en intrigues.

Le 2 novembre 1877, M. le duc de Broglie écrivait à M. Pouyer-Quertier la lettre suivante datée du cabinet du Garde des Sceaux :

«Mon cher président (2),

« Je réfléchis sur notre conversation et je crains de ne vous avoir pas assez dit le service que vous

(1) Voir le Figaro, 13 novenibre 1908. Mémoires de Mme la comtesse de Valon, par Clément Simon.

(2) M. Pouyer-Quertier était président du Conseil général de l'Eure, dont M. le duc de Broglie était membre.

rendriez au Maréchal en lui apportant un ministère avant l'ouverture de la Chambre. Si vous y renoncez, la catastrophe est inévitable. Notre seule présence la précipite.

" A tout autre que nous, la Chambre sera embarrassée de refuser le budj^et.

il A nous, elle le fera certainement, et alors que fera le Maréchal?

a Un ministère d'hommes éclairés, honnêtes, de quelque opinion qvi'ils soient, offrira au public une solution, et le public pèsera sur la Chambre.

« Coui'age donc, tirez-nous d'affaire. C'est digne de vous.

« Recevez, mon cher président, l'assurance de mes sentiments dévoués.

n BrOGLIE. n

K Paris, 2 novembre 1877. »

M. Pouyer-Quertier, sans se refuser nettement à l'aide qu'on lui demandait, ne s'y sentait pas porté, ou plutôt il était déjà engagé dans une autre voie, bien inattendue pour ceux qui l'avaient connu antérieurement. Il répondit :

« Paris, le 3 novembre 1877,

« Monsieur le Maréchal,

(1 Je n'ai pu voir encore M. Dumas, qui estabsent. J'ai vu M. Welche, préfet du Nord. Après une longue conférence, nous avons reconnu que le ministère actuel devait défendre ses actes devant la

Chambre, et que le nouveau ministère ne devait prendre le pouvoir que vous voulez lui confier qu'après le débat sur les élections.

«Il n'y a personne à Paris en ce moment. C'est demain l'élection des conseils généraux; je suis moimême obligé de passer ma journée de demain dans mon canton de Fleury-sur-Andelle. Je ne pourrai donc rien faire dans la journée du 3 novembre. Je serai de retour lundi pour prendre vos ordres, monsieur le Maréchal, mais il me semble impossible de rien terminer avant l'arrivée des députés et des sénateurs.

« Veuillez agréer, etc.

a POUYER-QUERTIER. »

Il était parti pour se rendre à Fleury-sur-x\ndelle, mais en cours de route, en pleine nuit, on arrêta le train, et un autre ti'ain spécial était là qui chauffait pour le ramener à Paris, oi^i le mande le Maréchal. Cette fois M. Pouyer-Quertier, serré de près, écrit une nouvelle lettre de refus, mais plus formel :

« 5 novembre 1877,

«Dans l'après-midi nous avons entendu MM. de Broglie et de Fourtou, qui ont cherché à nous persuader qu'il y avait danger pour l'avenir du gouvernement à ce que le ministère actuel allât devant les Chambres défendre la politique du 16 mai au 14 octobre. Après mûre réflexion, et comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, je ne puis être d'accord avec les ministres actuels. C'est eux qui vous ont

conseillé le 16 Mai, c'est eux qui ont gouverné, qui ont dirigé la campagne électorale, à eux de défendre leurs actes jusqu'à ce qu'ils aient été approuvés ou désapprouvés par les Chambres. La détente que Ton cherche se produira naturellement par la démission du ministère après ces discussions. Il ne serait ni juste, ni habile d'engager le nouveau ministère dans la lutte violente que doivent seuls soutenir les anciens ministres. 11 y a là une solidarité que je ne puis accepter... «

Peut-on trouver une condamnation plus formelle et de l'acte du 16 mai et de la politique qui a suivi! Mais les révélations de Mme de Valon vont plus à fond, et jettent une vive lumière sur les événements de toute cette période historique, en même temps qu'elles justifient l'attitude des hommes qui, sans être mélos avix intrigues des partis, n'ont cherché, dans ce temps-là, que le devoir, et n'ont songé qu'à le remplir.

Le désarroi jeté dans la politique élyséenne par le résultat des élections avait paru, aux partis monarchistes, l'occasion offerte de faire tourner à leur profit cette aventure. On cherchait des hommes; et l'on voit que le Maréchal, ou plutôt M. le duc de Broglie, avait songé à s'assurer le concours de M. Pouyer-Quertier. Mais déjà le parti légitimiste, servi en cela par Mme de Valon, que l'on appelait TEgérie de Pouycr-Querticr, avait jeté les yeux sur ce dernier, pour en faire l'instrument de ses desseins. C'est ce qu'on peut induire d'une lettre de M. le comte de Chambord au comte de Blacas,

datée de Frohsdorf, le 11 novembre 1877, ainsi conçue :

« Vous recevrez en même tcm.ps que ce mot, mon cher Blacas, la réponse que je charge Cazenove de faire à vos intéressantes communications. Mais il est un point sur lequel je tiens à vous donner moimême les instructions les plus précises. Je vous prie d'aller sans retard trouver M. Pouyer-Quertier et de lui exprimer ma plus vive gratitude. Tout ce que je connaissais de sa loyauté, de son caractère, de la tendance de son esprit, de la chaleur de son patriotisme, m'avait, vous le savez, inspiré une grande sympathie pour sa personne. Les généreux efforts qu'il fait en ce moment me prouvent que je ne me trompais pas. Je vois avec plaisir qu'il a le sentiment vrai de ce qui peut sauver la France; que Dieu lui vienne en aide et qu'il compte entièrement sur moi.

a Henri. »

Ainsi, le Ploi félicitait ^ï. Pouyer-Quertier, le remerciait presque d'avoir refusé son concours au IMaréchal. Le publiciste (1) qui a fait connaître cet épisode (2) ajoute que « M. de Mac-Mahon et le duc de Broglie n'étaient guère goûtés à Frohsdorf. Le comte de Chambord ne pouvait oublier que le duc avait fait voter le septennat, et que le Maréchal avait décliné l'honneur de le recevoir, quand, après

(1) M. Jacques Crépet.

(2) Voir le Figaro du i3 noveuiLre 190S,

le trop fameux manifeste du drapeau blanc, il s'était rendu mystérieusement à Versailles » .

Le duc de Broglie pas plus que le Maréchal n'étaient dans le secret de la combinaison dont M. Pouyer-Quertier était le pivot. Ils avaient songé à faire à mauvais jeu bon visage, sans paraître se rendre à la volonté clairement exprimée par le pays de revenir à la politique du Centre gauche; et M. Pouvcr-Quertier leur avait paru répondre parfaitement aux conditions de ce replâtrage.

M. Pouyer-Quertier n'avait pas dans le pays la physionomie d'un homme de parti. Il avait servi l'Empire, il avait servi le Gouvernement de M. Thiers; c'était un industriel. Il avait marqué son passage aux affaires par une surabondance de vie, une virulence dans l'action, une vaillance au milieu des complications les plus aiguës, qui l'avaient placé au premier rang parmi les hommes de bonne volonté que M. Thiers avait appelés au sauvetage. Il avait accepté la rude et cruelle tâche de discuter avec le prince de Bismarck les conditions du traité de Francfort. Il l'avait fait avec courage et avec la ténacité d'un Normand; il s'était montré de taille à lutter avec ce rude jouteur sur tous les terrains, disait-on. Lagrandepart qu'il prit alors aux affaires publiques, à son ministère des Finances, à l'Assemblée nationale et à Francfort avaient mis en relief cette figure vigoureuse, cette nature puissante et presque exubérante. Il était de ceux qui avaient rendu le sens de la vie à ce pauvre corps de France anémié par tant de souffrances. Discuté comme économiste par les initiés aux ar-

canes de réconomie politique et de l'école sacrosainte du libre échange; mais homme d'affaires hardi et puissant; orateur souvent désordonné mais fougueux et inventif avec des ressources infinies; tout en mouvement et en action, il faisait de la tribune un champ de bataille, et il y donnait le spectacle d'une charge à fond de train. Sa rondeur, sa joyeuseté rayonnante, son entrain fait de santé et de bonne humeur, rendaient sa personne attachante et propre à faciliter les rapprochements entre adversaires politiques. L'idée qu'avait eue le duc de Broglie de s'adresser à lui, pour tirer le Maréchal du mauvais pas où il se trouvait, était donc juste. On a vu que M. Pouyer-Quertier se trouvait, précisément à ce moment, engagé sous d'autres couleurs.

De son côté, le parti bonapartiste n'entendait pas qu'on lui laissât le triste rôle de vaincu dans cette journée des dupes. Il avait le verbe haut; et en cela, il était dans la vérité des situations. II avait pris sa part dans cette bataille pour la vie, qui avait suivi la journée du 16 mai. Dans son journal, l'homme le plus en vue du parti bonapartiste, M. Paul de Gassagnac, écrivait : « M. le Maréchal aurait trop beau jeu en jetant son ministère à l'eau pour se dégager de nous. Le 16 Mai ne peut plus finir... Ou nous resterons debout avec le Maréchal, ou il tombera avec nous. Quant à le laisser debout tandis que nous serions à terre, jamais de la vie! Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, le dilemme restera toujours le même ; Démettez-vous ou battez-vous! mais finissons-en! »

Ainsi se révèlent, soit avec éclat selon la manière de M. Paul de Cassagnac, soit en secret, comme on le voit })ar les correspondances échangées avec M. Pouyer-Quertier, les intentions vraies des partis engagés dans cette affaire du 16 Mai. Toute récrimination à cet égard serait vaine et hors de propos : mais il est pourtant nécessaire de mettre en leur jour ces manifestations de la pensée secrète des partis, parce qu'elles donnent la clef des événements qui vont suivre.

Il est donc avéré que le parti constitutionnel sorti des élections de 1876 se retrouvait, en 1877, en face de la même coalition des partis qui avaient troubléjpendant si longtemps notre politique intérieure, sous le règne de l'Assemblée nationale. Il est avéré également que les républicains attachés à la Constitution de 1875 avaient le droit de s'en plaindre. Leur patriotisme s'émouvait donc à bon droit, puisqu'ils savaient que les partis monarchistes coalisés, eussent-ils réussi, n'auraient pu s'accorder entre eux pour restaurer un trône; de sorte que la résistance des conservateurs à la consolidation du Régime constitutionnellement établi n'avait même pas d'objet

Et c'est ainsi que, même sous les Régimes politiques fondés sur les données de lasouveraineté nationale, en réalité les affaires humaines se traitent dans les coulisses, entre initiés. La machinerie constitutionnelle fonctionne à vide, tandis que les résolutions sediscutentetsedécidentdans lesantichambres,dans les salons ou, comme de nos jours, dans les loges maçonniques. Et tel est le bilan du Parlementarisme.

AUTOUR DU MARECHAL lai

. L'attitude du pouvoir exécutif et de la Présidence devait imposer à la majorité de la Chambre nouvellement élue une attitude et des résolutions toutes semblables; la politique dut s'y traiter en secret, et nous allions voir, de ce côté, l'organisation d'une sorte de Pouvoir des Dix, sous la forme d'une Commission des dix-huit, qui dut délibérer sur les résolutions à prendre et à suivre.

Les choses en étaient arrivées à ce point que la machine politique semblait près de s'arrêter, l'Elysée ne pouvant se décider à se soumettre aux décisions du suffrage universel, et, d'autre part, n'ayant pas trouvé une combinaison qui lui eût permis de s y soustraire. Le pouvoir exécutif se trouvait acculé à la nécessité d'affronter la nouvelle Chambre. Aussi, le 6 novembre, la veille du jour où elle devait se réunir à Versailles, le Journal officiel publiait la note suivante :

(i Sur la demande qui leur en a été faite par M. le président de la République, les ministres ont retiré leur démission, qu'ils avaient eu l'honneur de déposer entre ses mains. Ils ont d'ailleurs insisté pour qu'il fût bien entendu qu'en conservant leurs fonctions, ils ne préjugeaient en rien les résolutions ultérieures du chef de l'Etat. »

Cette note amphigourique parut une énigme et, dans l'état d'esprit où se trouvaient les nouveaux élus, une énigme menaçante. Elle n'était pas faite pour calmer les esprits. Il était évident que les vaincus du scrutin se refusaient au seul parti qu'ils eussent à prendre, c'est-à-dire se retirer, et qu'ils allaient créer une situation, pour tout le monde,

angoissante. On pouvait pressentir un abord, de part et d'autre, difficile.

Les deux Chambres s'étaient réunies le 7 novembre. Après les opérations préliminaires, et dans la séance du 12 novembre, Grévy, qui avait été réélu président, prononça, en prenant possession du fauteuil, l'allocution suivante :

« Messieurs,

« Vous avez rendu définitives les fonctions que vous m'aviez confiées, je vous en exprime toute ma gratitude. Ces fonctions m'imposent une tâche et une responsabilité que je n'ai jamais senties si vivement qu'aujourd'hui. Je m'efforcerai de me tenir à la hauteur de ma mission, comme la Chambre, j'en suis certain, se tiendra, par sa modération et sa fermeté, à la hauteur de la sienne, s'inspirant de l'admirable sagesse et de la volonté souveraine du pays, qui est avec elle. »

Ce langage, tenu sur un ton de dignité parfaite,^ exprimait les sentiments violents mais comprimés de la majorité, qui avait, à la fois, l'idée très nette de sa puissance, et ce sens artistique des Assemblées françaises qui, dans ce temps-là du moins, donnait un air de grandeur naturelle et simple à leurs actes et à leurs attitudes, dans les circonstances mémorables. Le président insinuait aussi un conseil

de sagesse que rAssemblée n'avait aucune peine à «uivre, tant elle sentait que les événements, l'état des esprits, sa dignité, tout lui en faisait un devoir.

Lorsque nous nous réunîmes à Versailles, nous étions tous convaincus que, devant la manifestation éclatante du suffrage universel, le Maréchal aurait cédé, et qu'il imposerait au ministère de Broglie sa démission, en supposant que ce dernier n'eût pas pris les devants. Nous ignorions que M. de Broglie avait eu la pensée de se retirer et de constituer, pour prendre sa place, un ministère Pouyer-Quertier. Ce n'eut pas été une concession suffisante devant la manifestation électorale écrasante qui avait condamné sa politique. C'eût été une concession faite avec humeur à la volonté du pays; mais encore, telle qu elle eût été, nous l'ignorions. Il sembla donc que M. de Broglie avait décidé d'affronter la majorité si manifestement hostile qui venait d'être élue; et ce fut considéré comme une provocation tant soit peu audacieuse, et comme une déclaration de guerre.

Pourtant, la majorité sortie récemment des urnes électorales eut, au premier abord, un tel sentiment de sa force, qu'elle était plutôt d'intentions magnanimes. Elle se sentait obligée d'avoir raison des excès de pouvoir commis pendant la période électorale; mais elle était animée à l'égard du Maréchat de dispositions assez conciliantes. Aussi la résistance qu'elle rencontrait, dès le début, du côté du ministère de Broglie et, supposait-on, du côté de l'Elysée, suscita-t-elle, dans cette majorité, un vif

mouvement de colère, qui provoqua une mesure d'un caractère extra-parlementaire, jugée indispensable en raison des circonstances. On décida qu'il serait formé un comité composé des représentants de tous les groupes de la Gauche, lequel comité aurait pour mission de délibérer en grand secret sur les résolutions à prendre. Il fut convenu que les Gauches de la Chambre accepteraient sans discussion les résolutions arrêtées dans ce comité. C'était vin véritable conseil des Dix. Et tel était l'état d'esprit de la nouvelle Chambre que ce mode étrange de délibérer fut accepté sans aucune résistance. Commentée comité des Dix-huit fut-il formé? Je l'ignore. Je sais seulement que j'en avais été exclu; et toutefois, on fut obligé de revenir sur cet ostracisme, lorsqu il fut arrêté que les anciennes formations de parti-s, dans l'intérieur de la Chambre et antérieures aux élections, seraient maintenues; on affectait de considérer comme non avenue la période de la dissolution de la Chambre et de sa réélection. Les anciens groupes se trouvaient donc par le fait reconstitués et j'avais encore la qualité de président du Centre gauche (1). Ce fut en raison de cette

(1) Liste des membres du Centre gauche (25 juin 1876) : -MM. Bastid (Raymond), Betbmont, Bizot de Fonteny, Bardoux, Bouteille, Breton (Paul), Brice (René), Brossard, Borriglione, Belle, Bienvenu (Léon), Bruncau, de Choiseul, Chiris, Cochery, Carrev, Colin, général de Chanal, Christophle, Danelle-Bernardin, Dreux, Drumel, Devaux, Fourot, Fouquet, Gailly, Garrigat, Guil- Icmin, Giraud (Henri), Guyot-Montpayroux, Germain, Godin (Jules), Grollicr, Guinot, Jametel, Franck-Chauveau, La Caze (Louis), Lebaudy, Lur-Saluces (comte de), Lanel, Legrand (Pierre), Legrand (Louis), Leroux, Magniez, Malézieux, de Mar-

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situation en quelque sorte prolongée, que l'on finit par admettre que je devais faire partie du comité des Dix-huit. J'y figurai en effet. Mais je n'y avais été admis qu'à grand'peine. J'étais déjà, sans m'en douter, ni personne autour de moi, un signe de contradiction, et le pouvoir occulte, qui avait, à rinsu de nous tous, la main dans nos affaires, manifestait, dès ce moment, le peu de goût qu'il avait pour ma personne : il me subissait donc, et cela dura jusqu'au jour où il dut m'éliminer décidément, dans des circonstances que je devrai raconter.

Ce comité se composait ainsi : MM. Albert Grévy, Paul Bethmont, Léon Renault, Horace de ChoiseuJ, Gh. Lepère, Madier de jMontjau, Henri Brisson, Jules Ferry, Clemenceau, Léon Gambetta, Lockroy, Goblet, Antonin Proust, Tirard, Gh. Floquet, Louis Blanc, Henri Germain, de Marcère. Il se réunissait presque chaque jour chez ^L Léon Renault, qui demeurait alors boulevard Malesherbes.

Gette étrange conception du Régime parlementaire nous était imposée, il est vrai, par l'état d'hostilité, au moins apparente, que gardait l'Elysée en face de la nouvelle Ghambre élue, et par les projets de résistance que cette attitude permettait de supposer. Ge n'était pas sans raison, comme on l'a vu; et

cère, Martin-Feuillée, Mathicu-Bodet, Maitret, Mention, Neveu, de Nalèche, Oudou!, comte d'Osinoy, Pâtissier, Laumond, Philippoteaux (A), Périer (Jean-Casimir), Pinaulet, Renaut-Morlière, lioger-Marvaise, Roussel, Robert de Massy, Renault (Léon), Roux (Honoré), Rouvre, Savary, Souchu-Servinière, Simon (Fidèle), Tassin, Truelle, Thiessé, vicomte de Tillancourt, Waddington (Richard), Scrépei.

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