IV HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE
Mon Dieu! le cours delà vie n'est point arrêté. Il ne manque pas de gens qui trouvent même que tout va bien : et qu'après chaque secousse nouvelle la France se reprend à vivre allègrement! Et toutefois, il est impossible de ne pas voir que chacun de ces mouvements intérieurs a été l'occasion, sinon la cause effective, d'une désorganisation à peu près générale. Aussi ne manque-t-il pas de gens qui pensent que, de toutes les institutions administratives ou politiques imaginées, cil l'an VIII et plus tard, pour remplacer l'organisme social d'autrefois par un organisme nouveau, il ne reste plus guère aujourd'hui que des apparences.
D'où vient donc que notre terre de France est le théâtre d'une sorte de trépidations périodiques; et que l'ordre social y est à l'état de déliquescence? H y a donc dans cette nation, si bien douée pour la vie, un germe de maladie qui, pour les sociétés comme pour les hommes, peut ctre un germe de mort? Oui : et ce virus a un nom. Il s'appelle la Révolution. Mais ce qu'on doit entendre par ce mot Révolution^ ce n'est pas un de ces mouvements de politique intérieure qui produisent accidentellement des modifications plus ou moins importantes dans l'État. J'entends
AVANT-PROPOS
■par Révolution une véritable convulsion sociale, et pour dire le mot, un renversement complet delà civilisation française.
Cette civilisation dérivait, sous l'action dire(;te de l'Église catholique, des origines multiples de la nation : origine latine, gauloise et franque. Entre ces races diverses, la fusion s'était faite et cimentée sous l'autorité de l'Église catholique. Fustel de Coulanges explique à merveille comment, de cette origine, et sous cette égide d'ordre divin, s'était formée et constituée la nation française, à la fois catholique, militaire et libre.
La ciA'ilisation dérivée de cet ordre des choses était donc essentiellement empreinte de l'idée religieuse. L'autorité dans la Rome républicaine et impériale avait déjà ce caractère divin, Diviis Augustus ! La France, fille aînée de l'Église, avait conservé à l'autorité ce caractère par la sainte ampoule! Et au surplus, on chercherait Aainement dans l'histoire du monde une nation, une race, une association d'hommes qui ait été affranchie, et qui ait vécu en marge d'une puissance d'ordre divin.
A l'heure même où la Révolution faisait son oeuvre, œuvre destructive de la civilisation française, la Convention n'avait pas rompu tout à