‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 4 sur 59 · VI HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE · texte numérisé non relu

VI HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE

fait le lien qui rattache impérieusement l'homme à Dieu. Elle l'avait consacré clans la Constitution de 1793. A bien plus forte raison, avionsnous rendu le même hommage à Dieu dans la Constitution de 1875, en décrétant que chaque année les pouvoirs établis rendraient un hommage public à Dieu. Pour la première fois, en France, et pour mieux dire, dans le monde, ce lien fut rompu en 1884, lorsque, par le fait de Jules Ferry, les pouvoirs publics rayèrent Dieu de la Constitution. De là date encore cette audacieuse nouveauté, qui consiste à substituer à l'enseignement chrétien, parmi les générations déjeunes Français, l'enseignement athée. De là ce déchaînement de la Bête au sein de la civilisation française; et c'est cela que j'appelle le renversement de cette civiUsation. Il ne s'agit plus de changements opérés dans l'ordre politique, comme la substitution d'une forme gouvernementale, telle que la République par exemple, à une autre forme, comme la Royauté. Il s'agit d'un changement radical dans ce qui fait l'essence de la civilisation c'est-à-dire dans les rapports de l'humanité avec Dieu même. Et c'est ce que Joseph de Maistre a exprimé quand il a dit que la Révolution était satanique.

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Oh ! une telle œuvre, aussi extraordinaire, aussi contraire à l'ordre naturel, ne s'est pas faite d'un seul coup. Elle n'est même pas achevée à l'heure présente. La société française, dès la fin du dixhuitième siècle, et les générations qui se sont succédé depuis, étaient déjà travaillées par le virus révolutionnaire, et plus encore par l'œuvre souterraine de la Franc-Maçonnerie, instrument de cette subversion du genre humain. Mais les liens très forts de la tradition les rattachèrent pendant longtemps encore au passé. C'est que, durant des siècles, la foi religieuse unie à la foi monarchique avait été le ressort de la vie nationale des Français. Sans doute, ce double ressort était détendu, affaibli et devenu insuffisant ou même impropre à cet office politique. Une autre raison de vivre, dégagée de toute obédience envers un pouvoir supérieur à l'homme et au citoyen, apparut aux Français comme le triomphe de la raison humaine sur des superstitions humiliantes pour leur raison. C'est cette lutte entre ces deux puissances morales qui se disputaient l'âme française qui remplit le siècle dernier tout entier. C'est elle qui explique les révolutions intérieures, qui en constituent en quelque sorte la trame. Cette lutte, elle dure encore ; et ce sont les

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événements qu'elle fait naître dans le cours de la vie nationale qui constituent le fonds de l'histoire que je raconte dans ce livre.

Mais à l'heure où ces événements s'accomplissaient, on ne distinj^uait pas le vrai caractère du conflit social : ce conflit paraissait plutôt être le résultat ordinaire des contrariétés d'humeur et d'intérêts, nullement le choc de deux forces d'ordre moral, heurtées jusqu'à la destruction de l'une ou de l'autre. C'est que le conflit réel engagé, dans l'ordre social et politique à la fois, était si habilement conduit par la puissance occulte qui mène de nos jours notre monde, qu'on le confondait aisément avec le cours ordinaire des choses, presque toujours plus ou moins troublé par le choc des intérêts ou parla passion des hommes. Le ferment révolutionnaire ne dominait pas assez sensiblement l'État français, pour qu'il appartit tel qu'il était déjà devenu réellement, c'est-à-dire comme le principe essentiel et dominateur de la vie nationale. Les avertissements prophétiques de Joseph de Maistre, de Bonald, et d'autres chrétiens éclairés n'avaient pas ouvert les yeux des Français sur le péril de mort qui les menace. C'est cet aveuglement, quasi inévitable, qui a livré les Français

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et la France à cette Révolution que je qualifie un renversement de la civilisation française. Mais l'événement ne s'est définitivement accompli qu'au moment où Waldeck-Rousseau et M. Combes installèrent la Franc-Maçonnerie, en souveraine maîtresse, dans le Gouvernement de la France. C'était l'aboutissement nécessaire à l'œuvre de décomposition poursuivie depuis plus de cent ans, et accomplie comme naturellement, par l'effet des nouveaux principes de vie que la nation, aveuglée et comme ahurie, s'était laissé imposer. C'est que, à la nation constituée en corporations, on avait substitué un troupeau individualiste; à l'autorité d'un chef, on avait substitué la souveraineté de la multitude ; et à la direction de l'ÉgUse, la raison individuelle, c'est-à-dire rien.

Mais comment en si peu de temps, « en un plomb vil, l'or pur s'est-il changé? » Comment en si peu de temps un tel cataclysme a-t-il pu se produire, sans que, durant de longues années, «ette France qui en a été à la fois la victime et le témoin, en ait discerné le caractère et la nature?

Tout se découvre à la longue.

La conspiration qui s'attaque à la civilisation chrétienne et en particulier à la nation fran-

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