‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CLOTURE DE l'eXPOSITION ÉTAT DES PARTIS ET DE l'OPIMON

L'année 1878 touchait à sa fin. Elle avait été bien remplie pour la France et pour la République. Après le désordre occasionné par l'aventure du 16 Mai, les institutions nouvelles avaient repris leur cours régulier. Le Gouvernement, simplement par l'usage constant et tranquille de son autorité, avait donné au pays le sentiment de sa force, sans trop la faire sentir. De là, une impression générale de pacification et de durée, favorable au nouvel établissement politique.

Nous étions arrivés au point culminant 'de la période ascendante de la République nouvelle, et l'on pouvait, sans trop de présomption, espérer qu'elle s'y tiendrait. Personne alors ne supposait qu'elle entretenait dans son propre sein ses pires ennemis. Jusqu'à ce jour, c'étaient les libéraux qui avaient gouverné, depuis MM. Thiers, de Rémusat, J. Simon, Dufaure, Teisserenc de Bort, les anciens, jusqu'aux nouveaux venus dans la vie politique ;

LES PARTIS ET L'OPINION 2Sl

Ricart (de Niort), Christophle, Léon Say, Waddington, Bardoux et moi-même, tous très dé[;agés à l'égard des anciens partis de droite et de gauche, uniquement animés de l'esprit de légalité et de justice distributive, pénétrés des idées essentielles de la Révolution française, telle qu'elle était apparue en 1789 et qu'elle avait été accueillie, alors, sans résistance, par tous les ordres de l'Etat. Il en était aussi parmi nous qui, sans philosopher sur le passé, pensaient qu'il importait seulement de gouverner la société nouvelle telle que les événements l'avaient transformée, sans se soucier plus que de raison des théories spéculatives.

Le nouveau Régime n'avait pas fait trop mauvaise figure sous la direction de ces libéraux. II avait surmonté les obstacles soulevés par des oppositions plus maladroites encore que dangereuses, tels que le 24 mai 1873 et l'aventure du 16 mai 1877. Il s'offrait, après le succès de l'Exposition, comme une ère de paix et de concorde, et aussi de prospérité matérielle, attestée par l'état des finances. Il ne me siérait pas de me glorifier de cette œuvre, qui, d'ailleurs, fut collective. Je puis pourtant, en historien fidèle, résumer les appréciations presque unanimes de l'opinion publique d'alors, en disant que l'on s'accordait généralement à constater les résultats heureux de notre politique. Il n'entre pas dans le cadre de ce récit de montrer ce que cette oeuvre est devenue.

L'Exposition universelle de 1878 avait, comme je viens de le dire, beaucoup contribué à l'apaisement. Vers la fin d'octobre, avant la rentrée des

Chambres, la cérémonie de la distribution des récompenses aux exposants eut lieu au Palais de l'Industrie, avec un grand éclat. On y vit défiler, sous les yeux d'une assemblée extrêmement brillante, tous les représentants des races si diverses qui peuplaient notre empire colonial déjà très étendu, avec leurs costumes variés, dont plusieurs étaient fort étranges; races jusqu'alors inconnues, quelques-unes avec des allures et des attitudes bizarres, et qui excitaient au plus haut point la curiosité, en même temps qu'elles étaient le témoignage vivant de l'extension de notre puissance. Le Maréchal fit un discours, dont on remarqua surtout le passage suivant :

u Notre ambition nationale ne s'arrêtera pas là. Si nous sommes devenus plus prévoyants et plus laborieux, nous devrons encore au souvenir de nos malheurs de maintenir et de développer parmi nous l'esprit de concorde, le respect absolu des institutions et des lois, l'amour ardent et désintéressé de la patrie. »

Ces paroles, si vraiment françaises, semblent aujourd'hui une leçon qui nous vient de loin : on dirait un conseil donné de haut par un patriote prévoyant. Elles produisirent un grand effet. Si le mot eût été inventé alors, on eût pu dire que le Maréchal de Mac-Mahon a été le premier des ralliés. Il avait gardé avec honneur la consigne acceptée de maintenir les institutions tant qu'il serait à la tète de la République. Mais il avait conservé pendant longtemps des défiances contre tous les hommes connus du parti républicain, sans faire entre eux de

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