‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 33 sur 59 · LES PARTIS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LES PARTIS ET L'OPINION

distinction, et une grande aversion contre les doctrines excessives de ce parti. Cependant, en voyant à l'œuvre les ministres qu'il avait choisis à la fin du 16 Mai, en constatant les heureux résultats de leur politique, en contemplant le spectacle vraiment brillant et si bien fait pour flatter notre amourpropre national qu'avaient donné le Gouvernement et la nation tout entière pendant l'Exposition, il s'était pris peu à peu à abandonner ses préventions contre les hommes, et à abjurer la plupart de ses préjugés. Il nous jugeait nous-mêmes équitablement. Ainsi, disait-il à un membre du clergé qui cherchait encore à le maintenir dans des dispositions hostiles : « Je ne veux pas sortir de mon rôle de président constitutionnel; si la légalité était violée, j'interviendrais. Mais vous ne me prouvez pas qu'on ait violé la loi. Quant à changer ou à modifier le cabinet de ma propre initiative, je n'en vois ni l'utilité, ni la nécessité, quant à présent. J'ai fait preuve de bonne volonté pour les conservateurs, mais il y a un terme à tout. Vos échecs ne peuvent ra'être imputés. »

Le discours de l'Exposition, accueilli avec une faveur presque enthousiaste par le grand public, avait exaspéré les vaincus du 16 Mai, ou du moins les chefs de cette aventure avortée. La presse demeurée hostile tenait un langage violent et injurieux, même contre le Maréchal. On disait de lui : «Il glisse sur une pente où il ne pourra plus s'arrêter. Le danger

grandit. On aurait dû le forcer à donner sa démission l'an dernier. La situation eût été claire et nette. » L'opposition, dirigée par MM. de Broglie, Buffet et de Fourtou, était en désarroi. Ces hommes, si puissants naguère, étaient tenus à l'écart par le Maréchal, et les membres les plus militants du clergé ne pouvaient plus aborder l'Elysée. Aussi, l'un des coalisés disait-il avec une sorte d'horreur : « Oui, les prélats sont tenus en suspicion auprès du Maréchal, qu'on a circonvenu. "

Déjà pourtant le clergé commençait à s'apercevoir qu'on lui faisait jouer un jeu dangereux. Sous l'influence de M. de Falloux, il avait compris qu'il avait tout à perdre à continuer la lutte contre la République, et tout à gagner à se mêler au courant qui peu à peu entraînait et attirait l'ensemble de la nation. Ce courant, en effet, se grossissait incessamment d'afflux nouveaux. Un grand nombre d'hommes, de ceux du moins qu'un intérêt personnel ne rattache pas à un parti militant, étaient restés hostiles à la République aussi longtemps que des restaurations du passé leur avaient paru possibles; et ils s'étaient jetés avec plus ou moins de ferveur dans la mêlée du 16 Mai. Mais les échecs successifs de leurs guides politiques leur avaient donné à penser sur la valeur pratique de ces entreprises. Ils avaient fait la réflexion qu'après avoir écouté la voix des chefs qui les avaient si vainement ameutés contre les lois du pays, la voix du patriotisme avait son tour, et qu'elle leur conseillait, leur ordonnait même de se grouper autour du Gouvernement. Après tant d'essais malheureux de restaura-

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