‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 38 sur 59 · LES ÉLECTIONS SENATORIALES DE 1X · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS SENATORIALES DE 1X

à la manière méridionale, plus en surface qu'au fond, avec parfois des vues lointaines et lumineuses, et, après, des obscurités pitoyables ; des élans en hauteur et des retours en bas ; mobile, fougueux tour à tour et épuisé; tantôt politique avisé, comprenant les conditions du Pouvoir, les avantages d'une société régulière, acceptant et goûtant même une organisation sociale fortement hiérarchisée; et tantôt attiré vers les bas-fonds de la démagogie; incertain dans ses voies parce qu'il était incertain dans ses idées directrices, et plutôt soumis aux influences d une science très courte et d une philosophie erronée. Ses instincts parfois le portaient vers les hauteurs, ses habitudes le retenaient en bas. Lorsque, pendant quelques mois, il fut chef du gouvernement, il eut l'intuition de ce qu il fallait faire; mais il n'eut pas la force de se dégager des liens de diverses sortes qui le retenaient dans le servage d'une politique abaissée, et tenant de la démagogie plus que des traditions de la France.

Dans son discours aux voyageurs de commerce, il disait : « Nous avons notre tradition nationale, nous avons une Constitution à part, des mœurs à part, une propriété constituée sur des bases immobiles et que le monde peut nous envier, et le mot n'est pas dans ma bouche une formule banale. Avec cette propriété, ce génie, ce goût, cette aptitude au raffinement en toutes choses, à la grandeur artistique et littéraire, est-ce que nous sommes chargés de penser, d'agir pour le reste du globe! » Et c'est ce même homme qui allait bientôt faire dévier précisément la France de ses voies, de sa tradition, de

son génie propre, comme si, en devenant une République, elle avait changé de tempérament. C'est que ces traditions dont il parlait, il ne les avait pas dans les moelles; et avec une assurance un peu superbe, il allait entrer dans l'ère de ces difficultés que luimême avait créées. Il y entrait d'ailleurs délibérément; et c'est ce qui achève le portrait de l'homme. Il était de la confrérie franc-maçonne : il avait, en y entrant, abjuré nos traditions nationales. Et c'est ainsi que, dès ses débuts dans la vie, il fut d'abord le séide d'une secte à laquelle il obéissait, au rebours, parfois sans doute, de ses instincts naturels. Sa foi de sectaire l'emportait sur sa raison, et elle l'avait aveuglé jusqu'au point de lui faire commettre, à certaines heures, des actes que l'honneur réprouve.

La République conservatrice arrivait à son terme. Notre dernière victoire, l'élection du 5 janvier, marquait en même temps la date de sa défaite. Les vieux républicains, qui attendaient leur heure, allaient presser le dénouement. Ils y étaient précipités presque inconsciemment, avec, pourtant, une sorte d'i-nstinct secret qu'ils commettaient une ingratitude, et qu'ils entraient dans une aventure. Ils étaient d'ailleurs poussés par la troupe qu'ils avaient derrière eux, et qui avait hâte d'arriver. Mais surtout, ils étaient possédés de la passion d appliquer la doctrine qui faisait le fond de leur foi politique, la doctrine positiviste. De là, leur

impatience d'engager la guerre, non ouverte encore, dissimulée mais implacable, contre toute institution religieuse, et contre le catholicisme en particulier.

A la suite de notre victoire, ce que le parti républicain avait tout d'abord entrevu, c'était son entrée en possession. A peine accorda-t-il une trêve à ses désirs, par une sorte de scrupule de gratitude, qu'il ne pouvait s'empêcher de témoigner au Gouvernement. Il pouvait savoir d'ailleurs que, sans y être poussés par le désir de gagner ses faveurs, nousmêmes nous avions compris que le changement si considérable intervenu dans la majorité du Sénat entraînait avec lui d'autres changements, dont devait profiter le parti républicain. Pour mon compte, et je pense que c était aussi l'opinion de M. Dufaure, j'aurais voulu que la transition se fît sans brusquerie, et que les satisfactions à donner n'eussent pas le caractère de représailles; qu'elles ne fussent pas le signal d'une rupture avec le parti conservateur. Ce fut sur cette question de procédé politique que se lit la scission, d'abord adoucie, enguirlandée de politesse à notre égard, mais de plus en plus sensible, et avec, du côté républicain, un air de gens pressés d'en finir. A l'E.xtrême gauche, MM. Louis Blanc et Floquet ne cachaient pas que leurs visées allaient plus loin et plus à fond que le changement de quelques fonctionnaires; mais c'étaient là les secondes vues d'un avenir qu'il ne convenait pas encore à l'ensemble du parti de découvrir tout à fait.

Tout d'abord, le changement de front se fit au

Sénat, ce qui était naturel. La majorité y était passée de droite à gauche, et ce fait seul devait motiver d'autres changements dans la politique sénatoriale. L'élection du bureau du Sénat se fait chaque année à la session de janvier. M. le duc d'Audiffret-Pasquier était président en fonctions. Il avait déjà occupé ce haut poste à l'Assemblée nationale, lorsque M. Buffet était devenu président du Conseil des ministres. Le Sénat constitué en 1876 l'avait élu président. 11 y avait d'ailleurs fait bonne ligure, à Versailles, après MM. Grévy et Buffet, et depuis 1876, au palais du Luxembourg. Il avait de l'autorité dans sa personne, de la présence d'esprit, une parole vive, frappante, et très à propos au milieu des incidents. Il avait toujours eu, dans ses rapports avec le parti républicain, de la courtoisie; et on savait qu'à la fin de l'aventure du 16 Mai, à laquelle d'ailleurs il ne s'était pas mêlé, il était intervenu utilement auprès du Maréchal, pour mettre fin à la crise. En général, il avait dans ses relations avec les hommes une manière de familiarité, toujours digne, mais sans façon, qui lui a facilité sa tâche dans l'exercice de ses diverses présidences. Il avait aussi hérité de famille une tournure d'esprit juridique, et des traditions de magistrat, qui sont très utiles, sinon nécessaires, pour faire un président complet dans les assemblées politiques. Le duc Pasquier est un de ceux qui auront honoré les présidences parlementaires.

Mais le parti républicain jugea qu'il était nécessaire de marquer la différence des temps par une modification de bureau du Sénat. Ce n'était pas une

vue très judicieuse ni très politique, étant donné que le duc Pasquier était un président chez qui les opinions politiques n'avaient jamais eu le caractère aigu de l'hostilité, ou même de la mauvaise grâce envers les personnes. Les élections du 5 janvier, d'ailleurs, avaient eu, de l'aveu de tous, un caractère plutôt conservateur, quoique républicain; et le maintien du duc au fauteuil aurait marqué une intention conciliante, en rapport avec notre politique générale. Mais comment attendre des partis, tant de vertus! Le parti triomphant tenait à se donner une satisfaction qui consacrât sa victoire, et le groupe du Centre gauche commit cette première faute de suivre le courant. Ce fut, il est vrai, dans ses rangs que l'on choisit, pour en faire un président, un excellent homme, honoré de tous les partis, sans qualités ni dehors très éminents, mais parlementaire très aguerri et agréable à tout le monde, M. Martel, en un mot.

Le personnel administratif que j'avais créé tout d'une pièce échappait aux récriminations. Néanmoins, je dus accomplir un acte politique en rapport avec l'ensemble des circonstances, au sujet de la préfecture de la Seine. Lorsque je repris possession du ministère de l'Intérieur, j'avais retrouvé à cette préfecture, établie alors dans le petit palais du Luxembourg, M. Ferdinand Duval. M. Ferdinand Duval représente assez exactement une génération d'hommes qui furent mêlés à la politique générale

à la fin de l'Empire, et dans les premiers temps de la République.

Dans les rangs de la phalange très composite de l'Union libérale, il était de ceux qui avaient fait une guerre implacable à l'Empire. Il s'y était créé des relations et des amitiés qui survécurent au Régime, après l'avènement de la République. Avec de l'esprit, de la diplomatie mondaine, et un physique qui ne nuisait pas à ses succès, il fut un des tvpes les plus achevés d'une fraction notable de la jeunesse de cette époque, celle qui versait dans la politique, et qui fréquentait dans les salons en vue, où ils étalent accueillis comme des combattants utiles, comme l'espoir de ce lendemain que tout le monde rêvait, et préparait. Ils avaient acquis dans les luttes quotidiennes de la presse, affinée alors par les dangers d'une législation draconienne, dans les conversations des conciliabules plus ou moins secrets, dans les entretiens des salons ouverts à la politique, vine élocution brillante, une gymnastique d'esprit qui pouvait faire illusion, et dissimuler une érudition et une préparation qui se sont trouvées souvent insuffisantes, quand il a fallu fournir ses preuves, et faire œuvre de gouvernement. Mais tout ce monde bruissait, se remuait, s'admirait, et se croyait propre à tout. Beaucoup d'esprit, d'agrément, de dehors, avec des aptitudes aux petites manœuvres mondaines qui préparent aux intrigues politiques, non sans contentement de soi.

M. Ferdinand Duval avait beaucoup de ces mérites et aussi quelques-unes de ces défectuosités. Sa fréquentation dans les endroits en vue, et sa cama-

raderie du Palais de Justice avec les hommes de sa génération, l'avaient mêlé tout naturellement aux gens et aux choses du gouvernement du -4 Septembre. D'abord préfet de Bordeaux, puis préfet de la Seine, il avait pu vivre tant bien que mal avec le Conseil municipal de Paris, lequel d'ailleurs, à ces époques préhistoriques, était composé d'hommes à peu près gouvernementaux. Néanmoins, pendant mes deux ministères, en 1876 et en 1878, j'eus de nombreux assauts à soutenir à son sujet. Les républicains ne supportaient guère à la tête de Paris un homme qui avait pris plutôt la couleur de l'opposition orléaniste, sans trop s'en cacher, et dont les relations personnelles le rattachaient à ce parti. Il ne donnait pas, à proprement parler, prise contre lui; mais il était suspect — ce qui est déjà un crime en politique — et, au surplus, ayant un certain genre d'esprit dont il coquetait, comme on faisait dans ce monde-là, il se répandait volontiers en propos légers et en traits plus ou moins acérés contre le Régime et contre les personnes. 11 ne m'épargnait pas, — je l'ai su, — mais cela m'importait peu, en vérité ! L'esprit de ces voltigeurs du Centre droit ne pouvait me détourner de ma politique, qui consistait à amener tous les Français sur un terrain commun. Ils ne se doutaient guère, lui et ses amis, qu'en faisant parade d'un esprit facile et d'un scepticisme politique de haut goût pour amuser des galeries mondaines, passablement dédaigneuses d'ailleurs, sous des dehors de chatteries de salon, ils faisaient douter de leurs capacités d'hommes de gouvernement, tandis qu'ils auraient eu tant d'intérêt

à faire croire, au contraire, qu'ils seraient des ressources précieuses dont la France aurait un jour besoin.

M. Ferdinand Duval était de ceux que l'opinion triomphante ne me permettait plus d'imposer à la population parisienne. Je dus proposer à M. le Maréchal son remplacement, et je lui écrivis en même temps, à lui-même, une lettre personnelle dans laquelle je lui exprimais les regrets que j'éprouvais en lui appliquant une mesure que les circonstances politiques rendaient inévitables. M. le Maréchal ne le défendit pas, quoique M. Ferdinand Duval fût un des favoris de l'Elysée. Il savait, mieux que pei'sonne, quels étaient ses sentiments vrais à l'égard du Gouvernement.

Je songeai, pour le remplacer, à un homme qui appartenait, lui aussi, à cette génération des ligueurs de l'Union libérale, surgie le 4 septembre, mais d'opinions beaucoup plus avancées, M. Hérold. Il m'avait été désigné par sa notoriété, due à la célébrité de son père, par la popularité dont il jouissait dans une certaine partie de la population parisienne, et par sa capacité que l'on disait hors ligne. Je ne le connaissais pas personnellement, mais nous avions des amis communs qui me répondaient de lui. Cependant, il avait la réputation, d'ailleurs justifiée, de professer ouvertement en religion des opinions diamétralement opposées aux miennes et à celles que je considérais comme nécessaires pour l'ordre. On commençait, dès ce moment, à dévoiler des projets, jusqu'alors combinés dans l'ombre, au sujet de l'enseignement populaire, et de la guerre

prochaine contre tout ce qui touchait à la religion. Je voulus, avant de proposer ce choix au Maréchal, m'assurer des dispositions de M. Hérold à cet égard. Bardoux était alors ministre de l'instruction publique. Il avait préparé des projets, arrêtés entre nous, au sujet de l'enseignement primaire; mais, comme moi-même, il entendait ne pas toucher à la liberté de renseignement, ni aux droits des pères de famille. Il écartait toute idée de guerre religieuse; et la laïcisation était à nos yeux une forme de cette guerre, contre laquelle nous étions décidés à résister sans rémission. Je le priai d'assister à l'entretien que je comptais avoir avec M. Hérold. Il y vint en effet. Là, je fis connaître à M. Hérold mes intentions à son sujet; mais qu'auparavant, je tenais à savoir de lui comment il entendait se comporter dans la question de l'enseignement public. M. Hérold, sans renier ses opinions personnelles, nous déclara que, dans son administration comme préfet, il n'en ferait nullement acception, qu'il s'inspirerait des idées du Gouvernement, qu'il ne se prêterait pas aux projets de laïcisation qui pourraient être dans les intentions du Conseil municipal de Paris ; qu'il entendait, dans ces questions, marcher d'accord avec nous; qu'il se plaçait, dans ces affaires, à un point de vue purement politique, et qu'il considérait le nôtre comme juste et profitable à la République. M. Hérold fut donc nommé préfet de la Seine, et j'ajoute qu'il a tenu son engagement tant que je suis resté avec Bardoux dans le gouvernement.

M. Hérold, je ne l'ai su qu'après coup, faisait pro-

fession d'être athée. Beaucoup de jeunes hommes comme lui, à cette époque, MM. Jules Ferry, Gambelta, parmi les plus fameux, partageaient cette opinion philosophique. Ils ont cru, — on peut douter, il est vrai, qu'ils y eussent beaucoup rélléchi, — ils ont cru qu'une société humaine pouvait vivre sur cette donnée, sans tomber dans la barbarie. Nul n'a le droit de leur reprocher des opinions de cet ordre, quelque étranges qu'elles paraissent chez des hommes qui ont la prétention de mener les autres; mais ce que l'on est en droit de leur reprocher, c'est d'avoir caché ces opinions, et de n'avoir pas hautement dit qu'ils se proposaient de les appliqvier dans le gouvernement, de les substituer dans l'esprit des générations à venir ^aux anciennes croyances. Par là, ils ont trompé le peuple, et fait oeuvre de démagogues. Ils ont, en quelque sorte, inoculé à la République le vice essentiel qui l'a, depuis lors, marquée, et dont elle meurt : je veux dire Fimprobité politique. Déchristianiser la France, c'était une œuvre néfaste et impolitique au premier chef. Mais se livrer à cette œuvre sans le dire, la préparer et la poursuivre par des voies détournées, invoquer au besoin des principes respectables, tels que la liberté de conscience, pour fausser les consciences sans qu'elles s'en doutent, cela est une de ces fautes dont Talleyrand disait qu'elles sont un crime. Les conséquences de leur politique antireligieuse ne se peuvent montrer toutes, tant elles ont pénétré la vie sociale. Elles apparaissent dès à présent redoutables pour la nationalité même. Et pour avoir dissimulé leurs desseins, ceux qui ont fait cette politique ,ne

se relèveront pas, devant Thistoire, des responsabilités qu'ils ont encourues.

La nouvelle majorité du Sénat, républicaine et libérale, était en grande partie Centre gauche, ce qui, dans le langage d'alors, signifiait un républicanisme tempéré par le respect et par l'observance des lois générales de moralité publique qui étaient acceptées par la société française; et, parmi ces lois, au premier rang, les cultes religieux. Un journal, dont le directeur, M. Adrien Hébrard, venait d'entrer au Sénat, avait été, sous l'Empire, l'organe le plus accrédité et le plus redoutable de l'opposition. Il était alors sous la direction de M. Nefftzer. Quoique d'inspiration protestante, il avait eu soin de ne pas attaquer de front le catholicisme, et il avait su capter les intelligences du public le plus nombreux, le plus éclairé et le plus libre de toute sujétion mênje religieuse qu'il y eût en France. Il y avait, dans ce temps-là, toute une cavalerie légère, dans la presse quotidienne et périodique, qui se déchaîna contre l'Empire; mais aucun organe de publicité ne lui fit une guerre plus terrible que le journal le Temps. Après l'année 1870, le Temps était passé sous la direction d'Adrien Hébrard ; il conserva quelque chose de sa gravité un peu pesante, sa clientèle ayant quelqvie prétention au sérieux de l'esprit; mais il devint plus souple, plus alerte, plus ouvert aussi, quoique avec une habile discrétion, aux idées nouvelles, ou disposé à leur faire leur part, 11. 18

sans les accueillir toutes. Nul journal, avec une apparence de raideur de doctrines, n'a déployé plus de souplesse et de savoir-faire dans la manière de faire accepter au grand public les opinions les plus contradictoires et les plus contraires, en apparence, à l'esprit général qui dominait dans la rédaction du Temps. Son directeur, M. Hébrard, est d'ailleurs un des hommes les plus spirituels, les plus ingénieux, les plus diserts, les plus éloquents même, dans la conversation, qu'on ait pu rencontrer pendant cette période de notre histoire. Il est aussi un exemple rare d'un homme doué de toutes les qualités d'esprit et qui n'en a rien fait qui fût utile à son pays, ni même profitable à sa propre gloire. Ce fut d'ailleurs le propre de ce temps-ci d'avoir suscité une foule innombrable d'esprits remplis des dons les plus remarquables, et qui n'ont su les mettre au service que d'intérêts vulgaires ou de causes détestables, pour n'avoir pas connu ou pour avoir rejeté la foi dominante dans un ordre divin. Le Temps s'adressait à un public qui représentait plus particulièrement les générations du siècle écoulé, pleines de l'esprit de recherche, du goût du beau et même du bien, ouvertes à toutes les inspirations et à toutes les aspirations de l'esprit; et ces mêmes générations, éprises des découvertes merveilleuses de la science, erraient à l'aventure dans le domaine des choses de l'âme, livrées aux suggestions de l'orgueil humain, quand elles n'étaient pas soumises à l'appétit des jouissances matérielles. Ces générations étaient acquises d'avance au principe matérialiste, ou à un idéalisme imprécis, lesquels se ressemblent comme deux frères.

Lorsqu'on écrit l'histoire d'une époque pendant laquelle l'opinion publique a exercé une influence décisive sur les événements, c'est encore rester dans son sujet que de rappeler quels furent les facteurs de cette opinion. Or, nulle puissance n'a exercé dans ce temps-ci une influence plus grande sur les événements que la presse. La bourgeoisie cultivée, élève, en général, de l'Université, remplissait tous les offices où se forge l'esprit public. Magistrats, gens du Palais, gens de Bourse, notaires, gens de Lettres, même les hommes de loisir, mais d'habitudes sérieuses, les intellectuels de tout ordre, les mêmes qui s'étaient nourris auparavant du XIX^ Siècle d'About et de Sarcey, s'engouaient, dans les temps de crise, du journal la France de Girardin, du Temps d'Hébrard, des Débats de John Lemoinne. Ce furent ces journaux dont on peut dire qu'ils furent les principaux directeurs de l'esprit public. Les Débats, il est vrai, ont, à peu près de tout temps, joué un grand rôle de ce genre, mais dans une sphère plus élevée de la Bourgeoisie, plus proche de l'Institut et de ses dérivés en province, avec plus de manières que le Temps^ qui se piquait davantage d'être de son époque. Ce serait entrer dans le domaine de la critique littéraire que d'indiquer les procédés employés par chacun d'eux pour satisfaire leur clientèle. Si l'on s'en tient au rôle qu'ils ont joué comme principaux facteurs de l'opinion, à une certaine époque, on pourrait leur reprocher d'avoir entretenu, dans leur public, une incertitude entre des idées opposées, un faux équilibre, un état de doute entre l'erreur et la vérité, qui ont

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