CHAPITRE III
Nous ne nous refusions pas absolument à donner quelque satisfaction au parti républicain, mais sans perdre de vue notre but, qui consistait à amener les conservateurs à prendre rang parmi nous, pour fortifier le Régime établi, et pour assurer son avenir. Nous étions donc entrés dans la voie des réparations légitimes que le parti républicain pouvait raisonnablement réclamer; mais nous étions résolus à ne pas nous laisser entraîner dans la voie des vengeances rétrospectives, et de l'ostracisme contre les personnes. Aussi, dès ces premiers temps, nous pouvions constater, entre la Chambre des députés et le Gouvernement, un désaccord peu accusé d'abord, mais qui s'accentuait de jour en jour.
Je sentais, pour mon compte, se poursuivre un travail sourd de désaffection, de désagrégation et de défiance contre nous. On m'avertissait d'ailleurs de ces dispositions malveillantes. De là, une situation fausse dont j'avais hâte de sortir. Je demandai à mes collègues de la brusquer, en cherchant un moyen d'obliger la majorité à se dessiner et à se déclarer nettement pour ou contre nous.
Cette idée avait déjà été émise, avant les élec-
lions sénatoriales, par M. Dufaure. Le 21 décembre 1878, — j'en ai conservé une note écrite sur l'heure, — M. Dufaure, en Conseil des ministres, avait dit : « Monsieur le Maréchal, dans le cas où le ministère actuel serait encore en fonctions le 14 janvier (jour de la rentrée des Chambres), il y aurait lieu, pour lui, de se présenter devant le Parlement avec un manifeste, un message, quelque chose enfin qui soit une entrée en matière, et qui permette au ministère de faire connaître la ligne de conduite qu'il se propose de suivre. Vous verrez, si vous voulez faire cette déclaration en votre nom. Nous préparerons ce programme, nous vous le montrerons, et vous choisirez, soit de vous l'approprier, soit de le laisser présenter par le ministère. » A quoi le Maréchal répondit : « Si le ministère actuel est encore en fonctions le 14 janvier... Je ne puis accepter cette forme de parler. Le ministère tel qu'il est — je ne dis pas qu'il ne puisse y avoir de modification — mais le ministère à la tête duquel vous êtes, monsieur le président du conseil, devra rester, ou moi-même je me retirerai. J'ai cédé une fois, deux fois, mais je suis très décidé. Je n'irai pas plus loin. Ainsi vous pouvez être certain que, tant que je resterai Président de la République, le ministère actuel restera en fonctions. Quant à ce que vous avez dit du programme, nous verrons ce qu'il y aura à faire plus tard. » M. Dufaure reprit : «Oh! mon Dieu ! j'avais dit cela pour plus de prudence; mais je n'y insiste pas. Nous préparerons le manifeste, et vous ferez ensuite ce que vous préférerez. » Mon idée de provoquer une explication entre
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Dous et la majorité était donc celle du Gouvernenement; et je fus confirmé dans cette résolution par un discours que prononça M. Floquet, dans la Chambre, sans d'ailleurs rencontrer de contradiction : « 8i le cabinet Dufaure, dit-il, a été un défenseur incorruptible de la République en attendant les élections sénatoriales, il n'était plus possible après les élections; et l'union des Gauches devait se symboliser dans un nouveau ministère, représentation véritable de la majorité " . Sans doute, l'opinion des partis du Centre n'était pas aussi accentuée ; mais il s'en fallait de peu; et nous étions défendus mollement, même par nos amis.
C'est alors que je fis ample connaissance avec un personnage qui jouait un grand rôle dans le monde parlementaire. C'était le temps où la lice parut décidément ouverte à tous pour la dispute du Pouvoir, ou pour son partage en petits lambeaux, sous la forme de faveurs et des mille avantages qu'il procure. Ce personnage s'appelait le sentiment de la Chambre. Ce mythe servait admirablement toutes les petites combinaisons, les traîtrises, les ambitions secrètes qui n'auraient pas osé se produire ouvertement et en face. Parfois même, des amis sincères, mais peu courageux, pour faire passer des conseils indirects, des avertissements plus ou moins menaçants, mettaient, eux aussi, ce personnage en avant. Quand on parlait du sentiment de la Chambre, à l'oreille, ou avec un air de conviction désolée, les ministres ne savaient plus à qui se prendre ni à quoi faire face. Ce sentiment de la Chambre répondait à tout; et on ne savait au juste ce que c'était. Il pre-
nait tous les tons ; l'intérêt sérieux et sincère, la sympathie, le mauvais vouloir discret, la menace cachée sous la louange, les reproches violents, glissés sous un désaveu. Ah! le sentiment de la Chambre, quel ministre n'a pas connu la colère refrénée, le mépris secret et l'ironique gaieté que lui causait ce personnage, créé à l'image d'un temps où les petites lâchetés et la félonie se sont introduites dans la politique, en même temps que les partis abandonnaient, pièce à pièce, les idées politiques qui étaient leur apanage et leur raison d'être, pour un plat de lentilles. Le sentiment de la Chambre fut la tarte à la crème, servie à tout propos et dans tous les propos, dans les relations du Parlement et du cabinet.
J'insistai donc pour que le ministère sortit de la situation équivoque qui lui était faite; et il fut décidé que nous ferions un programme qui serait lu dans les Chambres, et qui serait soumis à leur acceptation. On s'entendit avec les présidents des groupes parlementaires sur la marche à suivre, qui fut réglée comme un scénario.
M. Sênart, qui était président de la Gauche, s'entremit avec beaucoup de zèle dans cette affaire, avec l'intention sincère, je crois, de tirer le ministère d'un pas difficile. Il m'écrivit :
u Cher Ministre,
u J'ai vu notre président (M. Grévy). Le règlement est à peu près muet. Tout bien pesé et examiné, il
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est d'avis de ne mettre dans l'affaire ni les bureaux, ni une commission, souvent source de grands ennuis et de grands embarras. Il pense que le ministre qui lira le programme peut y ajouter quelques explications, et exprimer le désir de connaître le sentiment de la Cbambre. Puis, un député viendra exprimer aussi le désir de la Cbambre de provoquer et de recevoir les explications propres à éclairer la situation, et à rendre possible un ordre du jour motivé, exprimant son sentiment définitif. Il ajoutera qu'il engage le gouvernement à faire connaître le jour qu'il accepterait pour la discussion. Puis, ce jourlà, discussion et ordre du jour. Sur quoi, aviser définitivement.
« Senart. »
Cette métbode fut adoptée par le Conseil des ministres, et il fut convenu que M. Senart ferait lui-même la demande d'explications après la lecture du programme.
M. Senart n'a jamais joué un rôle très important dans nos assemblées politiques; et pourtant il y a fait figure. Il avait présidé la Constituante de 1848, après Armand Marrast. Il appartenait à cette génération des républicains de 1848 qui avaient gardé l'auréole de je ne sais quelle illustration particulière des temps dits héroïques; avec, je pense, quelque illusion due à l'éloignement, et non pourtant sans vérité. Ce temps est, en effet, resté marqué d'un trait, celui de la probité politique, hautaine et fière, quelque peu hérissée, mais noble après tout, et qui contraste avec les caractères des
temps qui ont suivi. Senart était plus avocat qu'homme politique; mais c'était un avocat achevé dans son genre. Il avait tous les dons du comédien, dans Le sens artistique du mot. Chez lui, la physionomie, le geste, l'accent, l'attitude, tout était mis en jeu, quand il parlait. Ses plaidoiries ressemblaient à un drame ou comique ou tragique, dont il faisait jouer tous les ressorts et dont il mettait en scène tous les personnages, clients, adversaires, gens de justice. Il était médiocre à la tribune. L'art oratoire de l'avocat diffère entièrement de l'art oratoire du politique. Le premier peut consister tout entier dans une science fugitive puisée dans l'étude d'un dossier; être à la fois artificiel et très remarquable. Il faut à l'autre une nourriture plus substantielle, celle que fournissent à un esprit puissant des idées générales. L'avocat, même éloquent, peut être un homme médiocre, 1 homme d'État éloquent est nécessairement un homme supérieur. On a vu, dans le Gouvernement, des modèles de l'un et de l'autre.
Senart avait été, en 1870, je ne sais trop à quel titre, envoyé auprès de la cour d'Italie, à Florence, pour la déterminer à se ranger du côté de la France, dans le duel engagé avec l'Allemagne. Dans le monde politique nouveau, il ne figura guère que comme un ancien, honoré et respecté plus qu'entouré. Il était un peu l'ami de tout le monde; et, en résumé, son influence dans la politique du temps était nulle. Dans la circonstance présente, il se montra très dévoué à la cause politique que nous représentions au Gouvernement.
Ce fut M. Dufaure qui exposa dans notre programme notre politique générale; nous n'y ajoutâmes que des détails concernant, chacun, notre département. Il le lut au Sénat; et il fut accueilli avec une grande faveur. Ce fut moi qui le lus à la Chambre; mais l'accueil que j'y reçus fut tout autre. C'était la première fois que je rencontrais cette mauvaise disposition de la Chambre, qui, jusqu'alors, s'était montrée particulièrement bienveillante à mon égard. Je le sentis très vivement, quoiqu'on me donnât l'assurance que cet accueil était fait au manifeste plus qu'à ma personne. Mais j'eus l'impression très nette d'une défaveur réelle. La froideur, accentuée par des murmures, avec laquelle on entendit la lecture du manifeste, était bien en effet l'indice des dispositions nouvelles de la Chambre, auxquelles étaient associés nos amis les plus proches, ceux du Centre gauche, par exemple. Nous avions exposé une politique générale; mais il s'agissait bien de cela! en vérité, quand les esprits n'étaient occupés que de la question du personnel administratif. Les habiles savaient bien que là était le point sensible. Dans toutes ses nuances, le parti républicain avait une clientèle à ménager et à satisfaire. J'ajoute, pour être juste, que les colères nées du 16 Mai n'étaient qu'assoupies, non apaisées, et que nos amis, dans les provinces, réclamèrent sans cesse des exécutions, qui, à leurs yeux, n'étaient que des actes de justice et des réparations nécessaires.
Une lettre que je reçus d'un des députés avec qui je n'avais pas de relations particulières d'amitié peint exactement l'état d'esprit des fractions modérées de la Chambre.
« Il n'y a, m'écrivait-il, qu'un petit nombre de députés qui parlent de renverser le ministère sans manifester aussitôt des regrets profonds de se séparer d'hommes qui ont tant fait pour le bien du pays et pour l'affermissement de la République. Pourquoi hélas! dans le programme a-t-on dit : a Nous avons été et nous serons inexorables pour les fonctionnaires» etc., etc.. S'il n'y avait eu que le second membre de phrase : " Nous serons inexorables » , l'impression eût été moins mauvaise, et cependant, je me refuse à croire qu'il soit possible qu'après tous vos travaux. Exposition universelle, élections renouvelées, élections municipales, élections sénatoriales, et bien d'autres actes tous faits dans l'intérêt de la République et de la France, que nous voulons tous servir, on vous renverse! M. Dufaure peut encore, j'en ai la conviction, sauver la situation! Qu'il dise qu'il sera ferme svir la question du personnel et ne jugera pas seulement les fonctionnaires sur les faits futurs mais sur les actes passés, et tout peut s'arranger. S'il ne le fait pas, s'il veut sauver ses fonctionnaires, la partie est perdue, et les plus modérés, les plus dévoués aux ministres qu'ils respectent, qu'ils aiment et qu'ils ont bien souvent admirés, seront obligés de voter contre le ministère... Pardonnez-moi cette longue lettre, mais je tenais à vous dire combien j'étais persuadé du bien que vous pouviez faire à mon pays, et combien
j'étais malheureux qu'un malentendu et une phrase mal comprise pût faire chuter un ministère et compromettre une situation aussi belle! Du programme, il n'en est pas question dans les groupes. On le trouve très suffisant. Il n'y a que la question du personnel et surtout du personnel judiciaire! Dieu sauve le pays, et inspire M, Dufaure dans sa réponse à Senart.
<i Garrigat. »
L'interpellation fut développée par M. Senart dans la séance du 20 janvier. Son discours se résume dans ces mots : « Je le dis très sincèrement à nos ministres : c'est le vœu de la Chambre, c'est le vœu du pays. Cette question du personnel ne préoccupe pas la Chambre depuis quelques jours seulement. Elle n'est pas née après l'heureuse journée où les élections sénatoriales ont fait disparaître les possibilités d'un conflit entre les deux grands Pouvoirs législatifs du pays " . M. Dufaure répondit en affirmant « notre lésolution très arrêtée d'exiger de nos fonctionnaires qu'ils se pénètrent du grand changement opéré depuis les élections générales, qu'ils y obéissent comme nous, etc.. »
Mais M. Dufaure connaissait l'état des esprits. Il était fatigué d'être discuté sans cesse. Son vieil honneur d'homme d'État en soviffrait. Il était partagé entre ce sentiment et la douleur de voir la Chambre abandonner la politique sensée de la veille, et prête à se livrer entièrement aux aventures d'une politique dont il prévoyait les périls. C'est dans ce double sentiment qu'il était monté à la tribune.
C'étaient des adieux, des conseils, un suprême appel fait au bon sens et à la sagesse; et ce qu'il y avait de personnel dans ce débat, où ce vieux champion de la liberté se sentait atteint, donna à son langage un accent passionné qu'on ne lui connaissait pas. Il fit, à la fin, un retour sur lui, sur sa longue carrière consacrée au bien public; en quelques mots, rapides comme une émotion comprimée par un homme fier, accompagnés d'un geste rendu noble par la grandeur de cette scène et parla hauteur de ce vieillard qui prenait son pays en témoignage, il atteignit les sommets de l'art le plus achevé, et il fit passer devant les veux éblouis et humides de ceux qui l'entendaient l'image de l'éloquence même.
Rien n'y fit. MM. Madier de Montjau et Floquet, au nom de la Gauche radicale, déclarèrent sans ambages qu ils avaient supporté le ministère faute de mieux, et en attendant qu'il leur fût possible de prendre en main le gouvernement; que le moment était venu de donner le pouvoir au vrai parti républicain; qu'au surplus, on aurait bien tort de reculer; qu'un jour très prochain, il faudrait en venir là... <t Cette séparation, dit M. Floquet, nous avons cru qu'entre le ministère et nous elle pourrait s'opérer plus avantageusement, plus dignement, plus doucement pour tous, si on se séparait avant de discuter... » Au fond, M. Floquet avait raison. Du moment où le parti modéré n'était plus décidé à faire tête au parti radical, où, par des raisons diverses, il s'unissait à lui, au moins d'intention, dans ses projets ultérieurs, il eût mieux valu rompre sur l'heure même.
M. Dufaure n'avait pas jugé à propos de répondre; il m'avait fait passer une note que j'ai gardée : « Jusqu'à ce moment, me disait-il, je ne vois rien à répondre. » Je présume qu'il avait le sentiment que ia rupture était déjà arrêtée, dans l'esprit de la majorité, entre elle et le gouvernement issu de la victoire des 363. Cette rupture fut bien près de se faire dès ce moment, en effet.
En abordant ce débat, M. Dufaure était pénétré du sentiment très vif qu'il était de l'intérêt de la France de maintenir le Maréchal de Mac-Mahon à la présidence de la République. Il savait d'autre part, et M. de Mac-Mahon nous l'avait dit plusieurs fois, qu'il ne resterait à son poste qu'autant que M. Dufaure garderait aussi le sien. Il était amené ainsi à faire à la Gauche de la Chambre, pourvu qu'elles fussent compatibles avec son honneur et son devoir de chef du Gouvernement, les concessions qui seraient de nature à donner à la Gauche une satisfaction suffisante; ce qui lui aurait permis, en restant président du Conseil, de maintenir le Maréchal à son poste de l'Elysée.
Au contraire, le Maréchal était convaincu que M. Dufaure opposerait aux exigences de la Chambre une résistance décisive; que, par suite, il serait renversé, et que lui. Maréchal, se retirerait en même temps que lui. C'était précisément l'occasion qu'il cherchait : de sorte que la tactique suivie par M. Dufaure allait à l'encontre de ses intentions. M. Dufaure avait voulu, en maintenant le Maréchal au pouvoir, éviter au pavs une crise dont on ne pouvait mesurer les conséquences; celui-ci aurait
voulu que M. Dufaure démissionnai, afin de se retirer avec lui.
Le hasard avait mis une personne de la famille de M.- Dufaure au courant de l'opinion qui régnait à l'Elysée, sur les phases que devait traverser cette journée : je reproduis ici le récit qu'elle en fit :
« Le lundi donc, 20 janvier, je me trouvais, ditelle, à la Chambre, dans la tribune présidentielle, avec des familiers de l'Elysée. La femme d'un officier d'ordonnance du Maréchal racontait à ses voisins, au moment où M. Dufaure montait à la tribune : (i Vous allez voir ce qui va arriver : M. Dufaure va faire une belle résistance, il se défendra comme un sanglier, il tombera, et le Maréchal se retirera derrière lui. ')
M. Dufaure ayant, au contraire, obtenu un ordre du jour favorable, se rendait à l'Elysée, heureux d'avoir pu sauver la situation. Quel ne fut pas son s'aisissement, en trouvant le Maréchal furieux! La réception fut glaciale; c'est en revenant chez lui que nous en avons eu les échos...
Or, voici ce qui c'était passé à la Chambre.
On avait suspendu la séance pour laisser le temps de la réflexion aux partis, qui étaient fort animés. Je l'avais demandé; elles ministres se retirèrent dans la pièce qui leur était réservée. Les groupes de la Gauche délibérèrent entre eux, et Jules Ferry fut chargé de nous faire connaître l'ordre du jour qu'ils avaient préparé. Cet ordre du jour ne contenait pas la mention de confiance. Il était muet, par conséquent, sur la question posée : à savoir, si la Chambre était disposée à soutenir le Gouvernement. Nous en
délibérâmes, et je déclarai à mes collègues que, en ce qui me concernait, je n'acceptais pas l'ordre du jour proposé par les Gauches. Bardouxémit un avis semblable, et nos collègues s'y rangèrent également. Je remis à Jules Ferry un papier que j'ai conservé et qui porte : « Amendement à l'ordre du jour présenté par MM. ***. Substituer aux mots : prenant acte, les mots : confiants dans les déclarations... Signé : de Marcère et Bardoux. » Jules Ferry, qui montra beaucoup de bon vouloir dans cette circonstance, promit de présenter cet amendement aux groupes, et de faire tous ses efforts pour le faire accepter. Il le fit en effet; et, après une discussion assez longue dans les bureaux, il nous apporta l'assurance que les Gauches voteraient l'ordre du jour dont il nous lut la teneur : « La Chambre des députés, confiante dans les déclarations du gouvernement, et convaincue que le cabinet, désormais en possession de sa pleine liberté d'action, n'hésitera pas, après le grand acte national du 5 janvier, à donner à la majorité républicaine les satisfactions légitimes qu'elle réclame depuis longtemps, au nom du pays, notamment en ce qui concerne le personnel administratif et judiciaire... passe à l'ordredu jour. » Ce fut Jules Ferry qui lut cet ordre du jour, sans développement. Il fut adopté par 208 voix contre 116, et 177 abstentions.
Bien souvent, depuis, j'ai regretté d'avoir réclamé et obtenu ce vote de confiance. Il était évident que cette confiance n'était accordée que du bout des lèvres, et que la Chambre désormais allait nous supporter bien plus que nous soutenir.