‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 41 sur 59 · II · texte numérisé non relu

II

On allait à la dérive vers les opinions extrêmes. Je le "sentais et, plus je le sentais, plus je voulais me mettre en travers. Par une sorte de sentiment imprécis et tenace qui tient de la désespérance, par l'illusion de maintenir la République dans la voie où je voulais la voir, d'arracher à ses entraînements le parti modéré déjà ébranlé, fléchissant, et séduit sans doute par le rêve d'un pouvoir partagé, je voulais garder la place, sans y tenir pour moi-même, — je n'y tenais même pas assez, — mais pour la disputer à ceux qui voulaient la prendre en y apportant d'autres vues, d'autres idées, d'autres aspirations que celles qui m'avaient dirigé depuis l'année

Il y avait d'ailleurs, dans la Chambre, des hommes désintéressés, qui, eux aussi, pressentaient la direction nouvelle que l'on voulait donner à la République, et qui s'en méfiaient. Une lettre que je reçus d'un député des Deux-Sèvres donne la note exacte des sentiments de cette fraction de la Chambre. « J'aime à espérer, disait-il à propos du vote de confiance, que ce sera un mariage de raison, et que la majorité compacte qui vous a soutenus ne vous fera pas défaut, et vous soutiendra énergiquement, pour le bien, le repos et la tranquillité de la France. Je considère encore qu'il y a des moments suprêmes, où les compétitions personnelles doivent se taire en présence des intérêts généraux. Nous comptons sur vous, messieurs les ministres, comme vous pouvez compter sur les modestes députés ruraux au nombre desquels je me place, et qui ambitionnent la paix, le repos, la stabilité. Le moment

est venu où les théories sont épuisées, et où la pratique doit s'affermir... »

Mais la victoire arrachée aux derniers restes de sympathie que la Chambre avait, au fond du cœur, pour la plupart des ministres, ne dura guère. Le branle était donné, les résolutions prises, les mots d'ordre distribués; et l'assaut commencé ne devait plus s'arrêter, tant qu'il resterait, dans le Gouvernement, un seul vestige de la politique conservatrice et libérale que nous avions affirmée et pratiquée, pour le plus grand bien et avec l'approbation de la nation.

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