‹ Histoire de la République de 1876 à 1879 (volume 2)Chapitre 46 sur 59 · LA CRISE DERNIÈRE '29T · texte numérisé non relu

LA CRISE DERNIÈRE '29T

pouvoir et dont les convoitises allaient bien au delà de nous; les autres, qui, avec quelque ingénuité plus ou moins sincère, ne voyaient dans cette crise qu'un incident d'ordre constitutionnel, sans portée sur la politique générale. M. Senart m'avait écrit, le 30 janvier, la lettre suivante :

« Cher Ministre,

Il J entends parler de démission du ministère! Au nom du ciel, n'entrez pas dans cette voie, pour rien au monde. Le ministère n'est pas ébranlé, mais consolidé, par ce qui se passe ; car dans ce dissentiment, il lutte pour l'exécution de la loi et en se conformant à la volonté que la Chambre vient d'exprimer. A qui d'ailleurs offrirait-il sa démission? A un homme qui veut et ne veut pas, et qui a perdu complètement le sens de la situation. Le devoir du ministère, dans cette circonstance, est de se tenir ferme et d'en référer au Parlement, qui avisera. Toute autre solution mène au gâchis inextricable et à un ébranlement grave du pays. Voyez-vous le Maréchal appelant M. de Broglie et consorts, et nous forçant à les mettre tous en accusation? Les règles parlementaires ordinaires n'ont rien à faire ici. Tenez-vous fermes et rendez-nous compte, en gardant les rênes du gouvernement. A vous tous et toujours.

u Senart. »

M. Senart, qui parlait ainsi au nom d'une fraction importante de la Chambre, était mal au courant

de ce qui se passait dans le Gouvernement. Nous n'avions nul besoin d'être excités, et M. Dufaure était le plus décidé peut-être d'entre nous. Il fit de vains efforts auprès du ^laréchal pour le décider à céder. Mais M. de Mac-^Iahon se montrait aussi résolu que nous Tétions nous-mêmes. Il avait pris son parti et choisi son terrain. Il savait, mieux que nous peut-être, quels desseins méditaient les parlementaires qui, peu à peu, se rendaient maîtres de la Chambre: il ne voulait à aucun prix devenir leur complice, même involontaire. Il saisit cette occasion de quitter le Pouvoir, mais il n'eut pas l'idée de recommencer un 16 Mai.

J'avais prié un familier de l'Elysée d'agir sur le Maréchal pour le faire incliner à un arrangement. Il me fut répondu qu'il regardait comme un devoir dhnnneur de maintenir ce qui est. Il n'apercevait plus d'autre issue que celle qui se présentait à lui. C'était la plus noble, la plus conforme à sa situation et à son passé, la défense de l'armée. Il préférait tomber en la -défendant : il fit bien.

M, de Mac-Mahon nous fit savoir qu'il assisterait au Conseil de cabinet qui serait tenu le 30 janvier à Versailles, à une heure de l'après-midi, et qu'il y apporterait sa démission.

Dès le 29, nous prîmes toutes les mesures pour que l'Assemblée nationale, formée par la réunion des deux Chambres, fût réunie le soir même du 30 jan»

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