DEMISSION DU MARECHAL
vier, afin qu'elle pût procéder à réiection du nouveau Président.
Dans son journal la France, M. de Girardin, qui avait tenu le public au courant de toutes les péripéties que je viens de raconter, publia un article qu'il terminait ainsi : <i Le successeur du Maréchal à la présidence de la République, naturellement désigné, si les choses se passent ainsi, ce sera le président du Conseil, qui saura maintenir haut et ferme le drapeau de l'indépendance ministérielle, ce sera M. Dufaure. "
M. Dufaure, qui était prévenu, ne se prêta pas à cette avance. Il fit paraître dans V Agence Havas une note par laquelle il déclinait toute candidature.
De son côté, la Droite des deux Chambres avait annoncé qu'elle porterait son choix sur le général Chanzv. Elle l'avait fait à son insu. Le général crut devoir s'en expliquer, par un télégramme qu'il envova à Alger : « Hier, disait-il, à l'élection du président de la République, quelques voix se sont portées sur mon nom, sans que j'aie été informé en aucune façon de cette petite manifestation, que je n'ai apprise qu'au moment du vote, et contre laquelle j'ai protesté. Je tiens à ce qu'on le sache bien à Alger. I)
Le choix du nouveau président était d'ailleurs fait à l'avance, et unanimement accepté par toutes les fractions du parti républicain : c'était celui de Jules Grévy, qui avait conquis, alors, pendant ses présidences de l'Assemblée nationale et de la Chambre des députés, une autorité considérable et incontestée.
C'est dans ces conditions que s'ouvrit cette journée remplie par une longue suite d'événements : la démission du Maréchal, la réunion des Chambres, l'Assemblée nationale, l'élection de J. Grévy, et l'organisation immédiate du nouveau Régime. Le tout, avec un calme, avec une régularité, avec cette sorte d'ensemble harmonieux qui donnent aux faits de l'histoire un caractère de grandeur frappante, etqu laisse dans l'àme des témoins un souvenir ineffaçable. La fortune a voulu que j aie plusieurs fois assisté à des spectacles pareils. Toujours, quand les circonstances sont par elles-mêmes solennelles, j'ai vu le peuple, le parlement, les grands corps de l'Etat, s'élever, par un sentiment spontané, à la hauteur qui convient, lorsque sous leurs yeux se déroulent dans une action décisive les destinées de la patrie. Et la France y ajoute je ne sais quel sens •artistique, qui, dans ces journées, donne aux manifestations de l'âme nationale un caractère de vraie beauté.
Nous étions réunis, à une heure, dans notre salle de conseil, à Versailles. Quelle différence avec la soirée du 13 décembre 1877, à l'Elysée, quand le Maréchal vaincu avait présidé notre première séance! Cette fois, il entra souriant, de belle humeur, nous serra la main avec une urbanité parfaite et plus d'aisance qu'il n'en avait d'ordinaire avec nous. Il s'assit et aussitôt, il nous dit : «J'ai vu M. Dufaure, je l'ai entretenu de la situation actuelle, et je lui ai déclaré que j'étais disposé à me retirer. Je ne crois pas que, depuis lors, il y ait eu de changement. D'ailleurs, le public est prévenu de