DEMISSION DU MARECHAL 30F
ma résolution; en aucun cas je ne pourrais rester. Je ne vois pas par qui je serais soutenu, je ne prendrais pas un autre ministère que vous. Et dans cet état de choses, je n'ai qu'à donner ma démission. Je vous la donne sous la forme d'un message adressé aux Chambres. » Puis il nous lut sa lettre.
Dans cette salie dépendant du palais du Grand Roi, ce chef d'Etat, dont le nom avait été mêlé à tous les actes importants de l'histoire contemporaine, remettant le pouvoir dont il avait été investi entre les mains des représentants de la nation; et cela, sans phrases, sans attitude théâtrale, avec une dignité simple et noble! Ce spectacle avait son éloquence; il était de nature à frapper des esprits pénétrés du sens des événements et des choses. Nous étions silencieux et dans une attitude de respect. J'avais été frappé, pendant la lecture de la lettre, de quelques mots qui paraissaient avoir un sens de reproche contre nous et presque de dépit. Je pri&> sur moi de le lui faire remarquer, en m'adressant, sans le dire, à un sentiment de noblesse et de générosité de l'homme qui ne daigne pas se plaindre. Sans autre réflexion. « Si vous pensez, dit-il, que le passage pourrait être interprété ainsi, vous avez raison Il ; puis, il prit une plume et biffa tout un paragraphe de sa lettre, qu'il nous remit en double, une pour M. Dufaure, et l'autre pour moi. Il se leva pour nous faire ses adieux en termes pleins de bonne g.ràce, et il nous donna l'assurance qu'il ne ferait rien, et ne permettrait pas qu'en son nom on fit rien qui pût être une cause d'embarras ou de préoc-
Gupation pour la République. Puis il sortit de la pièce où nous nous tenions.
Le septennat, qui devait durer jusqu'au mois d'octobre 1880, avait pris fin.
Je portai la lettre à la Chambre des députés, qui était déjà en séance. Je la remis au président, M, Grévy, qui se leva immédiatement, et dit :
« Je reçois de M, le Président de la République une lettre, que je place sous les yeux de la Chambre :
« Monsieur le Président
DE LA GhAMRRE DES DÉPUTÉS,
u Dès l'ouverture de cette session, le ministère vous a présenté un programme des lois qui lui paraissaient, tout en donnant satisfaction à l'opinion publique, pouvoir être votées sans danger pour la sécurité et la bonne administration du pays. Faisant abstraction de toute idée personnelle, j'y avais donné mon approbation, car je ne sacrifiais aucun des principes auxquels ma conscience me prescrivait de rester fidèle.
« Aujourd'hui, le ministère, croyant répondre à l'opinion de la majorité dans les deux Chambres, me propose, en ce qui concerne les grands commandements militaires, des mesures générales que je considère comme contraires aux intérêts de l'armée, et par suite à ceux du pays. Je ne puis y souscrire.
(I En présence de ce refus, le ministère se retire. Tout autre ministère pris dans la majorité des Assemblées m'imposerait les mêmes conditions.
" Je crois dès lors devoir abréger la durée du