LA GUERRE A LA RELIGION 3IÏ
J'étais resté dans le Gouvernement, et j'avais eu tort — mais j'avais été retenu par deux raisons, l'une, de sentiment, ce qui n'a nul rapport avec la politique ; l'autre, de raison : une obstination dans le parti pris de garder le poste dans lequel je pouvais encore défendre le Régime politique que j'avais servi. Or, cette seconde raison ne pouvait se justifier que si j'avais eu, en mains, les moyens d'action nécessaires. Je ne savais pas assez que, dans des conciliabules peu avouables, on avait décidé de ne pas les laisser entre mes mains (1). Ma raison de sentiment fut que M. Jules Grévv m'avait souvent témoigné des sentiments d'estime presque affectueux; il m'avait donc paru que cela devait m'en-
(i) Un petit fait, minime en soi, mais gros de signification, est venu dernièrement à ma connaissance. Il jette une lumière singulière sur la situation générale que je cherche à exposer. C'était quelques jours avant la séance au cours de laquelle je donnai ma démission de ministre de l'Intérieur. Une personne de la commune que j'habite rencontrant à Paris un ancien ami, la conversation dériva sur les événements du jour; et ce dernier lui dit : H Vous connaissez le ministre de l'Intérieur? — Sans doute, dit l'autre, il est de mon pays. — Eh bien ! Je vous annonce qu'il ne sera pas longtemps ministre. — Tiens! Pourquoi cela"? — Parce que nous l'avons décidé hier dans ma Loge.
Cette réponse met dans son jour véritable toute cette période de notre histoire, demeurée pendant si longtemps obscure, même pour ceux qui en étaient et qui en sont encore les auteurs et les témoins. Les divers organes du Régime fonctionnent à vide : ce sont les Loges qui gouvernent.
chaîner dans une certaine mesure et que j'aurais eu mauvaise grâce à lui refuser mon concours. Et d'autre part, prévoyant les périls vers lesquels la République allait courir en s'engageant dans une voie nouvelle, je m'imaginais que je pourrais avoir quelque autorité pour l'arrêter sur cette pente, en m'appuyant sur une fraction importante de la Chambre, qui, jusqu'alors, m'avait maintes fois témoigné sa confiance. Je m'étais figuré que j'avais pu conserver sur la Chambre assez d'influence pour continuer avec elle la politique que j'avais jusqu'alors pratiquée. Je ne connaissais plus assez exactement l'état d'esprit de cette Chambre. Je ne tenais pas assez compte du tort énorme que les présidents successifs du Centre gauche lui avaient fait en le livrant à Gambetta.
Ce qui seul donne quelque valeur historique à ces préoccupations toutes personnelles est que je me trouvais être, par une réunion de circonstances singulières, une sorte de personnage représentatif. C'était — bien imparfaitement sans doute, — mais c'était encore représenter l'ancienne France catholique, libérale, fidèle aux traditions du passé, sous le gouvernement nouveau. Le parti révolutionnaire avait hâte d'entrer en scène. J'allais me trouver seul en face de l'ancien parti républicain jusqu'alors comprimé et maintenu dans ses limites, pendant la durée de l'Assemblée nationale, par l'autorité de M. Thiers, et par l'ascendant du Centre gauche, ascendant fondé sur l'assentiment manifeste du grand public. Issu de la Franc-Maçonnerie judaïque et du giron révolutionnaire, ce vieux