‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 108 sur 230 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

de bas ouvriers capables de figurer quelques années dans les charges publiques, dont ils s'acquittaient plus ou moins bien. On ne sut pas tous les inconvéuiens de cette domina* lion dans une ville petite, sans ennemis extérieurs ; mais Florence, sous la direction vacillante de ce peuple, n'aurait « pu ni conquérir ni se défendre contre l’ennemi. A tout moment d'ailleurs, nous la voyons subir des tyrannies passagères. mais la vitalité, l’inlelligence et l'action rendaient sans cesse à son peuple la victoire et l’autorité.

Dans ce moment de repos que nous donne le triomphe des arts majeurs et après avoir vu tant de balia ou dictatures se succéder, remarquons que si Florence n’eut pas de sénat ni de corps, ni nul pouvoir d'en haut permanent, cependant elle sut former des dictatures excellentes dés qu’elle en avait besoin. La balia était presque toujours dans l’esprit du mouvement qui l'avait amenée, mais presque toujours modérée et composée des meilleurs citoyens. Bien que des partis violens fussent en présence, les hommes les plus opposés se réunissaient souvent dans les crises et faisaient partie de la dictature ; souvent aussi, les chefs des factions contraires en étaient également exclus et se voyaient également exilés. On est surpris de la .sagesse de ce peuple au milieu des luttes les plus bruyantes. Et entre tant de trahisons qui déshonoraient aloi'S l'Italie, tant de bassesses, tant de vices, on ne saurait trop admirer la vertu et le dévouement de tous ces citoyens dignes do vivre sous une république.

Pour prouver l’excellence des corps et combien Florence eût été pins ambitieuse et plus élevée par un sénat à vie, nous n’avons qu'à faire remarquer l'habileté de ces magistratures que les Florentins formaient par choix; ainsi les huit de la guerre, surnommés saints, les huit de la paix, les capitaines du parti guelfe, montrèrent les plus grands lalens, et les Florentins eurent ainsi d'excellentes magistratures temporaires. Mais ces magistratures d'un moment ne purent les garantir d'iin maître, et si quelques généraux à Rome parvinrent à triompher du sénat et de la force de l’État, il n'est pas étonnant qu’à Florence, où il n'y avait nul préservatif, les Donali, les Albizzi, les Mé-

dicis aient pris successivement l'autorité ; la vie même de la plèbe, si favorable quand elle est alliée à un pouvoir supérieur, mettait en danger la liberté, car c'est la plèbe qui éleva le duc d'Athènes, et quand Kinaldo Albizzi cherchera bientôt à contenir les Medicis, il le voudra Taire » en relevant le parti des grands et non pas par la plèbe subjuguée. Privée de tout haut pouvoir, Florence mérite donc d’autant plus d'admiration pour ses grandes qualités, pour ce bel appel de la république à ses vrais cbeÊs quand elle était en péril, comme pour la grande soumission de la plèbe dans ces raomens.

La fréquence des magistratures s’opposait au talent; chefs pour deux mois, comment les Prieurs auraient-ils pu devenir des hommes d’État? Les hommes d’Ètat se formaient hors des magistratures pour usurper une influence supérieure à tout, ainsi qu’on vit faire ù Giano délia Bella, aux Donati, Albizzi et autres. Comme le commerce formait promptement de grandes fortunes, quelques hommes riches devinrent maîtres des partis, sans d'autre mérite que leurs richesses. Nous avons vu les Cerchi et depuis les Ricci dominer sans talent et seulement par leur position, domination vulgaire, matérielle et stupide !

Ain.si, on a vu jusqu’à nos jours des aristocraties héréditaires, c’est-à-dire injustes à la longue, ou des républiques comme Florence, sans corps public ou sénat. La perfi’Ction n'est-elle donc pas ce sénat à vie de Rome ou de Sparte, à côté de la plèbe, choisi dans toutes les classes par lui-même, élite et corps à la fois?

A Florence, chaque profession restait .sous ses armoiries en prétendant gouverner l’Etat : armoiries des banquiers, armoiries des notaires; on venait gouverner la république sans quitter sa partie, comme s’il n’y avait pas au-dessus de ces professions particulières une science d’Etat, un travail au-dessus de tous les travaux, et l’art aussi du gouvernementy à côté de l’art de la laine et de l’art des fripiers.

« Avant la mortalité de 1348, dit Donato Velluti, je fus des douze bons hommes de la commune, et j’eus beaucoup d'autres charges et ambassades à mon honneur, qui furent

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