CHAPITRE IX
trouvait sa conversation aimable et gaie ; privé d’éloquence, mais doué d’une merveilleuse sagesse, religieux et charitable, on lui reprocha seulement que ses vertus étaient calculées (i).
On trouve aussi dans les mémoires du temps qu’il fut porté au tombeau découvert, et que Côme et Laurent ses fils suivaient avec vingt-huit Médicis , vêtus de brun , et tous les ambassadeurs de l’empereur, du roi, des Vénitiens et autres puissances qui se trouvaient dans la ville ; ces témoignages furent regardés comme un grand et bel honneur, et l’enterrement coûta plus de trois raille florins d’or.
Une révolte de Volterre (1429), qui ne voulait pas payer l’impôt du catasto, et qui fut perdue et reconquise au même instant, intéresse peu l’histoire, animée par l’ardeur de Kinaido et des Florentins, dont l’ambition se dirigea vers Lucques; la plèbe commençait à devenir ambitieuse à l’exemple de ses chefs, à songer à agrandir son territoire; onapprit à Florence que NiccoloFortebraccio avait attaqué quelques châteaux de Lucques; déjà le bruit courait que c'était par le conseil de Rinaldo ; à celte nouvelle, des groupes nombreux de citoyens se forment dans la ville ; on parle vivement de l’attaque de Fortebraccio ; on veut que la guerre soit déclarée à Lucques; le parti Médicis aussi veut la guerre et se trouve agir avec Rinaldo; Niccolo d’Üzzano et son parti s’y opposent, et on vit alors ce même peuple qui n’avait pas voulu la guerre contre le duc de Milan pour défendre son indépendance , la demander contre Lucques, tandis que les grands et Niccolo d'Uzzano la repoussaient, tant la multitude, dit Machiavel, est plutôt prête à s’emparer du bien d’autrui qu’à conserver le sien, 4ant les hommes sont plus dominés par l’espoir d’acquérir que par la crainte de perdre 1 Les espérances des Florentins s’exaltaient par la nouvelle des succès de Fortebraccio et par les lettres des gouverneurs des frontières de Lucques. Ce qui acheva d'enivrer le peuple, ce fut l’ambassadeur même de Lucques, qui, mécontent de son maître Guinigi, seigneur de Luc- (1) Ricordi di G. Uorelli. Delizie, etc.
LVIRE VI.
qiies, le trahit et poussa les Florentins à l'entreprise. Le peuple alors demande la guerre à grands cris : les seigneurs font sonner la cloche pour assembler les Ir.oLs conseils, du peuple, de la commune et des deux cents (1429), ce qui fait que cinq cents hommes se réunissent au palais. Niccolo da Vzzano blâme le premier l’enlreprise : « Lucques est guelfe et amie de Florence, et si dans ce siècle il faut oublier la justice, qu'on songe donc à l'intérôt et qu’on pe marche pas à des dépenses et à des dangers ce-rlajns pour un succès douteux ; car les Vénitiens ni le duc de Milan ne laisseront pas faire une telle conquête à Florence. Le duc secourra Lucques en secret, charmé de voir Florence s'affaiblir dans une guerre qui la lui rendra plus facile à vaincre. Il faut augmenter à Lucques la hain.edu tyran, y exciter les ennemis de Guinigi, et Lucques opprimée se jetera enfin dans les bras de Florence, tandis qu’en l’at,taquan t on lui rendra l’énergie avec la liberté, pour s'ep fWe une ennemie indomptable. »
Rinaldo se lève à ces mots pour combattre son am^ et justifier l’eulreprise ; il la considère de haut ; « Cette entreprise est nécessaire à notre état, dit-il, pour Bssurer à la fois notre ville de Pise dont Lucques est si voisine, et toute la république, puisque Lucques est la porte par laquelle entrent en Toscane, du côté de la Lombardie , non seulement les Viscontiqui r.ous menacent sans cesse, mais les princes et les empereurs d’Allemagne; éloignons de Florence les combats autant que Florence est loin de Lucques, et retardons l’ennemi pour l’affaiblir. Niccolo d’Uzzano, qui aime tant sa patrie, comprend ce que je dis, il craint les difficultés; mais si nos pères et nos a'ieux avaient, eu tant de crainte, nous ne serions jamais devenus maiiresde Pise ni de Cortona, ni même de Pisto’ia, de Vollerreet d’Arezzo, et s’il fut sage pour nos anciens, dans l’enfance de cette république, de n’avoir pas étendu leurs pensées au-delà de Montebuoni, de la Roche de Fiesole, de Simifonte et de tels lieux, c’eût été un malheur dans sa jeunesse de n’avoir pas pensé à des choses plus grandes, comme à nous ce serait une infamie, un blâme éternel, si avec nos bras robustes, et nés dans les meilleures années et dans la virilité
I , Googit