‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 121 sur 230 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

décoraient des cliapelles, élevaient des palais et faisaient retracer leurs images. Les arts majeurs et les arts mineurs commandaient aussi de beaux travaux.

Eu 1420, lors de ces temps prospères et glorieux du gouvernement des Albizzi, après la mort de Ladislas, on avait voulu élever la coupole sur la cathédrale de Florence: c’était une œuvre si dilflcile que depuis la mort d’Arnolfo Lapi, qui avait bâti la catbédiale, personne n'avait osé la tenter. Brunellescbi fut chargé de ce grand travail-, il avait mérité d’être choisi par les savantes études, le long séjour à Rome, les contimiciles fatigues auxquelles il s’était consacré dans ce but : délicat et chétif comme Giotto, sa persévérance fut admirable : il avait mis des années à couvain* cre la seigneurie de sa capacité; il l'avait excitée d'abord à faire venir à Florence les plus fameux architectes de l’Europe pour leur proposer d'élever la coupole; ceux-ci conviés de France, d’Allemagne, d’Italie, renoncèrent à l’entreprise. Brunellescbi retourna à Rome pour s’y faire chercher. Enfin la seigneurie voyant ses travaux et les difficultés, lui donna l’œuvre à tenter, et bientôt lui adjoignit LorenzoGhiberii. O douleur pour Brunellescbi! cette coupole si ardemment désirée , cette coupole la pensée de sa vie, qu’il avait achetée par tant d’années d’application et de tourmens, un autre en aurait avec lui l’honneur qui n’en méritait rien, car Ghiberti était sculpteur et non architecte. Hais pourquoi Ghiberti ne se retirait-il pas lui-mérae? Ou est d’autant plus affligé de le voir rester, malgré la douleur qu'il causait à Brunellescbi, que dans sa jeunesse, appelé avec celui-ci, avec Donato et autres, à concourir pour les portes de Saint-Jean, où étaient déjà placées celles d'indrea de Pise, mais où il en manquait trois qu’on voulait dignes des premières , Brunellescbi et Donato, à la vue du modèle présenté par Ghiberti, dirent qu’il méritait lesportes. Ghiberti avait alors vingt ans; il avait été aidé par son père, orfèvre, pour ce modèle, mais il fit les trois portes à lui seul; il mil vingt-deux ans à l’ouvrage et fit un des plus beaux chefs-d’œuvre qui soit sorti des mains de l'homme. Ces portes représententThistoirede l’ancien etdii nouveau Testament, avec des figures graves, délicates, par-

faites, des positions nobles et exquises, pleines de grâce et de majesté.

Brunellesclii désolé de voir Ghiberti persister à diriger les travaux avec lui, sc couche et fait le malade ; les maitres maçons, les ouvriers, le conseil qui dirigeait l’entreprise, l'art delà laine qui avait la charge de ces travaux, chacun va le trouver, il répond : — Demandez à Ghiberti ! Et toujours : — Demandez à Ghiberti. — Cependant Ghiberti ne sait qu’ordonner; les travaux s’arrêtent, on attend que Brunelleschi soit rétabli, mais lui reste au lit, et à chaque question : — Demandez à Ghiberti. — Un jour on lui dit : — Ghiberti ne sait rien commander sans vous. — Oh bien ! moi, s’écrie Brunelleschi, je saurais commander sans lui. —

On comprit enfin la vérité : on laissa à Ghiberti les appointeraens d’un travail qu’on lui relira, et Brunelleschi conserva seul la direction de cette grande et audacieuse entreprise. Nous l’avons vu tenter en vain de détourner les eaux du Serchio pour noyer Lucques. Ces grands hommes artistes qui obtenaient les magistratures, parta* geaient leur vie entre l’art et la politique ; chargés de travaux républicains par les arts majeurs qui ne cherchaient que la gloire et l’embellissement de Florence, ils prenaient part aux affaires, tantôt comme seigneurs, tantôt comme faisant l’honneur et le charme de la patrie.

Brunelleschi travailla pour la commune, la seigneuriet la noblesse, les marchands, pour l’art des bouchers, l’ar, des charpentiers, etc. En 1423, tandis qu'il travaillait à la coupole, il fut tiré au scrutin seigneur pour le quartier de Saint-Jean, en mai et juin, et il exerça très bien sa charge. Côme de Médicis lui avait commandé un palais dont Brunelleschi fit le plan avec enchantement, en remerciant le sort de lui donner à bâtir une maison comme il l’avait longtemps rêvée , et pour un homme qui avait le moyen de la faire bâtir magnifiquement ; il mit dans son plan ce i qu’il y avait de beau et de commode pour un palais : ce * devait être vaste, élégant et riche; mais Côme, qui craignait l’envie et non la dépense, trouva le plan trop beau, ne l’exécuta pas et le regretta beaucoup plus tard. C’est

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