‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 123 sur 230 · EXIL DE CÔME DE HÉDICIS · texte numérisé non relu

EXIL DE CÔME DE HÉDICIS

CdmedeMédicis, depuis la mort de Jean son père, s'étail occupé davantage des afTaires et avait vivement inquiété Bijialdu des Albizzi ; la ville se partageait entre quelques familles puissantes ; Côme avait la sagesse de son père, un esprit plus elevé; il était plus habile, plus aimable, plus ambitieux, plus grand ; il disposait de ses richesses avec une générosité plus intentionnée; mais il gardait en tout la mesure, et, comme ses ancêtres, il devait ménager et dominer la fortune.

Niccolo da Uzano était mort la même année de la paix (1433), puissant jusqu'à la tin et laissant une grande réputation. Quoiqu’il eût redouté Jean et Côme de Médicis, il n'avait jamais voulu les attaquer de front, soit à cause des guerres extérieures; soit par prudence; il s’était refusé aux invitations de Barbadoro, qui avait été une fois le presser de Se joindre à Rinaldo pour abaisser les Médicis, et par un jeu sur son nom, il lui avait souhaité un esprit plus mur et une ftarôe d'argent. Mais lorsque Uzanp fut mort et la guerre finie,, Riiiaido ne cacha plus sa crainte ; il voulait sè venger des Médicis, car c'était leur parti qui avait mené les calomnies contre lui durant la guerre de Lucques ; quoique ce parti eût voulu l'entreprise, comme la guerre avait été dirigée le plus souvent par le parti opposé, les amis des Médicis avaient sans cesse attaqué les mesures du gouvernement. Des exemples domestiques d’ailleurs tourmentaient Rinaldo; il se rappelait Pierre Albizzi son oncle, non seulement chassé du gouvernement par Silvestre Médicis, mais décapité plus tard. Il voyait Côme chéri delà plèbe et entouré d’amis; il le savait prudent, difficile à tromper, et il voyait avec impatience à côté de lui pour l’aider, Averardo de Médicis et Puccio Pucci. Celui-ci bien

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que (le l'art mineur, était si sage et si estimé que le parti s'appelait de son nom, plus que de celui de Médicis; Averai'ilo était sûr, audacieux, prompt de la parole et de la main.

La fureur des partis se rallume : Rinaido, chef du sien, ne cesse plus de prier et de presser tous les citoyens qu’il croyait pouvoir devenir gonfla loniers, de prendre les armes pour défendre la patrie contre un homme auquel la corruption de quelques citoyens et l’ignorance du plus grand nombre allait livrer la souveraineté de Florence; ses menées et celles du parti contraire tenaient la république dans un perpétuel état de haine et de soupçons. Chaque fois qu’on nommait les magistrats, on disait combien chaque parti en comptait de son cûté, et toute la ville se soulevait à l’élection delà seigneurie. Chaque affaire porlée devant les magistrats , n’offrit-elle aucunintérêt , était pour eux un sujet de division ; dans les délibérations nul secret : on soutenait indifféremment au gré du parti le bien et le mal ; les bons comme les mauvais citoyens élaient également diffamés ; pas un magistrat enfin ne remplissait la lâche que les lois lui imposaient.

Rinaido , prévoyant que Bernardo Guadagni pouvait devenir gonfalonier, paie ce que celui-ci devait d’impôt , afin que ses dettes envers la république ne puissent l’écarter de cette place ; la famille de Guadagni avait été en amitié et en haine successives avec les Albizzi. Lorsqu’on procéda au tirage de la sidgneurie, la fortune, avide de nos discordes, dit Machiavel, voulut que Guadagni fût nommé gonfalonier (1 sept.. 1433); Rinaido va le trouver aus.sitôt et lui représente le danger où est la république : <( Il n’y a qu'un moyen de sauver Florence, c’est de perdre Médicis, que la faveur populaire et ses excessives richesse, rendraient maitre de la république. Que Guadagni se souvienne avec quelle facilité messire' Silvesire de Médicis avilit su borner injustement la puissance des Guelfes, pour lesquels le sang de leurs ancêtres a été versé ; qu’il ne craigne rien puisque tous les amis de Rinaido seront en armes pour l’aider; qu’il convoque le peuple et forme une balia ; le peuple déroulé ne défendra pas plus Médicis qu’il

CHAPITBE AI.

ne défendit jadis Georgio Scali, et les richesses de Médicis ne seront plus à redouter en passant dans la main de la seigneurie. » Guudagni déjà gagné cède, la chose est résolue, on ne perd pas un seul moment, et au septième jour de sa magistrature, Côme est cité pour comparaître devant legonfalonier ; Côme, averti des événemens qui se préparaient, revenait alors du Mugello (1) ; plusieurs de ses amis le détournaient d’obéir; mais il rejette leurs conseils, se repose sur son innocence et sur la bienveillance de la seigneurie. Aussitôt que Côme est arrivé au palais où il est arrêté, Rinaldo sort de sa maison suivi d'un grand nombre d'hommes armés et bientôt après de tout son parti; il se rend sur la place publique, où la seigneurie convoque le peuple et crée deux cents membres de balia pour réformer le gouvernement. La ville, en apprenant l’cmprisonnement de Côme, se soulève, tous s'agitent, et ceux qui l'aiinent et ceux qui le veulent mort. On parle vivement de réforme, d’exil, de mort sur la place, où le sort de Médicis et les affaires sont vivement disputés.

Durant ce temps, Côme avaitété enfermé dans l’Albert/hettino, c-est une chambre dans la tour du palais, delà môme grandeur que la tour entière; entendant de son étroite prison les cris du peuple, le bruit des armes, les appels à Ja balia, il douta plus d'une fois de sa vie ; il s'était abstenu de manger, craignant le poison et n'avait pris qu’un peu de pain. Frédéric Malavolti qui en avait la garde, le rassure, lui dit qu’il ne se rendrait pas l'instrument d’une scélératesse, et, pour le distraire, il mange avec lui et fait venir û leur table un familie'r do gonfalonier, appelé Fargaguaccio, homme aimable et facétieux. Côme qui savait que le gonfalonier consentait à la ruine des Médicis, parce qu’on avait payé ses dettes, songe à le gagner luimême ; il donne à Fargagnaccio un lM>n sur l’hôpital de Santa-Maria-Novella, de mille cent ducals, mille pour le gonfalonier et cent pour lui, en suppliant le gonfalonier de lui parler. L'argent fut payé et Bernard adouci cessa do parler de mort et s’entendit avec les Prieurs et les collèges pour lin exil. Mais pour s’excuser mieux, il fil sonner un (l)Ricordi di Gosiino dei Medici.J. Lamii, Deticim erudilorum.

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parlement et remplit la place de gens armés. Le parlement forma unebalia de deux cenfs pour pacifier l'État, comme lors de l’exil des Alberli, avec droit de fout faire excepté de toucher le cataxtô ou de brûler la bourse des charges. La balia déclara que Côine de Médicis était exilé pour cinq.ans à Padoue (sept 1433), son frère Laurent à Venise pour deux ans, Averardo à Naples pour dix ans, et Julien sou fils à Rome pour deux ans; d’autres parens furent exilés aussi.

Elloexclut des charges pour dix ans toute la famille des Médicis, excepté les descendaiis des Veri. On doubla bienlél le temps de ces exils en rangeant la famille des Médicis cuire les grands (1). On tira des bourses le gonfalonier qu’on voulut, et on mit dons le iorselîino les Prieurs qui plaisaient. Malgré la défense, on ordonna un nouveau scrutin; et on voulut que le conseil du peuple et celui de la commune se tirassent de la bourse du conseil des deux cents; on fit des exclusions d'hommes et déboursés pour trente ans, en convenant que, s’il manquait de citoyens, on appellerait qui on voudrait avec l’approbation des seigneurs et des collèges. C’était des mesures tout en faveur du gouvernement qui reserrait le pouvoir. Côme supporta avec une âme forte et un visage gai sa condamnation ; il dit qu’en quelque lieu qu’il fût. sa personne et ses richesses étaient au service delà république. Il pria qu’on préservât sa sortie et sa vje.

Mais quoique trois ambassadeurs de Venise fussent venus demander sa délivrance et offrir de le tenir à Venise, et que le marquis de Ferràre eût cherché à le faire évader : <r Ils me retinrent cependant jusqu'au trois octobre, pour deux raisons, dit Côme de Médicis en racontant ces événemens dans ses Rtcordt; la première afin d’obtenir delà balia de gouverner la terre à leurmnnièrepar le menace de me faire mourir, ce qui forçait les amis et les parens que j'avais dans la balia, à délibérer ce qu’on portait devant eux; la seconde raison fut qu'ils crurent qu’en me tenant en prison et en m'empêchant d'agir, il me feraient faire faillite ; mais céla ne leur réussit pas, et nous ne per-

(l) Ricordi di Coiimo dei Medici. — Ricordi diG. Morelli.

Coo

CHAPIT&E XII.

dtmes pas crédit, car «le grandes sommes d’argent nops furent offertes par des marchands étrangers et par des seigneurs, et envoyées à Venise. Enfin, voyant qu’ils ne réussissaient pas à me faire faire faillite, Berdardo Guaiiagni accepta du capitaine de la guerre cinq cents florins , et de l'hôpital de Sainle-Marie-Nouvulle cinq cents florins, qu'il eut comptant; Mariotto Baldovinetli reçut huit cents florins; et la nuit du 3 octobre, ils me tirèrent du palais et me menèrent hors la porte San-Gallo, montrant par là peu de courage, car s’ils avaient voulu de l’argent , j'en aurais donné dix mille et plus pour sortir de péril. »

Il sembla que la patrie fût délivrée; les grâces comblèrent le gonfalonier et ceux qui avaient aidé à l’exil de Côme; les noms des fils, neveux et parensdu gonfalonier furent remis dans les bourses, d'où ils avaient été rejetés dans d’autres temps ; on lui donna pour un an le capilanato àe Pisa. Tous les autres eurent des faveurs diverses et remarquables. Corso Corsi fut fait pour deux ans provéditeur de la chambre; Spini obtint le rappel de l’Antelia; Scelto, le bannissement de son frère déjà banni pour vol ; Sannini obtint la charge du sel pour deux ans ; on restitua cinq cents scudi à Baldovinetti qui les avait payés pour une condamnation ; Luti obtint la podesteria de Vinci pour un an, et Marchi, la roche de Livourne pour un an.

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