CHAPITRE XII
rétsNori Capponi : dans le premier cas la république aurait besoin d’argent et le souvenir de la libéraliléde Céme frappait plus vivement le cœur de ses concitoyens, et siNeri.d’un autre côté, se déclarait contre Rinaido, le parli de celui-ci deviendrait si faible qu’il serait incapable de se soutenir plus longtemps. Agnolo est arrêté pour sa lettre, mis à la question et exilé.
(1434) Un an s’était écouté depuis le départ des Médicis. lorsque Niccolo di Cocco est élu gonl'alonier par le sort et avec lui huit membres de la seigneurie tous dévoués aux Médicis. Cette réunion effraie Rinaido et ses amis. Comme les membres delà seigneurie restaient trois jours avant d'entrer en charge, Rinaido profitede ce moment pour réunir les chefs de son parti; il leur représente que le danger est certain, qu'il faut prendre les armes et déterminer les Douato Vellutti, gonfalonier (1), à réunir le peuple sur la place publique, former une balia, casser la nouvelle seigneurie, et en créer une autre au gré du gouvernement en brûlant les bourses des scrutins pour les remplir de noms dévoués. Des amis de Rinaido, les uns opinent vivement pour adopter cette mesure, les autres la jugent trop hardie, et Palla Strozzi, d’un caractère doux et paisible., fait manquer l’entreprise par ses représentations.
On convient donc de veiller sur les démarches de la nouvelle seigneurie, et à sa première tentative hostile de se réunir armés sur la place de San-Pulinari, voisine du palais.
La nouvelle seigneurie entre, en fonctions, et le gonfalonicr, pour preuve de sa puissance et de sa fermeté , fait condamner à la prison Douato "Velluti, le gonfalonier précédcHit, nomme coupable de malversation des deniers piibl ics. Tout-â-coup, au 26 .septembre, (1434) le bruit se répand dans la ville que le palais s’arme , qu’on appelle les soldats, et que la seigneurie prépare le rappel des Médicis. Le gonfalonier cite en même temps devant son tribunal les chefs du parti ennemi, Rinaido, Peruzzi, Barbadoro,' mais Rinaido court armé, avec les siens, à la place San-
(0 Ce Donalo Vciluti n’est pas celui que nous avons cUc ; lenùlrc, gonraionier plusieurs Cois, était mort gonfalonier en 1370.
Pulinari où il est rejoint par Barbadoro, Giiasconi, Raffacani, Arigiicd , quelques-uns des Bardi, les citoyens de son parti et un grand nombre de soldats sans emploi ; ils élaieni peut-être six cents. Palla Sirozzi , quoiqu’il eût rassemblé un certain nombre de soldats, ne sortait pas de chez lui, non plus que Jean Guicciardini. Rinaido envoie quelques amis pour les presser et accuser leur lenteur, Jean répond qu'il nuira assez au parti ennemi si, en restant chez lui, il empêche Piero, son frère, d’aller au secours de la seigneurie, et Palla, après plusieurs sollicitations, se rend à San-Pulinari, mais sans armes et accompagné seulement de deux hommes à pied. Rinaido lui reproche violemment sa conduite, lui dit qu’il a trahi trois fois sa patrie, en sauvant la vie de Médicis, en refusant de s’armer à l’élection de la seigneurie, et en montrant si peu de résolution aujourd'hui. Palla murmure quelques mots qii’ou n'entend pas, tourne bride et regagne sa maison.
La seigneurie, durant ce temps, appelait ses amis, Lura Albizzi, frère de Binaido mais du parti des Médicis, Valori, Maiitelli, Ginori, Capponi, Pitti, mais voyant Rinaido armé et la ville troublée, déjà, selon le caractère des seigneuries de Florence, elle commençait à s’effrayer, et peut-être Rinaido plus audacieux ou mieux secondé était le maître de son pays. Elle députe à Rinaido, Rucellai et deux autres, pour l'exhorter à désarmer puisqu’il n’était pas menacé, et l’assurer que Côme ne serait pas rappelé si une lutte en devait naître. Rinaido demande une balia.
Mais ses amis rabaudonneiit : Ridoifo Peruzzi déclare qu’il ne voulait qu’empêcher le retour de Côme, que la promesse de la seigneurie lui suffit, et il se rend avec tous ses gens au palais où il est reçu avec joie ; le parti d’ Albizzi s’étonne, et le pape enfin achève de le perdre.
Le pape Eugène IV, chassé de Rome par les Romain.s , se trouvait alors à Florence; à la première nouvelle du tumulte, il croit qu’il est de son devoir de l’apaiser , et il envoie à San-Pulinari le patriarche Vitelleschi (alors - évêque de Kecanati, et depuis archevêque de Florence et cardinal), ami de Rinaido, pour engager celui-ci à se rendre auprès de sa oersonne et l’assurer qu’il saurait arran>
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ger les affaires. Rinaido se rend avec un corps de troupes à Sanla-Maria-Novella où demeurait le pape; le pape lui Tante l’autorité qu’il a sur la seigneurie, lui répond des événemens, et Rinaido indigné contre ses amis, découragé d’une lutte où rien ne le seconde , se livre au pontife cl lui confie l’avenir. Eugène IV fait mettre bas les armes au parti, et les amis de Rinaido vont désarmés au palais, tandis que Rinaido reste à la cour du pape , ne voulant pas, dit Aramirato, plier sa grande ame.
- Mais dernière et vaine confiance ! le pape annonçait plus que les luttes civiles n’accordent; le palais avait promis de désarmer, mais loin de là, on remplit Florence de tant de gens armés, durant la nuit, qu’il eii vint trois mille à la maison des Médicis, du Mugello et de l’Apenuin (i), et le lendemain la seigneurié'sonne un parlement où elle arrive en triomphe (29 sept. 1434); elle demande balia et l’obtient; on prévit dés-lors que malgré les prmesses au pape,' la balia punirait les ' révoltés. La balia commence par rappeler Médicis, sans qu’il se trouve quatre fèves contraires (2), et tous ceux de son parti bannis avec lui, ainsi que les Alberti; on renouvelle les scrutins et on délibère des peines à porter contre ceux qui venaient de s’armer contre la république. On parlait déjà de mort, mais l’intercession du pape, qui disait que ce serait doublement lui manquer de foi, sauva les accusés du supplice et le a octobre Rinaido et Ormanno, son fils, furent condamnés à un exil à cent milles de Florence, pour huit ans, ainsi que Peruzzi, Barbadoro et trente et un citoyens de ce parti. Barlolomeo di Cresci , qui fut mis en prison , se pendit à sa fenéire. Rinaido ne s’étonna pas de sa sentence qu’il avait prévue, mais avec un sourire amer, il dit , parlant du pape : — Pouvais-je espérer d’être conservé dans ma patrie par celui qui avait été chassé de la sienne? —
(1434) Gôrae revint en Toscane, depuis Venise, comme dans un triomphe antique. Entré à Florence, aux accla mations du peuple , il se rendit à cheval avec son frère
(I) Ricordi di Cosimo dei Medici.
(S) Idem.
LIVAE VI.
Laurent au palais, où, retenus à souper par les seigneurs* ils passèrent la nuit. Le malin suivant, accumpagués de toute la ville, ils allèrent saluer le pape Eugène, auquel ils attribuaient leur retour.
Les proscriptions reprirent ; tous les Peruzzi, tous les Guasconict d’autres furent faits grands; on exila encore, on augmenta les peines déjà portées. Plusieurs familles florentines se répandirent alors en Italie, la race des A|bizzi se trouva à Gaëte et à Gésène, les Slrozzi à Ferrare; les Peruzzi, mécontens de ritalie allèrent se faire Français à Avignon, et beaucoup d’autres Florentins se rendirent en d’autres lieux. On renvoya les flls des exilés qui étaient en place , et les seigneurs qui avaient exilé Côme furent, ainsique leurs enfans, exclus à perpétuité du gouvernement, les uns enfermés et les autres condamnés à de grosses amendes (t).
Ainsi s'établit pour jamais l’influence des Médicis. Mais le gouvernement populaire n’est pas fini: de nouvelles luttes naîtront pour la liberté; les Médicis disputeront sans cesse leur autorité : leur temps est un des plus beaux temps, non pas seulement de Florence, mais de l'histoire du monde :1a politique mieux étudiée, enseignée à la jeunesse républicaine par Machiavel, qui chercltait chez les anciens Romains, à Venise, en France, l'exemple d’un gouvernement plus fort que celui de Florence, dont il était si fatigué; l’expérience d’une liberté de deux siècles, l’ambition des Médicis , les souvenirs du peuple, l’esprit des puissantes familles plébéiennes , les beaux - arts , Léon X, Michel-Ange, une foule d’hommes supérieurs, historiens, hommes d’Etat, des intérêts plus étendus, • nous feront trouver un charme nouveau à décrire la suite des évènemens.
Et adieu donc ici au moyen-âge, au gouvernement des Anziani, des Prieurs, à ces grands citoyens, Aldobrandi, Teghiaio, GiiidoGuerra, Farinata, Dante, dont nous avons suivi la jeunesse avec tant de plaisir, lui qui, portant la religion, la politique, les passions de son siècle au degré qui les rend sublimes, nous a enseigné l’histoire au sonde
(1) MacbiiTelli, lib. |V. — Ammiralo, lib. iv.
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