‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 129 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

lion des seigneurs ne sera plus faite parle sort, mais que tous les deux mois les accopiatori (électeurs désignés) les secrétaires du scrulin et la vieille seigneurie composeront dans 1a bourse la procliaine seigneurie. Enfln, pour tenir l’état dans la crainte, ce parti confie aux huit de la garde publique l’autorité ou la baba sur le sang et les biens de quiconque tenterait quelque nouveauté contre l’état, ou même parlerait de manière à se faire soupçonner ; il est défendu d’écrire aux bannis ni d’en recevoir des lettres; les adversaires du gouvernement sont accablés d’impôts, tandis que les exils ne cessent point, car on était proscrit, non pas seulement pour être d’un parti différent, mais pour ses richesses, sa parenté, ses amitiés : <c Si ces proscriptions dit Machiavel, toujours soigneux d’aggrandir I histoire de Florence, eussent été accompagnées de meurtre, elles eussent rappelé celles d’Octave etdeSylla. n Ce n’est pas qu’elles n’aient été aussi marquées par des supplices : quatre proscrits dont un Belfratelii et un Barbadoro furent indignement livrés par Venise et décapités ^30 juillet 1436), ainsi qu’Antonio Guadagni et Rotüero Fini.

L’avenir semblait perdu pour les Albizzi errans loin de leur patrie, mais déjà une lueur d’espoir brilla pour eux. Un traité entre Florence, Venise et Philippe-Marie, duc de Milan, avait assuré la paix sans cesse interrompue, quand la révolte de Gènes (1436) (qui secoua le joug du duc de Milan) vint la troubler par la proteclion que Florence et Venise, toujours inquiètes du pouvoir des Visconti, accor. dèrent à Gènes. Aussitôt Rinaldo Albizzi était allé trouver le duc de Milan pour l’exciter à faire la guerre à Florence. — Le duc devait-il se laisser jouer par cette république? Au moment d’un traité, ne lui faisait-elle pas une vive injure en secourant les Génois ? — C’était vraiment un spectacle singulier que celui des Albizzi, ces ennemis éternels des Visconti, aux pieds d’un Visconti, pour qu’il s’armât contre Florence ; mais telles avaient toujours été la conduite des exilés et la politique de ces petits états.

Ormanno, fils de Rinaldo et d’autres bannis s’étaient aussitôt (juin 1436) avancés jusqu’à Pietra Santa, avec le général elles troupes du duc(l).

(I) Ricordi di Giov. Morelli.

LITBE I.

Nous écarterons, comme nous l’avons déjà fait, le récit de ces guerres insipides, dirigées à Florence par les dix de la Balia (appelés aussi les dix de la guerre). Quelques grands hommes, lesVisconli, les Sforze, le progrès des Etats, l’ambition, le développement des forces, liaient désormais les affaires d’Italie : la malheureuse habitude d’employer des troupes mercenaires donnait à quelques généraux un pouvoir presqu’égal à celui des Princes qu’ils menaçaient : ces généraux, habiles à leur manière, traînaient les guerres en longueur, épargnaient le sang de leurs soldats, corrompaient la guerre et la bravoure : depuis plusieurs années, le comte François Sforze était tour à tour en guerre et en négociation avec le duc de Milan, qui lui promettait tour à tour et lui refusait sa fille naturelle en mariage : cette fille, seule enfant des Visconti, pouvait apporter les plus hautes espérances à l’ambition de Sforze. Sforze changeait d’ailiance , attaquait, tantôt les états de l’Eglise, tantôt la Lombardie ou la Toscane; les affaires se traitaient depuis Naples jusqu’à la Lombardie : une guerre molle, perpétuelle, sans péril, sans lien avec les peuples; des ambitions individuelles, des mœurs perfideà et une activité prodigieuse, plongent à chaque instant rilalie dans des luttes où les grandes victoires, les grands revers, l'honneur et la lassitude sont également inconnus :

'a Cette valeur nationale , dit Machiavel, qui s’éteint ordinairement dans les autres Etats par l’effet d’une longue paix se perdit en Italie par nos pitoyables'guerres. > Et prêt à raconter ces guerres, il ajoute ces paroles terribles :

t< Si les actions de nos princes, tant au dedans qu’au dehors de ritalié, sans énergie et sans grandeur, ne nous inspirent pas cette admjration qu’excitent en nous celles des anciens, elles ne peuvent manquer d’avoir un grand intérêt lorsqu'on verra comment tant de peuples puissans ont été retenus, comprimés par des armées si faibles et si mal constituées. En racontant les événemens de cesiécle corrompu, je ne pourrai célébrer le courage des soldats, la vertu des généraux ou le patriotisme dés citoyens, 'mais j'aurai à développer toutes les ruses, toute l’adresse, tout

2l«) CHAPlTItE I.

l’art qu’employaient les prim es, les "énéranxet les chefs des républiques pour maintenir une considération qu'ils n’avaient point méritée. Ce récit ne sera peut-être pas moins utile que l'histoire des anciens. Si ceux-ci enflamment les cœurs généreux du désir de les imiter, les autres leur apprendront à mépriser tant de lâchetés et à marcher sur d'autres tracas. »

Pour nous,, n'ayant point à raconter ces combats mais l'bisloire de la seule vtlle d'Italie qui gardât sa vertu civile, nous nous renfermerons dans les événemens par où, malgré sa petitesse, elle peut servir d'exemple au monde. Saurions-nous raconter cette nouvelle entreprise, contre Lucquos, au commencement de la gïierre, manquée par le secours que le duc de Milan envoya aux Lucquois; cettesuitc d'actions sans importance, et cette victoire d’Anghiari enfin, (29 juin 1440)remporléepar les Florentins sur Piccinnino, où Machiavel raconte qu’il ne périt ou tomba qu’un seul homme tué, ou seulement foulé par les piedsdes chevaux, tandis que les autres historiens réclament pour dire qu’il en mourut ju.squ'à trois; celte victoire obtenue au milieu du désordre, exemple fameux de l’indiscipline des troupes qui, après la bataille, refusèrent insolemment de poursuivre l’ennemi, allèrent mettre en sûreté leur butin , revinrent ensuite sur le champ de bataille, et enfin au mépris des ordres des chefs relâchèrent imprudemment les hommes d’armes prisonniers ? « Toutes choses qui rendent merveilleux, dit Machiavel, qu’il se trouvât dans une telle armée assez de vertu pour vaincre, et dans l’ennemi assez de bassesse pour être vaincu par des troupes si désordonnées (1). »

Celte victoire ruina les espérances des exilés qui sertispersèrent dans différentes parties de l’Italie. Rinaldo fixa son habitation à Ancône, et, pour gagner la patrie céleste, puisqu'il avait perdu la patrie terrestre, dit Machiavel, il alla enPalesline visiter le tombeau duChrist ; à son retour, il mourut subitement un jour à table, en célébrant les noces d'une de ses filles, heureux de mourir ainsi au moins triste des jours de son exil !

(l) Machiavel, libv.

LITBE I. 281

(lUl.)Tandis que la guerre, suivie mollcnienl, finissait par le mariage de Sforze avec la fiHe de Vjsconli, pour reprendre contre Sforza, quelques troubles recommencent d'agiler Florence. Les Capponi avaient traversé les luttes entre les Albizzi et les Médicis, .sans partager les revers des partis. Soit vertu, soit habileté, soit un mélange de modération et d'adresse, ils s’étaient soutenus entre toutes les factions, et Gino Capponi, sous les Albizzi, avait con- (piis et gouverné Pise, comme aujourd’hui sous les Médicis,Néri Capponi, son (ils, avait gagné la bataille d’Anghiari el acquis dès longtemps à Florence un crédit qui inquiétait les Médicis : les Médicis enviaient aux Capponi leur autorité près des soldais et ces succès militaires, faibles en eux-mémes, alors fort estimés. L’amitié de Neri Capponi pour Baldaccio d’Anghiari, un des meilleurs capitaines d’infanterie, le rendait plus suspecte: on décide de se délivrer du capitaine. L’occasion était favorable, car Orlandini le gonfalonier de justice, méprisé ouvertement par Baldaccio pour avoir honlcu-sementabandonnénaguère la garde de Marradi, confiée à ses soins, désirait ardemment une vengeance. Excité par les autres citoyens, il renferme dans sa chambre plusieurs jeunes gens armés; le capitaine arrivé sur la place où il venait chaque jour régler sa conduite avec les magistrats; Orlandini le fait appeler et marche à sa rencontre; ils reviennent ensemble en s’entretenant des affaires; le gonfalonier conduit le capitaine près de la chambre où étaient les assassins et fait le signe convenu; les assassins sortent, assaillent Baldaccio étonné et désarmé, le tuent, el jettent son corps par une fenêtre du palais ; le corps est porté de là sur la place où, privé de la tête, on l’expose tout le jour en spectacle au peuple (1).

Ce coup abaissant en partie la puissance de Neri, lui èta sa réputation et ses amis. Mais le parti des Médicis voulait plus : dix ans s’étaient déjà passés depuis le commencement de leur autorité ; la Balia était finie, ce qui rendait la hardiesse et la parole aux citoyens. (1444.) Les chefs de l’Etat font créer par les conseils une nouvelle (l) Machiavel, lib. v. Cronica di Lionardo Morclli.

CHAPITBB I.

JSau'apour 5 ans qui, leur conservant le pouvoir qu’iU allaient perdre, réfonne les charges, remet aux mains de peu de citoyens le droit de nommer la seigneurie, renouvelle la chancellerie des réformes, prolonge l’exil des bannis, met un Vespucci en prison, prive des honneurs ou admonéte les accopiatnri du parti contraire, ainsi que les Baroncelli, Serragli, Forlini, Castellani et beaucoup d’autres dont LionardoMorelli porte le nombre en toutà250(l). En 1i45, Côme de Médicis est nommé gonfalonier pour la troisième fois; il l’avait été pour la première fois en 1438, ayant alors atteint sa 50"'< année, âge voulu pour cette charge (2).

On' voit la foi que les Médicis plébéiens avaient dans la naissance, la race, l’héritage des vertus, par un fait très noble qui arriva bientôt : Bologne était retournée an parti des Bentivogli, mais le seul héritier qui restât de cette glorieuse maison était un enfant de 6 ans; on s’inquiétait de manquer de chef quand on apprit qu'un Ercole Bentivoglio avait eu à Poppi un fils d’une femme mariée; le prétendu père de ce fils était mort, et lui, qui était l’image de Bentivoglio, vivait obscur à Florence sous le nom de Santi, auprès d’un oncle très riche, marchand de laine. Bologne envoya aussitôt à Florence pour reconnaître ce jeune homme et le réclamer auprès de Côme et de Néri. Néri, ami de l’oncle, répondit que l’affaire était sérieuse et demandait de la réflexion; le jeune homme hésitait et doutait; Côme le prit à part et lui dit : — Personne dans cette circonstance ne peut te conseiller mieux, que toiméme : prends le parti où ton âme penche : si tu es fils d’Hercule Bentivoglio, tu te porteras à une entreprise digne de ton père et de la maison ; si tu es fils d’Agnolo, tu resteras à Florence à user bassement ta vie dans l’art de la laine. — Ces paroles électrisèrent le jeune homme. Non content démontrer qu’il était Bentivoglio, il surpassa ses ancêtres, car, au lieu de mourir comme ceux-ci victime de

(1) Machiavel, lib. v(. — Comment, di Ncrii, lib. ill. — Cronieadi Lionardo Morelli.

(a) Gambi anno i44lt.

UTRE 1.

SCS ennemis, il vécut et régna honorablement à leur place (1).

Les divisions entre Côme et Néri se renouvellèrent lorsque Sforze, après la mort du duc Philippe-Marie, disputa Milan aux Vénitiens; Néri voulait que Milan fût rendue à la liberté, et on disait qu’il craignait l’aniitié de Côme et de Sforze. Côme, aidant le comte de sa fortune et de ses conseils, prétendait que Milan n’avait plus ni les goûts ni les vertus d’une république, et que la rendre à la liberté c’était la livrer aux Vénitiens , ennemis de Florence et déjà troppuissans.

(1449). L’avis de Côme triompha; on envoya au comte des ambassadeurs qui ne le rejoignirent qu’à Milan , déjà maître de tout (1450). Alors une ligue fut conclue entre Sforze et les Florentins pour résister à celle des Vénitiens et des Arragonais de Naples (1451); ceux-ci étaient inquiets de l’attachement des Fioretitins pour la maison d’Anjou, à laquelle Jeanne' de Naples, en mourant, venait délaisser son trône.

On avait nommé les dix de Balio , qui furent Côme de Médicis, Neri Capponi,‘Lucca DegU Albizzi, etc., entre lesquels nous trouvons un aubergiste et un armurier (2). A tout moment le pouvoir était remis aux mains des Médicis. La guerre suivit; les Florentins appelèrent René d'Anjou qui arriva et repartit aussitôt (1453). Enfin, après beaucoup d’actions diverses, la pape Calixle III , épouvanté de la prise de Constantinople parles Turcs, et voulant appeler de ce côté l’attention des Chrétiens, rétablit une paix générale (1454), trop tôt rompue par les bandes mercenaires et par les guerres de la maison d’Anjou contre la maison d’Arragon , mais qui laissa du moins les Florentins libres d’inquiétudes, retourner à leurs agitations civiles.

(1^ Machiavel, lib. vi.

(S) Storia cronologica di Oreoze di Mecatti. Parte t.

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