‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 132 sur 230 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

taiure. La loi ne passe pas. Les grands retournent à Gôme cl le supplient humblement de consentir à un parlement, assemblée générale du peuple toujours plus docile que les conseils. Gôme, pour les convaincre et les confondre jusqu’au bout, refuse. Alors Donato Bocchi, gonfalonier dejuslice, entreprend sans son consentement, d’assembler le parlement, mais Gôme le fait jouer d’une telle façon par les seigneurs que Donato Bocchi en perd la tête, et est ren* voyé à sa maison.

Cependant Médicis ne voulait pas voir les affaires aller trop loin; il craint que le peuple, repris de sa passion pour la liberté, ne se laisse plus ramener en arrière, et comme Luca Pitti, homme de courage et d’audace, est nomicé gonfalonier, Médicis se décide à lui laisser conduire les évéiiemens aiin que Luca en ait seul le blâme. Certes , on ne peut se jouer de son parti et du peuple avec plus d'adresse.

Luca Pitti propose plusieurs fois, mais en vain, dans les conseils de refaire la balia ; en vain il fait des menaces hautaines et injurieuses, (juillet et août 1458). 11 essaie d’arriver à son but par une pétition ; la pétition est rejetée parla violente opposition d’un citoyen, Jérome Machiavel. Pitti furieux fait arrêter Jérome par les Prieurs ; on l’examine avec torture, et dans les tourmens de la corde, il nomme un Barbadoro et un Benizzi. Ceux-ci sont saisis et emprisonnés, la ville s’arme, Luca Pitti remplit le palais de gens à lui, et en août , la veille de la St-Laurent, il convoque le peuple en parlement sur la place, et par la force et avec les armes, il obtient ce qu’il n’avait pu obtenir dans les conseils. (1)

La balia est nommée, le gouvernement redevient absolu, un petit nombre d’acciopatori choisit la dictature et ensuite les magistrats ; on compose, à la volonté de Pitti, une bourse de 352 citoyens ; on affermit par la terreur un gouvernement établi par la force ; on exile Jérome Machiavel et un grand nombre de citoyens ; beaucoup d’autres sont privés des honneurs.

Ce gouvernement qui dura 8 ans, fut violent et insup-

(1) Cambi : anno 1488. — Sloria crooologica di Orenze di Mecatti. tom S.

portable. Côme, vieux, fatigué et affaibli par la maladie, ne présidait plus aux affaires publiques et l'état devint là proie de quelques citoyens. Luca Pitti, en récompense de ce qu’il avait fait, fut nommé chevalier ; pour se montrer reconnaissant et aGn , dit Machiavel , de conserver du moins les noms des choses perdues, il voulut que les Prieurs des arts fussent nommés désormais Prieurs delà liberté (1459). On créa un conseil de cent citoyens, dit le conseil del cento, vingt cinq par quartier, nommés tous les six mois (1). De saintes processions vont remercier Dieu de ces changements, Pitti reçoit des présens de tout le monde et il obtient une telle autorité que la ville n’était plus gouvernée par Côme mais par Pitti. Dans sa gloire , il commence deux édiGces royaux, l’un à Florence, l’autre à Luciano près de la ville. Jamais citoyen de la république o’avait bâti un palais pareil au sien ; pour le construire, Pitti accepte des citoyens et de la plèbe le présent des choses dont il avait besoin, et les bannis et les criminels trouvent un sûr refuge dans son palais, s’ils y vont travailler. Son parti était avide et violent comme lui, et Florence se vit détruite par ses propres citoyens (5s).

Remarquons que duranU’espace detreizemois, de 1458 à 1459, on envoya dix grosses galères de marchands pour porter et chercher des marchandises, quatre en Angleterre, quatre à Constantinople, deux en Barbarie. Tontes allèrent et revinrent heureusement avec de bonnes charges, et les ventes de la commune s’en accrurent de près de cent mille florins (3). '

Les guerres continuaient dans le royaume de Naples. Le pape Pie II en entreprit plusieurs dans laRomagne contre les Malatesti qu’il voulait dépouiller de Rimini et de Césène. Le pape s’occupait surtout contre les Turcs menaçans d’une croisade qu’il avait préparée avec piétié et enthousiasme , mais dont plus tard sa mort empêcha l’exécution.

(I) Cambi , anno U88. — Storia cronologica elc. — Machiavel ,

lib. VII.

(S^ Machiavel, lib. VII. — Gronica di Giov. Morelli.

(S) Storie délia citti di flrenze del MlO al 1460, scriUe aelli ateasi tempi cbe accaddooo diBoninscgni.

588 CaAPItRB III.

Avant lui, la mort allait frapper Côme de Médicisqui, dans son affaiblissement et sa maladie, avait produit tous les maux de Florence.

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