‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 134 sur 230 · TROÜBLES CIVILS DURANT TOUTE LA ME DE PIERRE DE UÉDICIS · texte numérisé non relu

TROÜBLES CIVILS DURANT TOUTE LA ME DE PIERRE DE UÉDICIS

Après la mort de Côrae de Médicis, mille espérances se réveillent ; de nouveaux troubles se préparent, et jamais un grand talent ne s'éteignit dans la maison des Médicis sans un élan de la république.

La mauvaise santé de Pierre de Médicis le rendait peu capable de s’occuper des affaires. Son père lui avait re* commandé, en mourant, d’écouter les conseils de messer Diotisalvi Neroni, citoyen considérable. Pierre appelle Diolisalvi prés de lui. Diotisalvi avait plus d'ambition que de fidélilé, et d’ailleurs, pourquoi les premiers citoyens de la république auraient-ils montré une magnanimité que les Médicis n’avaient nullement? Ces bienfaits de Côme pouvaient-ils enchaîner les ambitieux plus dignes que son fils de lui succéder? C’est une plaisante chose chez les historiens que celle religion qu’ils attachent à la soumission aux Médicis, tant les hommes aiment à se ranger sous des chefs, tant le genre humain marche en troupeau, étonné si un membre du bétail s’écarte et se transforme ! Au temps de sa liberté pourtant, la république avait vu des citoyens rivaux sans s’étonner ni s’indigner. Diotisalvi, dans un dessein perfide, conseille à Pierre, dont les affaires étaient en désordre, de redemander aux citoyens l'argent prêté par son père. Pierre suit ce conseil; l’indi- ' gnalion est vive à Florence; les citoyens se parlent, se consultent; Diotisalvi assemble ses amis, et il entraîne avec eux Luca Pitti et d'autres citoyens puissans ; tous se

384 CBAPITBB IV.

pour rendre la liberté à Florence et arracher FËtàt aux dictatures. La faillite dephisieiirs marchands, auX" quels Pierre avait repris son argent, accroît la haine; on lui reprochedevouloir des sujets , non des citoyens : toutes les passions du peuple se raniment. L'autorilé de la Balia expirait, c’était le moment d’empêcher de la rétablir. On repousse d'abord les propositions de Qaleaz, fils et siiccesseurde Sforze, qui demandait à la républiqueson alliance.

Le parti de Luca Pitti s'appelait le parti du Mont, à cause de la position de son palais, e| le parti des Hédicis se nommait le parti de fa Plamc; les deux factions s'assemblaient la nuit dans des lieux différens; une nuit, après de longues et vives délibérations, le parti du Mont arrête son plan, qui était d'attendre, sans s’armer, la nouvelle seigneurie; mais au sortir de l’assemblée un traître, Niccolo Fedini, chancelier desconjurés, varévéler à Pierre leur secret. Pierre, effrayé, veut compter et faire insrrire ses partisans ; et cho.se vraiment digue de ces factions, plusieurs des noms qui viennent s’inscrire pour lui, étaient entre ceux-là mêmes qu’on lui avait dénoncés!

Cependant la seigneurie est nommée, et Niccolo Soderini, un des conjurés est élu gonfalonier. Ce fut une chose merveilleuse de voir la foule des premiers citoyens et de la plèbe le conduire au palaisaprès l’avoir couronné d'oliviers comme si de lui dépendait le salut de la patrie.» On voit par là et par beaucoup d’autres expériences, dit Machiavel, que ce n'est pas chose à désirer que l’occupation d'une magistrature dont on attend un résultat extraordinaire, car les hommes désirant plus qu'oii ne peut exécuter, il en résulte avec le temps le déshonneur et l’infamie. » Ain.si en arriva-t-il à Niccolo Soderini qui, avec de bonnes intentions, fut trahi et mal dirigé par son frère Tomaso Soderini, dévoué aux Médicis (1).

Le parti de Pierre reprend courage et acquiert en quelques mois tant de force que les conjurés se décident à un coup violent.

Ils projettent d'assassiner Pierre et d'introdiirie dans Florence le marquis de Ferrare. Mais Pierre est encore (l}Cronica di Leonardo tforelli. — Micbiarei lib. VU.

LIVBB r,

averti ; toujours raalade, il habitait sa maison de campagne à Éareggi; il revient à la ville, entouré d’une mu|lHude dévouée et armée, feignant que Jean Bentivoglio, prince de Bologne, l’a averti que le marquis de Ferrare estsurle fleuve Albo avec ses troupes. ’ te parti du Mont, dans le plus grand trouble, court aux armes , et voilà la Florence des Mé'dicis toute semblable à la Florence des Dante ét des Albîzzi.

tes hommes courageux du parti ne suffirent pas pour retenir ceux qui ne songeaient déjà, comme tuca Pitti, qu’à se vendre aux Médicls. Après leur première résistance ies chefs du parti se rendirent au palais de Pierre pour un accord; ils commencèrent par se plaindre du U'miilte de la ville qu’ils attribuaient à Pierre, mais ils flnii ent par l’assimer qu’ils se soumettraient à sa volonté si elle était conforme au bien public. Pierre répondit avec hauteur, les accusa ' d’avoir voulu l’assassiner, leur reprocha leurs assemblées nocturnes et dit qu’eux seuls l’avaient contraint à s’armer. Avait-il jamais montré le de.sir de rétablir la balia, lui homme pacifique qui détestait ces luttes? Jadis ce n’est pas Côme qui voulut la rétablir, c’est eux. Ne savent-ils pas que les Médicis peuvent vivre honorés dans Florence avec ou sans balia? se tournant alors vers Diofisalvi et ses frères il leur rappela avec des paroles de prince les bienfaits de Céme et leur ingratitude, et telle fut son éloquence et l’émotion qu’il lui fallut retenir les hommes armés qui voulaient se jeter sur les Dio tisalvi:

La nouvelle seigneurie forme un parlement et lui demande une balia qui, dévouée à Pierre, nomme ses amis à toutes les charges, resserre les bourses , et assure le triomphe complet du parti de la Plaine par la persécution et l’exil du parti contraire (1). ]Luca Pitti resté à Florence, perdit ses amis, sa fortune, son crédit et ses ouvriers.

Remarquons toujours que c'est le parlement, c’est-àdire le peuple qui donne la dictature aux Médicis, )e peuple qui, sous ses gonfalonset avec une organisation différente, sait défendre si vaillamment sa liberté !

(t; Hachiavei//, lib. Vil— Norli, lib. il.

Page 1