‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 135 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Machiavel prétend que Diotisalvi, dont la tête avait été mise à prix (1), écrivit ainsi à Médicis : « Je me ris des jeux de la fortune en voyant comme, selon son caprice, elle rend les amis ennemis et les ennemis amis. Tu peux te souvenir comment, lors de l’exil de ton père, moins sensible à mes périls qu’à son injure, je perdis ma patrie et courus risque de perdre la vie. Jamais depuis , tant qu’a vécu Côme, je n’ai cessé d'bonorcr et défavoriser votre cause ni depuis sa mort je n’ai eu non plus te dessein de l’offenser. Il est vrai que ta mauvaise santé et l’âge tendre de tes fils m’ont effrayé de façon que j’ai voulu donner à l'état une forme qui prévint la ruine de ma patrie après ta mort. De là mon entreprise qui, si elle est une erreur, mérite du moins d’être effacée par mes bonnes intentions et mes services passés. Je ne puis croire que si ta maison a trouvé longtemps on moi tant de fidélité, je ne trouve pas en toi aujourd'hui de la miséricorde, et que tant de souvenirs passés soient détruits par une seule faute. >

Pierre envoya cette réponse plus conforme à l’ironie de Machiavel qu'à la bonne grâce ordinaire des Médicis : «r Ton rire là-bas fait que je ne pleure pas, car si tu riais à Florence, moi je pleurerais à Naples. J'avoue que tu as aime mon père, et tu avoueras que tu en as reçu la récompense; tu étais d'autant plus notre obligé que les faits l'emportent sur les paroles. Si tu fus récompensé pour le bien, ne t’étonne pas d’avoir un juste prix du mal. Ne t’excuse pas non plus par ton amour de la patrie, car nul ne croira que cette ville fut moins aimée et moins agrandie parles Médicis que parles Acciajuoli. Vis donc déshonoré là-bas, puisque tu n’as pas su vivre honoré ici. »

Les exilés eurent recours à la guerre ; le duc de Ferrare et les Vénitiens les aidèrent par ces combats sans péril cl sans gloire qui interrompaient à chaque instant la paix; Pierre eut pour allié Galcaz Sforze, duc de Milan, et le roi de Naples, Ferdinand d’Arragon. Après plusieurs événémens et une grande bataille qui dura la moitié d’un jour, où nul homme ne périt, et qui laissa la victoire incerlaine.

(i) CrODica di Lionardo Novell:,

les exilés perdirent l’espoir de soulever Florence , les princes se lassèrent et la paix fut conclue.

Mais des violences continuèrent contre le parti vaincu. On exila et on priva plusieurs citoyens des magistratures. Pierre s’en affligeait ; mais sa faiblesse et sa maladie l’empéchoientde dominer son parti. Il maria dans de brillantes fêles son fils Laurent à Clarisse des Orsini.

Voyant que rien ne pouvait contenter l’avidité de ses amis, il fit venir secrètement Agnolo Acciajuoli près de Florence pour s’entretenir avec lui des affaires ; et on croit que, s’il eût vécu, il eût rappelé les exilés pour s’en aider contre son propre parti. Mais la mort l’enlevadans ses bons desseins (1469).

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