‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 137 sur 230 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1 CONJDBATION DES PAZZI.

On était dans les inimitiés qu’entraînaient ces alliances sans rien d’important, quand arriva un fait aussi naturel dans un pays naguère libre, qu’extraordinaire par la coopération d’un pape à un meurtre exécuté aux pieds des autels durant l’élévation de l’hostie. Des motifs politiques ou religieux ne déterminèrent point le pape, il ne suivit que sa haine, tandis que les Pazzi soutenaient leurs droits (!,' Lionardo Morelli. (t475),

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civils. manière dont la conjuration des Pazzi est racontée dans une foule de relations écrites alors (car les matériaux pour cette époque surabondent), fait bien voir le penchant des hommes à se rallier à la puissance, et l'empire qu’on prend sur eux par les faits, séparés des droits. C’est en lisant ces plats récits qu'on reconnait l'élévation de Machiavel qui, avec une indépendance admirable, travaillant sur ces mêmes matériaux, s’est gardé de la bassesse, et, dans une histoire dédiée à un Médicis, le pape Clément VII n’a fait que raconter l'audace et la bravoure des Pazzi sans un seul mot de blême contre eux ni d’indignation contre la conjuration.

Les Pazzi pouvaient aussi bien revendiquer les droits de citoyens florentins, que Côme avait pu demander la fin de son exil à Venise. Les Médicis opprimaient sans ménagement la république; jamais on n’avait vu des gouverneroens pire que ceux de LucaPitti et de Pierre de Médicis : depuis qu’en 1466 Pierre rétablit l'autorité absolue de sa maison, les affaires s’étaient toujours plus re.sserrées dans leurs mains, et aujourd’hui, il ne fallait plus recourir à de vains discours, à de vains efforts des partis, mais à des complots habiles et à l’audace des citoyens. Les Médicis ne convoquaient le parlement que pour consacrer l'asservissement de la ville, car ils avaient toujours eu soin de rassembler la plèbe en masse pour obtenir d’elle la Balia. La liberté certes estune question de bonne foi, puisque toujours trahie par les multitudes, elle ne s’obtient que par les combinaisom savantes de la politique. Les dictatures des Médicis, corruption des mœurs républicaines (1), n'étaient plus ces anciennes et glorieuses Balia, renommées par leur indépendance et leur habileté ; l’argent public. si bien ménagé durant la belle et sage administration passée, était prodigué pour le commerce et les largesses des maîlres. L’éclat même de leur vie et leur magnificence, loin de désarmer les Pazzi, étaient de nouveaux motifs, de nouveaux stimulans de haine, d’émulation et de douleur. Laurent, avec des instincts et des goûts royaux, réiinis-

(I) Il faut voir chez les frères Morclli la composition, la durée, et le re- DouTellement de ces balia dont la forme n’était pai résulière.

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sai^ 1^ grands comme à sa cour; Jomasso ^dertni avait donné l'exemple d’une adoration de sujet. chez les anciennes familles de Florence, si chez ces marchands citoyens il se trouvait un grand caractère, une drae fière et résolue, l’événement le montrerait.

On venait de voir le jeune duc Galeaz Sforze succomber àMilan sous une conjuration; la liberté, il est vrai, ne gagna rien à ce meurtre. Le duc et sa cause furent vengés, et tes conjurés exécutés; mais ils étaient morts avec gloire; l’im d’eux en mourant avait dit ces mots : mors aeerba, fdnia perpétua^ stahit vêtus memoria facti; et l'on pouvait espérer enfin qu’une conjuration à Florence serait plus heureuse.

La famille des Pazzi, par ses richesses et sa noblesse, était alors la plus brillaole après les Hédicis, qu’elle surpassait par la naissance. Son illustration même l’avait fait écarter des cliarges publiques jusqu’au retour de Géme. Alors, un des Pazzi fut nommé seigneur. Bfesser Jacob, son fils, fait chevalier par le peuple, jadis gonfalonier et âgé de 70 ans, était ajourd'hui |e chef de la famille; il avait des neveux en grand nombre, entre lesquels on remarquait Guillaume, François et René. Côme de Médicis avait marié à Guillaume une de ses petile-sfilles, sœur de Laurent; mais cette union, d’où plusieurs enfans étaient nés, loin de prévenir une rupture entre les deux maisons, avait ajouté aux autres offen.ses des torts de famille. Le» Médicis jaloux empêchaient que Jacob et s^ neveux n’obtinsent aucune charge publique, et les Pazisi répondaient à leurs craintes par la haine. La magistrature des huit pour un léger motif, et sans le respect ordinaire pour les premiers citoyens, contraignit François Pazzi de revenir de Rome à Florence. Les Pazzi se plaignaient avec une violence qui aiigmenlait les soupçons. Jean Pazzi avait pour femme la fille de Jean Buonroinci, homme très riche, dont l’hérilage devait naturellement appartenir àsa fille; cependant Carlo, neveu deBuonromei, s'empare u’une partie des biens, et, quand la chose vient pour être discutée, une loi est portée par laquelle la femme de Jean est dépouillée de son héritage qni est donné au neveu. Les Pazzi reconnais-

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sent les Médicis à cette injure, et Julien de Afédicis luimême se plaint à son frère qu'on va trop loin contre cette famille irritée.

Mais Laurent, brûlant de jeunesse et de puissance, voii- I lait tout dominer et faire sentir à tons sa domination. Les Pazzi songent à la vengeance. François Pazzi, avec l'âme et l'audace d’un héros, conduit leur hardi dessein. Ce n’est pas ici une de ces conjurations à l’antique comme celle de Timoléoii, d’Aretaphile, la libératrice de Cyrène, et d'au- * très héros qui ne songèrent qu’à la liberté et à la vertu. Les Pazzi avaient un but per.'ïounel ; et si la liberté pouvait nailre de leur lutte, ils pensaient surtout à s'affrancbir d'un joug pour ressaisir les honneurs de leur patrie. François, plus déterminé, plus généreux que ses frères, se décide à jouer ce qu’il possède pour ce qu’il ambitionne, homme d'un caractère décidé, d'une âme violente et liéro'ique, corps fragile, teint pâle, taille petite, chevelure blonde qu'ilsoignaitbeaucoup, et l'insolence et la superbe tant reprochées à sa maison (1). Gomme le gouvernement de Florence lui était odieux, il vivait presque toujours à Home où, selon la coutume des Florentins, il employait ses trésors à négocier. Ami du comte Jérôme, neveu ou flls du pape Sixte IV, ils déploraient ensemble l’autorité des Mé- Jicis, et, de conversation en conversation, de plainte en plainte, iis en arrivent au terrible dessein de changer le gouvernement de Florence en faisant périr Julien et Laurent. Les circonstances leur étaient favorables; le pape haïssait les Médicis; tout-à l'heure encore, il venait de nommer à leur grand déplaisir, François Salviati leur ennemi, archevêque dePise, et la seigneurie refusait de reconnaître l’archevêque. François et Jérôme confient leur dessein à Salviati, et celui-ci, bien qu’archevêque, les écoute, et, sensible à l’injure que lui faisaient les Médicis, il les excite. Ils décident qu'il faut entraîner avec eux Jacob Pazzi; François part pour le voir à Florence, et le comte Jérôme et l'archevêque se chargent à Rome de prévenir le pape. Mais François voit en vain Jacob Pazzi, le vieillard s’étonne et résiste.

(I) \ngcli PoltUani. Conjurai. Paelianœ commeDtariain.

— MachiaTel, lib. 8.

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