CHAPITRE VI
poléon Franzesi, jeunes gens hardis et obligés de la ramitle desPazzi; des étrangers, messer Antonio Maffei di Volterra, Stefano Bagnoni, prêtre (qui donnait des leçons de latin à la fille de Jacob Pazzi). Quant à René des Pâzzi, homme pruiient et grave, instruit des dangers de pareilles affaires, ils’opposeà la conjuration, la déleste et l'entrave par tous les moyens honnêtes qu’il peut trouver. Avec tant de confidences et de complices, celte conjuration marchait au milieu des plus grands périls, et de nouveaux périls l'allendaient.
Le pape avait tenu jusqu’alors à TUniversilé de Pise le neveu du comte Jérôme, Raphaël de Riario, qu’il nomniè cardinal quand Raphaël était à Pise. Les conjurés imaginent de conduire le Jeune cardinal à Florence, afin de cacher mieux la conjuration par son arrivée, d’introduire dans sa suite les conjurés dont ils avaient besoin, et dé saisir ce moment pour agir (déc. 1477). *
Le cardinal arrivé à Florence, est reçupar Jacob Pazzi à Montughi , maison de campagne près de la ville. Les conjurés projèlent de réunir un jour les deux frères chez le cardinal et de les tuer ensemble, car il y avait celte grande difficulté d’un double cnùp à frapper. Les Pazzi font donc en sorte que les Médicis invitent le cardinal à diner dans une de leurs maisons à Fiesole, mais Laurent Vient seul avec son fils enfant, conduit par Polilien (t); Julien, indisposé, ne parait pas; l’action est remise. Les conjurés alors arrangent au autre dîner à Florence chez les Médicis, certains alors que les deux frères seraient présens :1e diner est convenu pour ledimanche, 26 avrii{t478);la veille, le samedi soir et toute la nuit les conjurés conviennenlde ce qui doit s’exécuter le jour suivant. Mais ce jour arrivé, François Pazzi apprend de grand malin que Julien ne paraîtra pas au diner. Les chefs de la conjuration se rénnissentaussilôt; les circonstances pressaient; ils conviennent i^u’ilne faut plus différer, car il était impossihiêque là conjuration connue de tant de monde ne fut pas révélée ; ils décident donc de tuer les Médicis le malin même au pôme, dans
(1) Àngeli Poliliani conjurât. Paclianæ couuncDtarium. — {tfacliiavcl, lib. 8.
MVRE I.
l’église de Santa Rcparala, où, à cause du jeune cardinal, les deux frères seraient présens. Jean Baptiste le condottiere devait tuer Laurent; François des Pazzi et Bernardo Batidini, tuer Julien. Mais Jean-BapUsIe refuse alors ()e ftappér, en déclarant qu’il n'aurait jamais |c cœur de commettre une telle action dans une église, et de joindre la trahison au .sacrilège. Celle nouveauté augmente le péril de l’enlreprisé; les conjurés, pressés par le tenip.s, .sont obligé.s de confier le meurtre de Laurent à messer Antonio diVolterra et au prêtre Slefano, deux hommes par habitude et par nature peu faits pour une telle action. Car, dit Machiavel, si jamais dans aucune entreprise on doit recherciier une ame grande, ferme, et par beaucoup d’expérience résolu® dans la vie et dans la mort, il faut l’aroir ici, où très-souvent l’Ame a manqué à des hommes accoutumés aux armes et au sang.
Les conjurés conviennent que le coup sera porlé au moment de la communion delà messe, et quedurantee temps, l’archevêque Salviali avec ses gens et avec Jacques Poggio, occuperont le palais public et soumettront la seigneurie.
Alors les conjurés marchent au temple où déjà le cardinal était arrivé avec Laurent de Médicis. L’église était remplie et l’office divin commencé que Julien n'avait pas encore paru. François Pazzi et Bernard, tous deux chargés de sa mort, vont ensemble le chercher à ses maisons; et, avec art et par leurs prières, le conduisent dans l'église. El chose vraiment digne de mémoire, s’écrie Machiavel, qu’on put couvrir avec tant de cœur et tant d'obstination d’âme, tant de haine et une pensée si forte, que François et Bernard dans le chemin et dans l’église entretiennent Julien avec des badinages et des discours de jeunes gens;
« François même, comme s’il voulait le care.-iscr, le presse pour sentir s'il ne portail pas de cuirasse ou d'autres défenses. Julien et Laurent, instruits de l’ininiilié des Pazzi, n'avaient d'ailleurs nul soupçon, et la longue domination de leur famille les habituait à lu sécurité. Secondés par la foule qui remplissait l'église, les meurtriers parviennent à se placer très-près des deux Médicis; l’office divin conduit