‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 140 sur 230 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

avec la ponipeaccoutiimée, est arrivé au moment suprême; Dieu, appelé par la ferveur des hommes, descend surl’au' tel, quand Bernardo Bandini, avec une arme courte et préparée pour la circonstance, traverse la poitrine de Julien qui se relève, et après quelque temps , tombe par terre; François Pazzi se jette sur lui, le frappe de mille blessures avec tant de rage, qu'aveuglé par sa fureur, il se blesse lui-même gravement à la jambe. Durant ce temps messer Antonio et Stefano assaillent Laurent, et lui portent plusieurs coups sans l'atteindre que d’une légère blessure à la gorge. On dit qu'Anlonio, en se jetant sur Laurent, lui cria : Ah! traditore! ce qui avertit Laurent. Laurent saisit ses armes et se défend, secondé par ses amis; les deux meurtriers alors s'épouvantent et s'enfuient. Cependant un bruit épouvantable remplissait l’église; quelques personnes crurent qu’elle croulait(l); des cris de terreur retentissent; la foute se pre.sse aux portes pour sortir, et créé elle-même son danger par son épouvante.

Laurent, entouré de ses défenseurs, parvient à sc retirer dans la sacristie; la tradition raconte qu'en fermant sur lui les portes en bois, il leur cria : « Si vous savez me défendre, je vous ferai de bronze ! » — Mais Niccolo Valori qui vivait à sa cour, dit que Laurent se relira derrière des portes de bronze.

Bernardo Bandini. après avoir tué Julien , avait tué encore François Nori, ami dos Médicis; il court ensuite pour rejoindre L uirent et achevercequeles meurtriers n'avaient pas su faire, mais il trouve Laurent dans la sacristie. Au milieu du trouble et du bruit effroyable, le jeune cardinal s'était réfugié à l'autel; il est sauvé par les soins des prêtres, et bientôt conduit au palais de la seigneurie, où il fut gardé avec de grands soupçons jusqu'à son départ.

Durant ces événemens, l’archevêque Salviuli et Jacques Poggio, suivis de quelques Bolonais engagés avec eux, marchaient pour occuper le palais public. Arrivés là, ils laissent une partie des Bolonais à la porte avec ordre de l'occuper s'ils entendaient du bruit en haut, et suivi des autres et de Poggio, ils montent au palais. La seigneurie dl-

(l) Aug«i, rolittani, etc. — Niccolo Valori.

naît; cependant Putnicci, gonfalonicr de justice, sort de de table pour aller recevoir l’Archevêque. Salviali entre avec un petit nombre des siens, et la plus grande partie de ceux qu'il laisse dehors, se renferment dans la chancellerie, dont ensuite ils ne surent plus rouvrir la porte (1). L'archevêque, sous prétexte de vouloir parler au gonfalo* nier de la part du pape, commence des discours coupés et embarrassés; l'altération de son visage achève d’éveiller les soupçons du gonfalonier, qui tout-à-coup se jette hors de la chambre en criant, saisit par les cheveux Poggio qu’il trouve à la porte, le remet dans les mains de ses sergens, fait serrer les chaînes de la porte du palais et sonner la cloche à marteau (2). Une grande rumeur commence dans le palais; les seigneurs saisissent les armes à leur portée; les gens de l’Archevêque, cachés et invisibles, sont retrouvés en partie et tuéssur le champ ou pendus aux fenêtres : ainsi, on pend aux fenêtres du palais l’Arc-ievéque lui-méme, les deux Jacob Salviati, et Jacques Poggio! Les Bolonais, restés à la porte, en avaient forcé la garde pour s'en emparer, et occupaient toutes les parties d’en bas, afin d’empêcher les citoyens accourus de tous côtés, d’aider la seigneurie.

Françoi.s Pazzi, blessé gravement, incapable de se mouvoir et informé du bonheur de Laurent, commence à s’inquiéter, ainsi que Bernardo Bandini. Celui-ci alors avec la même résolution qu’il avait tué un Médicis, songe à son ; salut et s’enfuit. François, rentré à sa maison, essaie de se ,' tenir à cheval, car on était convenu d’occuper la ferre avec' des gens armés, de parcourir la ville et d'appeler le peuple à la liberté et aux armes; mais François ne peut suppor-' ter le cheval, tant sa blessure est profonde et tant il a perdu de sang. Il se déshabille alors et se met au lit en priant le vieux Jacob Pazzi d’agir à sa place. Jacob, quoique glacé par l’âge et peu fait à ces tumultes, monte à cheval ave^: cent hommes armés, destinés à l’entreprise, et va sur la place publique appeler à son aide le peuple et la liberté. Mais le peuple dévoué aux Médicis, reste immobile. Les

(i) CronacA di Lionardo Morelli.

(3J Idem.

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