CHAPITRE TI
3in
Seigneurs, mailres de la partie supérieure du palais, saluent Jacob Pazzi en liiilauçant des pierres, et l’intimident par leurs menaces. Jacob ébranlé rencontre Jean Servistori, son parent, qui lui reproche les événemens du jour, lui conseillederelourner à sa maison et l'assure que les autres citoyens ont à cœur, comme lui, le peuple et la liberté. Jacob désespéré, voyant le palais soumis, Laurent vivant, François blessé, se décide à la fuite et sort de Florence avec i^a troupe pour se réfugier en Romague.
Toute la ville était en armes, et Laurent de Médicis, accompagné de beaucoup de défenseurs, s’était retiré dans ses maisons où les citoyens accouraient en foule lui offrir leur dévouement. Le palais public est entièrement occupé et ceux qui avaient voulu s’en emparer, .sont pris ou tués. Déjà le nom de Médicis est crié parla ville avec le signe de leurs armes:— Pâlie ou balles, et parto.ut on n’entend que: Medicil — Medici ! Pâlie ! Pâlie 1 — Les membres des morts se voyaient sur la pointe des armes ou traînés dans les rues, et chacun poursuivait les Pazzi par des discours ou des actes pleins de cruauté. Si quelques citoyens les plaignirent en secret et regrettèrent l’issue de la conjuration , i’histoire, ici favorable aux vainqueurs, en a soigneusement écarté la mémoire.
. Les maisons des Pazzi sont occupées par le peuple, et François Pazzi arraché de son lit tout nu, est conduit au palais et pendu presque déjà mort auprès de l’Ârchevéque. Durant le chemin et arrivé là, on ne put lui arracher, par les injures ou les insultes, aucune parole; mais regardant sans se plaindre, ceux qui l’entouraient, il soupira en silence. On pendit aus.si cinq écuyers du cardinal de façon qu’entre les pendus, écartelés et taillés en morceaux, vingtsix hommes moururent sur la place durant ces deux heures(l). Guillaume Pazzi, marié à la sœur des Médicis, s’était sauvé dans leurs maisons, avec tous ses enfans, par le secours de sa ietmne.
Kéné des Pazzi s’était retiré danssamaison de campagne, d’où il veut fuir déguisé : mais reconnu et pris dans le chemin, il est ramené à Florence. Jacob est pris aussi en
(l) Dreve clironicoD Caroli Pelri de JoauDÎnis a Florcnliola.
Di.
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paf^ant l'Apennin ; les montagnards, informés de laconJu> ration et voyant cet homme en fuite, l’attaquent et le reconduisent à la ville sans vouloir le tuer, comme le vieillard les.en suppliait. Il est jugé et exécuté quatre jours après l’événement. ; , .
Entre tant de morts dont les membres sauglans et déchirés remplissaient les rues, on vit avec pitié le corps de Kené,, Uointi^c sagp., bon cl Irès-éloigné du la superbe tant reprochée aux.Pazzi- El pour que rien ne manquât à ces exemples qxlraordinaires, Jacob, d'abord enterré dans la sépulture (ie ses ayeiix, est ensuite transporté le long des mprs comme excommunié, et, arraché encore de lé, son corps est traîné dans toute la ville par la corde qui l’avait pendu, et sans avoir pu trouver de sépulture sur la terre, il e$t jeté ensuite dans les eaux de l’Artio, alors très-hautes. Exemple nouveau des grands jeux de la fortune républicaine. Ou reprochait à Jacob des .vices qu’il cachait avec de grandes aumônes,, ce qui prouve du moins qu'il n’élait pas avare comme on le lui reprochait aussi. Le samedi avant. l'action, il avait réglé ses affaires et payé ses dettes ai^ec une probité délicate. Jean-Baptiste de Montesecco eut la tète tranchée sur la porte du palais dupodesta; douze des siens avaient été pendus là. On estima le nombre^ des morts entre 80 et 100. Napoléon Francezi évita le supplice par la fuite. Guillaume des Pazzi fut exilé et ses cou-' sins niis en prison dans le fond de la roche de Volterra. Bernardo Bandini , réfugié à Conslantinople fui, l’année suivante, livré •par Mahomet II à Laurent , qui le fil pendre habillé en veste d'azur à la Turque.
Après ces exécutions, on célébra les funérailles de, Ju- Jiçh, où se pressèrent en, foule les citoyens; Julien laissait sa maîtresse enceinte d’un fils qui naquit après lui, appelé Jules, et depuis Clément VII. Les troupes du pap® s’étalent avancées de la Roniagne vers Fiorence, mais in^forhaées de l’événement, elles retournent en arrière, et le pape et le roi de Naples se préparent à venger leurs amis.
1*0116 fut celle conjuration fameuse qui s’offre comme le couronnement de l'histoire que nous avons parcourue.
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31ii CHAPITRE TU.
Telle fut celte tentative hardie, conduite en secret au milieu de plus de cinquante complices, interrompue par beaucoup d’accidcns, exécutée durant la communion de la messe avec un pape, un cardinal et un archevêque pour appuis, vengée par des exécutions cruelles, et instrument d’une nouvelle autorité pour le vainqueur. Cette conjuration eut presque tous les dangers que Machiavel signale dansson longchapitredes Conjurations (l).Bienqu’entrepri se ainsi qu'il lejugeailnécessairepardeshommesputssansel dans l’intimité de$ princes, loin de n’élre confiée à personne ou à un seul, ou bien communiquée seulement au moment de l’exécution, elle eut l’honneur mais le péril d’élre gardée fidèlement dans plusieurs âmes dévouées. Au lieu de conserver l’ordre d’abord choisi ont eut l’immense danger de le changer le matin même; Julien en n'assistant pas au dîner, obligea les conjurés d’agir dans l’église ; ainsi Jean Batiste refusa de frapper, et les nouveaux conjurés choisis pour poignarder Julien, n’étant ni préparés ni éprouvés, échouèrent là où les plus fiers coeurs se confondent, car, comme dit Machiavel, dans les grandes circonstances on ne doit rien attendre de certain d’une âme, sans en avoir fait l’expérience (2).