CHAPITRE VII
roi. Celte paix remplit de colère ie pape et les Vénitiens, qui alliés, l’un du roi, les autres' des Florentins auraient voulu avoir part à la paix.
Florence dans la crainte de nouvelles guerres , établit pour resserrer le gouvernement, un conseil de soixantedix citoyens à vie, avec tout pouvoir pour les affaires importantes, sorte de sénat; Ips affaires y devaient être discutées d’abord pour être portées ensuite au conseil du peuple, puis au conseil de la commune et enfin au conseil des cent (1). Ce nouveau conseil, déconcertant ceux qui voulaient des événemens nouveaux , accepta la paix et envoya deux ambassadeurs au pape. On voyait d’aib leurs avec inquiétude le duc de Calabre continuer d’occuper Sienne malgré la paix (3). Mais Florence est tirée de péril par les Turcs : Mahomet If, repoussé de Rhodes, attaque Otrante, la prend, la saccage, et rappelle toutes les forces do Naples de ce côté. La honte de l’Italie était inconcevable à ne rien faire contre cet ennemi terrible.
Le pape commence à s’adoucir dans ce revers , et les Florentins saisissent celte occasion pour lui envoyer douze ambassadeurs. Le pontife les reçoit, entouré d^ cardinaux et dans une grande pompe; les ambas.sadeurs, pour pallier le passé, accusent la nécessité, la méchanceté des hommes, la fureur populaire et sa justice, et déplorent le malheur de citoyens forcés de combattre ou de mourir. Les Florentins aviiient voulu éviter la servitude , qui est la mort des Etats libres; mais repenlans , ils viennent s’abandonner à la clémence du pape pour qu’à l’exemple du Rédempteur, il les reçoive dans ses bras très-pieux. Le pape répond par des paroles superbes et injurieuses; mais à l’exemple de Dieu, il veut bien leur accorder le pardon en les avertissant que s’ils usent mal de la liberté, il la leur ôtera, car qui méprise Dieu et l’église, n’est digne d’être ni libre ni chrétien. On lit la formule de l’accord et delà bénédiction, à laquelle le pape ajoute en dehors des conventions, que les Florentins entretiendront quinze galères
(I) Gambi. anno 1480.
(S) Machiavel, lib: 8
armées, tout le temps que les Turcs combattront dans le royaume de Naples. Les ambassadeurs se récrient sur cette obligation, quoiqu’il fut trop nécessaire que l'Italie coinbatiit les Turcs, et plus tard les Florentins obtinrent, par un autre ambassadeur, que le pape les en déchargeât.
Le roi de Naples, pressé par les circonstances, restitua aux Florentins comme il l’avait promis, les terres qui leur avaient été ravies, ce qui porta très-baut la gloire de Laurent, car la guerre contre lui finissait sans qu’elle eut rien coûté à la république, et il avait obtenu la paix et les terres par son seul crédit.
La mort de Mahomet II et la restitution d’Otrante au roi de Naples, réveillèrent les haines suspendues. On vit alors les alliances toutes changées en Italie :d’un côté le pape et les Vénitiens avec les Génois et les Siennois; de l’autre côté les Florentins, le roi de Naples et le duc de Milan avec les Bolonais et d’autres seigneurs. Louis-le-Maure venait de s’emparer de la tutelle de son neveu, Galeaz Sforze.
Nous bâterons les événemens où les Florentins n’ont pas une grande part, pour arriver aux lettres, aux arts, à ce qui caractérise Laurent de Médicis. Les Vénitiens voulaient s’emparer deFerrare, et jugeaient le moment favo rable à cause de la guerre qu'on faisait au pape. Mais le paperemporle une victoire surleduc de Calabre, glorieuse pour les temps, car il y périt plus de mille hommes ; on rabaissa son orgueil en le menaçant d'un concile que l’empereur avait déjà décidé; ilflt donc la paix avec les Florentins et la ligue, en engageant les Vénitiens, dont les progrès l’effrayaient, à s’y joindre aussi. Comme ils refusèrent, la ligue tourna contre eux ses efforts ; les Floréntins y envoyèrent toutes leurs forces ; on secourut le duc deFerrare; les Vénitiens furent vaincus, et Louis-le- Maure ayant le premier traité avec eux , la paix fut enfin rétablie (1484).
Remarquons qu’au mois de janvier et de février de cette année (1484), on avait composé une nouvelle bourse où, dit .Morelli, fut honoré qui le méritait. Il y avait treize ans qii'on n’avait recomposé les scrutins (1).
(l) Cnmaca di Lionardo Morelli, anno M84.
CHAPITBE VII.
Cependant les Florentins ne pouvaient se consoler d’avoir perdu Sarzane. S’emparant de Pietra Sanla, ils auraient attaqué Sarzane sans une maladie de Laurent. Et plus tard, après avoir secouru le roi de Naples (attaqué par le pape), ils s’emparent enfin de Sarzane à la suite d’une grande victoire (1487).
La paix est enfin partout rétablie. Le nouveau pape, Innocent VIII, favorable aux Florentins et lié avec Laurent, marie son fils à la fille de Médicis. Laurent obtient du pape, après l’avoir passionnément désiré, un chapeui de cardinal (1489) pour son fils Jean, quoique Jean n’eùt que 13 ans, exemple extraordinaire, désapprouvé par plusieurs cardinaux, et qui inquiéta le pape lui-même, puisqu’il imposa au jeune cardinal (depuis Léon X), de ne point siéger dans le consistoire avant trois ans. '
Laurent, surnommé le Magnifique par son siècle, brilla chaque jour d’un nouvel éclat : sa sagesse, ses succès, lui donnaient une pleine autorilédans sa patrie et une grande influence dans l'Ilalie; les princes souverains, les rois, recherchaient son amitié. Malheureux dans son commerce à cause de sa grandeur même (car ses gens admiiiisti aient ses affaires en princes), le Trésor public le secourut, et Laurent disposa de l’argent comme des autres biens de la république; abandonnant le commerce pour se faire une fortiine en terre, il arrangea tout pour la prospérité et la paix, fortifia plusieurs points de la Toscane, et assura la fidélité de tous ses petits alliés, sans qu’on voie pourtant dans sa politique ce système qu’on a voulu ensuite luialtribuer.
Depuis la paix de Sarzane, il n’eut plus qu’à cultiver les lettres, jouir de sa puissance établie et maintenir le repos général det’Italte. Durant les cinq années qui s’écoulèrent jusqu’à sa mort prématurée, il acheva de fonder sa gloire et sa cour.