‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 146 sur 230 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

impuissans à résister à ses entreprises, soit par une excessive envie qui dominait en lui, outre une immense ambition et vaine gloire qui le menait à ne refuser à aucun étranger aucune demande, même extrême, pourvu qu’il crût être loué. Et il leur accordait ce qu’ils demandaient, non de son bien, mais de celui du public, sans mesure ni réserve aucune, car quand il avait à dépenser du sien, il penchait plutôt à l’avarice qu’à la générosité, excepté pour quelques entreprises de vanité, faites aux dépens d’autrui, et qu'il s'attribuait en y ajoutant quelque chose du sien. Outre cela, toutes les choses qui anciennement acquéraient de la réputation aux citoyens , comme les noces, les bals et les fêles, le luxe des vêlemens, il les blâmait, et avec son exemple à ses paroles, il les supprima. Mais ce qui par dessus tout est déplorable, toute l’autorité, la dignité et la réputation des magistrats publics, il l’enleva, la foula aux pieds, la transporta en lui , et l’usurpa de telle manière, que nul magistrat , même dans les moindres choses, n’osait délibérer s’il n’avait son consentement, et s’il s’en passait pour quelque chose , il était contraint à le révoquer; d’où naquirent dans les âmes des citoyens une grande bassesse, un grand mépris et dédain des choses publiques »

Voilà ce qui nous reste de la haine qu’une partie de la noblesse gardait secrètement à Laurent. Alaroanno Rinuccini dans le livre de ses ayeux, manuscrit appelé Priorinta (1), a répandu sa colère que nous avons recueillie.

Un citoyen pouvait ainsi exagérer les torts de Laurent. Mais Laurent, tour à tour trop loué ou trop rabaissé, représente comme son a’ieul, l’aristocratie du mérite au pouvoir. Appuyé de ses talens et de ses richesses, il suivait l’ambition qui est une grande passion ; il préparait à sa maison une renommée européenne, voyait de loin , avec l’enchantement d’un père et d’un Médicis, Léon X et sa gloire; il

(l) Ce morceau de Rinuccini contre I^aarent a été publié dant Reddili exhorlatio ad Petrum Medicem etc. Florenti , 1832. Rinuccini reproche aussi i Laurent de s’être emparé des dota des Dites, et Cambi dit dans son style naît : Ha ghurdinsi dal clamore delle uerginelle nostre Dgliole, ehe va insino al cielo, cbe non U goderanno mollo tempo in pace, tanta ingiustitia. (Cambi anno idon).

sortait Florence des petites idées manùfacluriëres et mu< nicipales. Sans doute rien là d’héroïque comme au temps delà liberté, mais les richesses prodiguées aux lettres, aux bibliothèques, aux arts.

Pourquoi ne sut-on pas unir la magnificence à la liberté?

N en regrettons donc pas moins la plèbe, ses fureurs, ses cris, sa vie civile. Où a-t-on caché les gonfalons? Les vieilles lances et les vieilles arbalètes sont rouillées ; les cloches n'ont plus sonné que la messe, et cette plèbe florentine que Machiavel appelle un juge si fin des affaires publiques, s'est endormie du sommeil de la monarchie ; on ne l’a vue s'animer que contre les Pazzi ; lesenfans du peuple ont Iratné dans les rues les cadavres des conjurés, et Florence n’a connu que ce seul jour d'agitàlion. Après avoir tracé les événemens brùlansdes siècles passés, après avoir suivi les travaux de Dante et de Pétrarque, il nous paraît dur sans doute d’avoir à raconter des mœurs de cour, les tranquilles actions d’un Laurent de Mèdicis et les habitudes,serviles d’un Politien qui vivait près du prince en domestique, sans rien garder dans ses veines du sang ni de l’exemple du pm'de fier et citoyen qui avait vécu avant lui. Tout l’attrait politique a disparu; ces agitations que les Albizzi partageaient avec les Uzani, les Ricci et tant d'autres citoyens ^ piiissans, l’énergie des arts majeurs et l’inquiétude passionnée des arts mineurs toujours menacés; cette organisation passagère mais modèle , belle sans être assez grande et assez solide, mais qui fit un moment qu'un peuple entier vécut; tout est fini, tout est mort, et il est curieux d’observer comme les institutions font et défont un peuple puisque c’est la plèbe enflammée de Florence qui a ainsi tout à coup disparu.

Ces temps, d’ailleurs, n’ont eu ni invention ni génie. Si Laurent surpassa les autres princes de l’Ilalie dans la protection qn’il accorda aux lettres, ses camées, ses fêtes et les fameuses mascarades où s'employaient si ridiculement les beaux vers de Politien, ne peuvent abuser l'histoire comme ils abusèrent les contemporains. Laurent même donna aux études quelque chose d’emphatique et de ridicule ; c’était plus grave sous Côme ; ici déjà les incoiivéuiens d'une cour et une bassesse d’adulation insupportable.

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