‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 149 sur 230 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

nous ne serons pas d’accord, il est inutile de nous voir. — Laurent fait assurer le prêtre de sa soumission, et le Prieur prend aussitôt le chemin de Careggi, suivi d’un compagnon, le frère Grégoire auquel, durant le chemin, il prédit, suivant le don de prophétie qu'on commençait à lui croire, la mort prochaine de Laurent. A la vue du moine, Laurent se trouble, s’attendrit , lui témoigne son respect et lui déclare que trois péchés lui font douter de son salut éternel etie jetent presque dans le désespoir. — ‘Quels sont ces trois péchés, demande le moine. — Ces trois péchés, que je ne sais si Dieu me pardonnera, «répond Laurent, sont d’abord le sac de Volterra où beaucoup de filles perdirent leur virginité et où de grands maux furent commis. Le second péché est de n’avoif pas rendu au Montdes-Filles plusieurs dots , ce qui fait que plusieurs filles se sont perdues faute de dots. Le troisième péché est à propos de la conjuration des Pazzi où beaucoup d’innocens périrent comme traîtres. — Laurent, s’écrie le Prieur, ne vous abandonnez point an désespoir, Dieu est miséricordieux, il le sera pour vous si vous voulez observer les trois choses que voici. — Lesquelles? — La première, dit le moine , c’est que vous ayez une grande et vive foi que Dieu peut et veut vous pardonner. — J’ai cette foi, dit Laurent, et elle est profonde. — La seconde chose à faire est de restituer toute chose mal acquise et de laisser à vos fils une fortune égale à celle des simples citoyens. — A ces mots Laurent reste pensif, puis il dit — : cela aussi je le ferai. — Enfin , reprend le père avec ardeur, il faut rendre Florence à la liberté et au .gouvernement populaire d'une république. — A ces mots Laurent tourna les épaules et mourut sans antre confession.

Ce récit qui couLut alors, vrai ou faux, peint les émotions de Florence à la mort du Magnifique.

Page 1