CHAPITRE V
PHKMIÈRE BT VAINE TENTATIVE D’ ARISTOCRATIE A FLORENCE A L’IMITATION DE VENISE. — ORGANISATION DU GRAND CON- SEIL. — INFLUENCE DE SAVONAROLA.
Dès que les Médicis n’étaieat plus à Florence la science politique reparaissait : l’habileté au lieu, de se renfermer dans une seule famille qui ne l’employait qu’à son profit, se retrouvait dans la ville entière.
Jusqu’ici nous avons vu la république, dans chacune de ses réformes, s’appliquer à détruire le pouvoir de la noblesse. Ici pour la première fois nous allons voir l'essai dune sorte d’aristocratie civile, aussitôt déjoué par les habitudes démocratiques. Florence va vouloir se préserver de la basse plèbe comme elle s'était préservée delà noblesse.
Nous arrivons à un réveil des forces et des talens républicains : au temps des Médicis, nous avions des intrigues départis ou des mœurs de cour; ici des voiles déployées, des esprits excités, toute une ville en action.
Charles VIII en partant laissait la république dans la plus vive agitation ; son gouvernement intérieur venait d être renversé ; à l’extérieur Pise lui avait échappé, et ses autres possessions étaient incertaines. On s’occupa avant tout, d organiser le pouvoir public, pour discuter ensuite sur la forme définitive qu’il conviendrait de lui donner. On assemble le parlement au 2 décembre(1494) au son de ta grosse cloche, avec ordre à tous les gonfalons des compagnies, de porter l’étendard sans armes, mais on place des gens armés à tous les coins de la place afin qu’elle ne se ^^plit pas de plébéiens et d’ennemis de la révolution, ce qui fait voir qu’une partie delà populace tenait encore pour les Médicis.
La seigneurie descend du palais, monte à la tribune,
LIVBE II.
demande au parlement la balia et s’informe s’il y avait l:i les deux tiers du peuple. On répond que oui. La balia est accordée et conflée à vingt accoppiatori, chargés pour un an du pouvoir public, en attendant que les principes du gouvernement fussent arrêtés. Les vingt accoppiatori devaient créer les seigneurs , les gonfalonicrs des compagnies du peuple, les douze bons hommes, les dix delà iguerre (appelés depuis Dix de liberté et de paix) et la magistrature des huit de la garde et balia. Entre les accoppiatori, Pierre Capponi est nommé pour les arts majeurs. Les huit de garde et balia furent composés de six des arts majeurs et deux seulement des arts mineurs. Laurent, un des deux Médicis exilés par Pierre , est nommé entre les accopiatori quoique n’ayant pas l'âge. Les partisans des Médicis espéraient , en le nommant , reprendre leur autorité et ne changer que de chef.
Savonarola, ambitieux de diriger les accopiatori et l’opinion, assemble à son église la seigneurie et les autres magistrats, pour leur prêcher la crainte de Dieu , l’amour de la république, un pardon général pour le passé , et un gouvernement universel, c’est-à-dire qui, selon les anciennes lois de Florence , appelât au gouvernement tous les citoyens. 11 cite Venise dont l’exemple occupait l’Italie, et il parle d’ailleurs plus en homme d’église qu’en homme d’état.
Un grand nombre de citoyens s’opposait au pardon du passé. Gependant,après bien des débats, un pardon général est accordé, et le 23 décembre (1494) la question de la réforme du gouvernement, qui occupait toute la ville, est discutée dans les conseils ordinaires de la commune.
De tout temps nous avons vu Florence avoir plusieurs conseils. Le conseil général et le conseil de la commune étaient largement composés. Pour resserrer le gouvernement et y mettre plus d’habileté, nous avons vu Luca Pitti créer en 1459 le conseil des cent, et Laurent de Médicis en 1482 créer le conseil de soixante-dix , conseil à vie, sorte de sénat. La chûtc des Médicis devait amener la chite de ces deux conseils composés de leurs partisans. On décide donc leur suppression. Tous les vœux se portent vers le