CHAPITRE V
conseil général qui devait posséder l'autorilé publique; il fallait raugmetiler et pourtant le contenir, le soumettre à de nouveaux réglemens. Les accopiatori en proposent la réforme qui est ordonnée. Cette réforme était la plus importante et occupait passionnément toute la ville.
A côté du grand conseil (ainsi nommé d'avance), on convient de créer un conseil plus clioisi , élu dans son sein composé de quatre-vingt membres et appelé le conseil des quatre-vingt. Ainsi le grand conseil remplacerait les parlemens, représenterait toute ta ville de Florence, et le conseil des quatre-vingt remplacerait le conseil des cent et celui des soixante-dix.
Les seigneurs de janvier et février, brûlent les bourses des scrutins passés (1495), et le grand conseil, sans être encore définitivement organisé , commence à diriger les affaires (1).
On crée aussi des officiers de grâce pour faire grâce aux débiteurs des impôts, et même pour absolver des peines portées ; ils usèrent si largement de leur droit que peu de gens restèrent qui ne fussent graciés. On crée aussi des officiers d'emprunt, pour emprunter des citoyens et des Juifs, cent mille florins qui, après un temps, devaient être restitués avec un certain émolument. On ordonne enfin que l’impôt se posera à l'avenir sur la rente des biens immobiles, à raison de dix pour cent des rentes, sans aucune imposition (2).
Des partis se forment dans la ville et discutent vivement sur l’organisation du grand conseil. Bien que les mesures déjà prises, plussent généralement, plusieurs citoyens désiraient un autre mode d’impôt; les mécontents, accusant Savonarola, cherchaient à ruiner son autorité. Les amis de l’ancienne liberté, détestaient les yingts, voulaient déjà
(1^ Cronaca di Liunardo Horelli. Il dit Janvier et lévrier 1404, car aelon l’ancien usage, il ne commence l’année qu’au 211 mars. Lionardo Morelli, [lambi et Nardi nous ont le mieux conservé la couleur, la simplicité et les ertnes de ces temps qui tiennent encore beaucoup de l’ancienne républi- ]ue on plutdt de l’ancienne commune. Il Tant se garder d’Ammirato mo- Icrne, incomplet, décoloré et systématique.
(3) Nardi, Ub. 3.
l’autorité du seul conseil, tandis que Savonarola continuait de prêcher ce qu’il appelait le gouverment universel.
Les vingt, sans chef et sans accord entre eux, laissaient prendre une grande force à l’opposition. Incapables de composer chez eux aucune majorité, ils sont forcés d’embourser pour seigneurs et d’élire magistrats, ceux qui obtenaient des vingt, le plus de fèves noires, quand même ceux-là n’avaient pas le nombre voulu. Ainsi ils nommaient tel seigneur ou tel magislrat qui n’avait eu dans son parti que quatre ou six fèves noires! (1)
Paul Antoine Soderini, homme de mérite et très considéré, qui avait été ambassadeur à Venise, travaillait à la réforme du grand conseil et citait sans cesse Venise pour exemple,Venisequi,sansavoir jamais eu les fréquentes révolutions intérieures de Florence,avait su combiner la liberté avec l’ordre et la puissance, une puissance il est vrai dans les limites municipales de la puissance moderne en Italie, mais supérieure enfin à celle des autres états ! Paul Antoine Soderini, au lieu de chercher l’ordre par des moyens d’aristocratie élective, qui répondent bien à la démocratie, et lui donnent la grandeur et la force, voulait une imitation d’hérédité même. On voyait que Venise devait sa force à son aristocratie ; mais comme cette aristocratie semblait trop exclusive, on cherchait une forme de gouvernement mixte. Les uns voulaient resserrer l’ancienne démocratie dans des bornes très étroites; les autres lui laisser au contraire le plus grand jeu; ceux-ci vantaient le parlement; ceux-là disaient qu'il avait livré Florence aux Médicls.
Machiavel, âgé de vingt-six ans, jeune, pauvre et obscur, était depuis trois ans placé prés de Marcello Virgilio , premier chancelier et secrétaire des seigneurs, homme célèbre dans son temps, rompu aux affaires de la commune dont il gardait dans son sein la tradition fidèle. Machiavel ne pouvait avoir un meilleur guide pour être sans cesse occupé et surchargé des affaires de la république.
En janvier (1495), Pierre Capponi, un des vingt, est en-
U) La fère noire est oui. La fève blanche non.