CHAPITRE VI
de paysans et des mondians étrangers arrivaient si épuisés dansFlorencc, qu'ils ne pouvaient plus se rétablir; on avait parlé de leur interdire l'entrée de la ville, mais, comme au temps passé, l'humanité l’avait emporté ; les hôpitaux n'étant pas assez vastes pour les recevoir, ils tombaient morts dans les rues, sur le pan des boutiques et à la porte des maisons ; malgré les soins publics et les grandes aumônes particulières, plusieurs milliers périrent de faim. Pierre , de Médicis imagine de réduire un peuple si malheureux ; mais arrivé à la porte de Florence, il repart aussitôt. On juge quel trouble, quel mouvement dans la république!
On court, on parie, on s’interroge, il semble voir ces insectes nombreux qui, lorsqu’on a bouleversé leurs travaux, s’agilenl et se croisent en tout sens ! On n’arme pas tous les gonfalons, mais seulement les hommes choisis et sûrs contre les Medicis. L? frère Jérôme tranqiiillè disait que Dieu était avec la république ; et il continuait en paix dans ses prophéties, de mêler la réforme et la superstition.
Après Bernard del Nero, étaitentré pourmai et juin, Pierre Alberti, un gonfalonier contraire à ^vonarola (1497); lorsque la nuit, veille de l’Ascension, quelques jeunes gens et quelques prêtres s’introduisant au Dôme, déposent sur la chaire de frère Jérôme, une peau d'âne et d’autres marques ignobles d’insulte ; les objets sont enlevés avant l’arrivée du frère, mais tandis qu’il prêchait, ces jeunes gens soulèvent de terre une grande caisse d’aumônes, posée dans le milieu de l’église, et la laissent tomber avec un grand fracas en s’enfuyant. Le peuple indigné se lève des bancs ; le trouble est si grand , que sans l’autorité de Savonarola , la ville était soulevée; des femmes s’arment pour le défendre (1); le calme ne pouvant se rétablir, le frère Jérôme fait mettre à genoux son auditoire, le bénit, descend de lachaireet est reconduit à Saint-Marc par la foule, aux cris de : vive Jésus-Christ notre roi! Quelques nobles .s’arment pour le frère ; mais le gouvernement , afin d’empêcher le peuple de s’armer aussi, fait enlever les gonfalons des maisons des gonfaloniers du peuple , pour les faire transporterait palais public. Le pape, informé de ces troubles, songe alors
(1) Burlamaccbi. — Nardi. Ilb.
à priver Savonarola des deux couvens de St-Marc à Florence, et de St-Dominique à Fiesole, et à réunir de nouveau la congrégation de la Toscane à la congrégation universelle de Lombardie qu’il en avait détachée en faveur de Savonarola. Ces affaires de moines servaient de prétexte au pape et à la cour de Rome pour s'occuper sans cesse des affaires de Florence. Le pape la menaçait de ses censures, comme une ville rebelle à l’Église, et en secret et publiquement, il offrait scs bienfaits si on voulait lui livrer le frère. Privé d’espoir, il excommunie solennellement Florence au mois de mai suivant. Savonarola se défendait et était défendu vivement par des personnes de l’Église et du monde, qui discutaientavec hardiesse les questions à Florence, car à Rome nul n’osait excuser un excommunié. Un ennemi du frère se charge de porter l’excommunication à Florence; niais il est menacé, disait-on, d’étre taillé en morceaux ; il envoie les brefs qui sont affichés dans les églises principales, et refusés ailleurs, car ces brefs étaient publiés par le parti ennemi et non avec les formes voulues. L’émotion extraordinaire faisait craindre un soulèvement; les magistrats, sans union entre eux, laissaient les partis s’emporter jusqu’à la licence ; on insulte les frères de St-Marc, et des sonnet.^, chansons, lettres, injures en latin et en italien contre Savonarola, sont jetés dans le public. Enfin, les frères observans de St-François, de St-Augustin et d’autres moines, vont à la seigneurie protester que si les frères de St-Marc assistent à la procession do la St-Jean qui approchait, eux n'y paraîtront pas. Le gouvernement ordonne donc aux frères de St-Marc et de St-Domenico (à Fiesole), de rester dans leurs couvens, et les mœurs et les plaisirs de Florence commencent à reprendre leur çours ordinaire.
Tout-à-coup la ville est plongée dans l’épouvante, en découvrant que des conspirations avec des Médicis, continuent de se tramer dans son sein. François Valori, un des dix, et Tomaso Tosinghi, un des huit, observaient depuis quelque temps les courses de Lamberto deli’ Antella, un exilé Florentin, qui allait .sans cesse de Sienne à Rome et de Rome à Sienne. Ils le font saisir, et le goufalonier Bar-