MACHIAVEL
Machiavel avait alors trente ans. Il était né à Florence le 3 mai 1469, d’une famille qui remontait, dit-on, aux anciens marquis de Toscane. Les Machiavelli étaient seigneurs de Monlespertoli, mais ils prirent le droit de bourgeoisie à Florence, pour obtenir des emplois publics, et comptèrent dans leur maison treize gonfaloniers de justice et cinquante - trois Prieurs. Machiavel appartenait à une branche pauvre de cette famille, son père, Messer Bernardo Macchiavelli , était jurisconsulte et trésorier dans la
(i) Nerli accuse beaucoup les Florenlins de délester la magislrainre des Dix. Nardi seul explique que c’était parce queles Dix adnainislraienl mal. Ces deux historiens sont précieux à lire ensemble, car ils sont chacun d’un parti contraire, et l’un explique ce que l'autre ne veut pas dire.
CHAPITKE II.
Manche, et sa mère, Bartolomraea, avait le talent de la poésie et cette intelligence qui se trouve assez généralement chez les mères des grands hommes. On ne sait rien sur l’enfance et l’éducation de Machiavel; vers 1494, à l’âge de vingt-trois ans, il fut placé près de Marcello Yirgilio, où il se forma aux affaires. Marcello Virgilio, célèbre dans son temps, était premier chancelier et secrétaire des seigneurs : « Je ne veux pas manquer, dit Nardi, de faire observer la grande louange qu’il mérite par la prudence, diligence et fidélité à conserver dans son sein toutes les choses arrivées dans le gouvernement de la république, et à les reporter successivement aux magistrats qui entraient nouvellement en charge. Car l’intervalle d’une charge à l’autre était un interrègne et vacance et changement de gouvernement. Si bien que dans le sein de cet homme restait continué dans la meilleure manière possible, le fil perpétuel du manège des choses journalières de la république (1). »
Machiavel profita heureusement des leçons de Marcello Virgilio, puisqu’à vingt- neuf ans , ilfut préféré, entre quatre concurrens , pour l’emploi de chancelier de la deuxième chancellerie des seigneurs , (19 juin 1498.) , emploi donné par le grand conseil, et bientôt nommé aussi par les seigneurs et les collèges, secrétaire des Dix de liberté et paix, d’où vient son surnom de secrétaire florentin. Il devait garder quatorze ans ces places dont les occupations consistaient dans la correspondance intérieure et extérieure de la république, les registres des conseils et des délibérations, l’enregistrement des traités publics avec les États et les princes étrangers. Durant ce temps, nous verrons qu’il eut vingt-trois légations étrangères, quatre en France, deux à l’empereur, deux à Rome, trois à Sienne, au duc Valentinois, etc. Plusieurs fois il sera envoyé au camp contre les Pisans, et en différentes parties de l’État, pour l’enrôlement des troupes ; nous le verrons faire adopter les milices nationales et être chargé de les lever.
(I) N«rdi, lib. IV.
LITKE III.
Quelques mois après sa nomination de chancelier, envoyé au seigneur de Piombino, puis en juillet 1499 à Catherine Sfurze, il va tout-à-l’heure se trouver chargé de ses missions les plus importantes. Sa taille était moyenne, son tempérament délicat, son teint olive, son humeur gaie et vive. Marié vers l’année 1505 à Marietta Corsini, U eu eut six eiifans, cinq garçons et une fille, qu'il éleva tous avec beaucoup de peine, à cause de la pauvreté où il passa la seconde moitié de sa vie. Au temps de sa fortune, d’ailleurs, Machiavel ne parvint jamais aux premiers postes de rËlal. Sa famille était noble, mais sa branche était pauvre et sans éclat. Lui-méme, peut-être, manquait de l'adresse ou de la convenance, de l’audace ou de la suite qui font parvenir, mais il est curieux de voir dans cette démocratie, le plus grand talent du pays tenu toujours en sous-ordre, remplacé dans ses missions de secrétaire, par des ambassadeurs dun rang plus élevé, et l'esprit de Machiavel ne pouvant vaincre, dans cette démocratie, la position de Machiavel.