CHAPITRE
et s’unit aux Arrabiati pour faire opposition à Savonarola.
Gianotli prétend dans sa Republique florentine, que c'est COmede Médicis qui, en ruinant le parti des riches plébéiens, rendit possible la formation du grand conseil et d'un gouvernement tout à fait populaire. Mais ce parti miné n'était pas détruit, ou plutôt la richesse le réveilluit toujours; les riches plébéiens formaient surtout les grands de Florence ; c’est là d’où sortaient les Capponi . Sodé» fini, etc. Le parti opposé à Soderini se composa de tout ce qui était noble ou riche, rallié pour des intérêts communs. Alors la politique devint plus élevée, et l'avenir sembla s’ouvrir pour une science.
CHAtlîRE VII.
r.ÉsoMÉ srn le godvebivbme5t de plorbngb.
Qu'on nous permette de résumer en quelques mots ce que nous avons dit, et la politique actuelle de Florence.
11 était juste, sans doute, que jadis une ville de marchands, une manufacture, eût été gouvernée par des marchands. L’art de la laine donnait à Florence la vie et la prospérité ; l’art de la laine s'empara du gouvernement, qui fut le gouvernement de la laine. On eut le caractère, l’ambition, la prudence et les vues des marchands.
Mais ces proportions pouvaient changer. Venise marchande n’avait-elle pas joint à son caractère mercantile un autre caractère e'ncore qui fut le plus fort? A Florence les richesses naissant de toutes parts, développèrent des besoins, des progrès. Le génie s'éveilla; les lettres, les arts, la science naquirent; l'oisiveté chercha les plaisirs ou lesavoir; de nouvelles forces, une nouvelle ambition se
formèrent. Nous venons de voir qu’on appelait grand$ tous ceux qui avaient fait fortune par le commerce ou possédé des magistratures; si un petit nombre de familles antiques comptait seule des aïeux et une vraie noblesse de race, tout ce qui n’était pas plèbe était grands, et ce nom , autrefois proscrit, se rétablit dans la bouche des Florentins. pour nommer les citoyens puissants.
Les grands passèrent enfin des idées mercantiles aux idées politiques ; les faits successifs formèrent une sorte d’étude; on comprit des fautes; on vit le talent; on conçut l’babileté. Les Médicis.eux-rnémes, parleur goût, leur ambition et leur magnificence , concoururent à éveiller l’élévation et toutes les passions publiques ; sous leur joug même on sut maudire leur joug et on comprit qu’il fallait plus que des principes de commerce pour le briser.
Il arriva enfin des hommes comme Machiavel qui disait : « La fortune a fait que ne sachant discourir ni sur l’art de la soie ni sur l’art de la laine, ni sur les profits ou les pertes, il me convient de discourir sur l’État, et que je dois me vouer au silence ou discourir de cela(l}. »
Ainsi on marchait à de nouvelles destinées. Un parti d’hommes politiques se forma contre Soderini, c’était la vraie habileté qui coinmcnçait. La lutte fut belle, les partis en présence trailèrent avec modération et supériorité; les connaissances civiles rendirent les hommes moins violens, ils comprirent le motif des actions, pesèrent les alliances, modifièrent quelques idées selon les événemens, virent la difliculté des choses. Les partis se préparèrent à une politique savante. Machiavel et ses amis nous l’offrent au plus haut degré dans leurs lettres familières, où ils traitent les événemens non plus en hommes de parti mais en penseurs.
Pour sortir des anciennes proportions de Florence et entrer dans les nouvelles, deux choses surtout manquèrent : le temps et l’indépendance. La lutte, sous Soderini, instrui-
(i) La fortana ha fatlo che non aapendo ragionare nè dell’ante délia aeta nè dell’arte delta lana , ne de guadagni ne delle perdile, è mi eonviene ragionare oello atato, e mi bisogna boiarmi di atar chelo, o ragionardi quealo. (LeUere lamiliari, letlera 13.)
CHAPITB8 TIII.
sait le parti des grands et celui de la plèbe; quelques vérités devaieut naître de l’expérience. L’étranger vint briser la science et l’école; ii rompit la suite naturelle des fûts et des connaissances. Et devant la force, il fallut se taire et plier.
Mais préservés du joug étranger, les Florentins eussentils pu former ainsi un gouvernement habile et fort, tel que l’avaient révé les Albizzi, avec la plèbe et l’aristocraüe en présence? Cela convenait-il aux nouvelles proportions de la Péninsule? n’est -ce pas là ce qui fut conservé à Venise 7 Mystères que nous laissons à résoudre à de plus habiles que nous . et qui , à cause des coups secrets du sort, ne peuvent jamais , sans doute, être entièrement pénétrés des hommes.