CHAPITRE VIII
Une velléité de gloire saisit le gonfalonier et ses amis, /tlviano , général congédié par le roi d’Espagne du royaume de Naples, Pandolfe Pétrucci, tyran de Sienne et ses alliés, venaient de faire une entreprise pour remettre les Médicis à Florence (15Û5), et d’élre viclorieusem en t repoussés, lorsque le gonfalonier et son parti imaginent de faire marcher contre Pise, les troupes victorieuses. C’était du moins imaginer de faire la guerre par des combats, idée glorieuse et nouvelle pour Florence; celte hardiesse séduit le peuple, mais effraie les magistrats : au premier mot d’une entreprise en armes contre Pise , les partis s’agitent. Les Dix de la guerre, qui n’étaient là que pour s’opposer à la guerre, résistent, soutenus par leur parti. Mais le gonfalonier, fort de l’entratnement du peuple, demande pour la guerre, une forte somme d’argent aux deux conseils; la somme est accordée. L'armée part, composée de six-cents hommes d’armes, sept mille d’infanterie et seize canons (nombre ordinaire des troupes dans cette guerre ) ; mais le premier colonel , tiré au sort pour monter à l’assaut, refuse d’obéir; les autres colonels refusent à son exemple, et l’armée couverte d’infamie se relire; le même jour, six-cents lances espagnoles entrent à Pise, envoyées par Gonsalve : laissons ces détails honteux. Le peuple, ne pouvant blâmer une entreprise qu'il avait voulue lui-méme, reporta le blâme sur le capitaine Hercule Bentivogli, qui fut privé du commandement, et sur le commissaire florentin. Antonio Giacomini, homme plein de mérite, vanté par Machiavel dans son art de la guerre, et qui n’était pas responsable de la mauvaise discipline de l’Italie. Le gonfalonier perdit un peu de sa popularité, tandis que le parti opposé, qui n’avait pas voulu l’expédition, haussa beaucoup son ton et son langage, elles partis devinrent plus animés et plus dangereux.
Les grands, indignés que Soderini n’eut pas secondé leurs desseins, regardaient sa conduite comme une trahison, et supportaient impatiemment sur leur télé un si grand pouvoir. Soderini n’en abusait pas , mais sa charge lui donnait une autorité extraordinaire, reconnue légalement pour la première fois. Si le parti de l’opposition se
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fut borné à demander, comme il avait déjà fait, l'organisation de l'aristocratie , ce parti, tous les jours plus nombreux, eut été dans son droit et très fort, mais les passions l’emportaient plus loin, et une alliance avec les Médicis lui était sans cesse offerte. Bernard Rucellai , membre de cette opposition, s’était condamné à un exil volontaire, quand il avait vu Pierre nommé gonfalonier perpétuel ; mais il était revenu à Florence, et plusieurs citoyens se réunissaient dans ses délicieux jardins, surtout un certain nombre de jeunes gens, qui attaquaient ouvertement le gonfalonierpar leurs calomnies ou leurs sarcasmes. Dans les jardins Rucellai, on pariait de lui sans nul respect , chacune de ses actions était blâmée, et bien qu’il connût les menées de ces jeunes gens, il tolérait leur conduite, il recevait même chez lui quelques-uns d’entre eux, et le plus souvent Paul Vettori, dont il était surveillé avec beaucoup d’artifice. Soderini cherchait, comme disent les Italiens, le bénifice du temps, et il craignait bien davantage un antre parti plus violent, puissant par le crédit et par les fèvM.
C’était le parti d’Alamanno et Jgcopo Salviali , qui se ralliant un grand nombre de citoyens d’opinions différentes, avait formé des parentés ou des amitiés avec les anciens partisansde Savonarola, aveeceuxdes Hédiois et avec les jardins Rucellai. Cependant le gonfalonier, appuyé de sa grande magistrature et du bras puissantdela seigneurie; restait le plus souvent le maitre, mais les divisions en arrivaient au point qu’on ne pouvait disposer des soldats, élire les commissaires et les ambassadeurs dans le conseil des quatre-vingts, ni décider rien dans les assemblées si ces deux partis ne s’accordaient pas ; les citoyens se divisaient tous entre le gonfalonier et les Salviali, si bien qu’à travers les béniflees, les faveurs ou les grâces, on découvrait toujours les passions des partis qui descendaient dans les plus petits détails du gouvernement, et jusque dans l’élection des copistes du palais. Les jeunes gens des jardins Rucellai en attaquaient plus vivement le gonfalonier, sûrs de l’appui des Salviati contre les magistrats et la quarantia ; ils passèrent toute mesure en se moquant de lui dans de folles mascarades (1).
(i) Nerii , lib. ».