chapitre VIII
Le raariag:e d’une fille M '^dicifi donna bientôt une nouvelie action à l’opposition : Alfopsine Orsini, veuve de Pierre de Médicis, vint à Florence marier sa fille au jeune Filippo Strozzi, etengager des intrigues avec les ennemis du gonfaionier. Philippe Slrozzi fut exilé pour trois ans dans leroyaume de Naples, par la magistrature des Huit de baiia, pour avoir fait ce mariage; ses amis avaient craint qu’il ne fût jugé par laQuarantia moins favorable; le gonfaionier souffrit qu’il rentrât à Florence avant la fin de son exil, et sa jeune femme lia beaucoup d’intrigues avec le parti opposé au gouvernement (1).
Peu après la défaite d’Alviano (1505), on avait commencé i former l’ordonnance florentine et lever la milice dans le territoire. C’était une milice nationale proposée par Machiavel, essayée d’après ses opinions et ses travaux. On inscrivit et on arma sous différons capitaines et différentes enseignes, un grand nombre d'hommes d’infanterie, de 16 à 50 ans, pour les exercer dans l’art militaire. Des divisions éclatèrent entre les citoyens pour rédiger ce projet en loi. Mais à lafin de l’année suivante, en décerobrel506, la loi sur l’ordonnance fut emportée dans le grand conseil. On créa alors la magistrature des Neuf de la milice, pour dominer sur la milice et l’ordonnance, qui furent indépendantes de toute autre magistrature, surtout dans les cas criminels. Cette ordonnance dont l'effet fut jugé toujours meilleur, s’étendit et s’accrut dans la ville et dans tout l’Ëtat. Un corps de dix raille paysans fut choisi dans tout le territoire florentin, revêtu pour la première fois de l’iiniforme florentin, l'habit blanc, les hauts-de-chausses , miparties blanc et rouge, armé d’armes qu'on fil venir d’Allemagne, et exercé les jours de fêtes (-2). Machiavel, à trois reprises, en 1508, en 1510 et en 1511, fut chargé de lever lui-méme une partie de ces troupes dans le domaine, et une fois il fut chargé de les conduire à Pise , toutes commissions dont il s’acquittait avec sa sagacité ordinaire.
Finissons ce chapitre par quelques mots encore sur les affaires extérieures : la France avait fait la paix avec l’Es-
(1) NerH, lib. S.
(9) Idem,
LIVEB III.
pagne (oct. 1505). Singulière paix! Germaine de Foix, nièce du roi Louis XII, épousait Ferdinand, et lui apportait en dot ce royaume de Naples, pour lequel on avait tant combattu. Ferdinand devait payer une somme d’argent. A ce prix , la France aurait dû dire:«Kendez-moi mes trésors et mon sang. > Et Florence, la seule alliée fidèle de la France, pouvait sou* rire, elle qui ne savait pas prendre Pise, de voir la France céder si facilement les plus belles provinces du monde.
Mais la paix de France ne devait pas durer. L’Italie respirait la guerre ; on en avait pris l’habitude; en vain Va* lenlinois était mort dans une écbauffourée . en Navarre, loin de l’Italie; Jules II n’avait pas un caractère moins aventureux que Borgia, et nul prince ne porta mieux sa couronne en cavalier. Poussé à tout par l'inquiétude, la violence ou le caprice, dévoré du désir de ravoir la Romagne , il s’allie au roi de France, dont il allait devenir le plus vif ennemi , obtient l’aide des Florentins, et entre en maître à Bologne, d’où il avait fait fuir les Bentivogli ; son ame brûle d’amour de la gloire et de baine pour les Yénitiensqu’il allait bientôt adorer, mais auxquels alors il voulait reprendre une partie de la Romagne.
Après la révolte de Génc», sa soumission à Louis XII et la punition que ce monarque lui infligea (1507), les Florentins espéraient obtenir l’armée française pour s’emparer de Pise, mais le roi, infidèle à sa promesse et craignant d’inquiéter ses alliés, renvoie l’armée. Ferdinand, d’ailleurs, s’oppose à ce que Pise soit restituée aux Florentins sans sa participation. Ce prince avait déjà une fois reçu la promesse des Florentins de 120,000 ducats , s’il pouvait persuader aux Pisans de retourner sous leur joug, mais n’ayant pu convaincre les assiégés, il avait déclaré aux ambassadeurs florentins, qu’il s’opposerait à la .soumission de Pise si les Florentins voulaient l'obtenir sans son aide. Dans une réunion avec Louis XII, à Savone, où les deux rois se virent avec une feinte amitié, ils décidèrent que Pise retournerait sous la domination florentine, maisque chacun d’eux en recevraitle prix. La ruine des Génois privait alors Pise de ses meilleurs alliés (I ).
(i) Guicciirdini, lib, Vli, cap 3.
CHAPITBE TIII. 421
Et voici Florence, déjà si embarrassée entre tant de rois, qui est obligée d’envoyer des ambassadeurs à l’empereur, comme firent aussi tous les princes d'Italie. A côté du roi de France incapable, de Ferdinand habile, du pape fougueux, vient se placer l’homme du monde le plus extravagant, l’empereur Maximilien , qui n’eut de suite que dans son goût pour l’argent, et qui , saisi tout à coup de l’esprit d’entreprise qui agitait tous les princes dans la Péninsule, arrive pour combattre la France par caprice et par inquiétude. Les affaires se compliquent et s’embrouil- > lent de plus en plus (1507). Le pape, léger, ne sait avec qui s’allier, du roi de France ou de l'Empereur : le sort, le ha> sard et les vents disposent des intrigues et des événemens.'
Machiavel, appelé dans tous les cas pressans, avait eu successivement des légations à Piombino, Mantoue, Sienne, Pise, etc. Envoyé pour la seconde fois au Pape par la république, il avait suivi Jules II dans son expédition de la Romagne, et à Bologne, en août 1506. Après de nouvelles légations à Piomhino et à Sienne, on l’envoie aujourd’hui à l’empereur Maximilien, en décembre (1507). Ce fut une occasion pour lui de connaître le caractère de l’Empereur, d'étudier l’Allemagne, où il resta cinq ou six mois. Il allait accorder sa république avec l'Empereur. Ce prince devait passer par Florence, mais il n’y passa pas.
Les Florentins offensèreni Louis XII en traitant avec Maximilien. Le n i leur fait parler pour Pise. Ferdinand, jaloux, excite Pise à résister dans le seul but que les Florentins lui payassent uu prix, plus haut pour sa reddition. L'dlTaire traitée entre les deux cours, reste indécise (l>
(I) üuiccUrdiol, lib, 7. cap. 4,
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