CHAPITRE IX
LIGÜE DE CAHBBAI COflTBS LES VENITIENS. — SOUMISSION DE PISE. — JULES II FORME UNE LIGUE AVEC L’iTALlE ET LES - BARBARES POUR CHASSER LES BARBARES. — ■ CONSPIRATION CONTRE LE GONFALONIER.
Un nouvel et grand événement va faire éclater le délire de Florence, de Machiavel et du pape. LTlalie ruinée, affaiblie, en proie aux étrangers, ne gardait plus qu’un seul État puissant dans son sein. C’était Venise, enrichie par les revers de tous, Venise qui sans cesse enlevait quelque lambeau auxÊtats démembrés. De là sa ruine; chacun voulut r’avoir ce qu’elle avait pris , et le pape qui , en s’appuyant sur les barbares, devait crier tout à l’heure fuori barbari ; allait d’abord aider à achever ta ruine de l’Italie en accablant Venise. Ne pouvant supporter que cette république gardât une partie de la Roroagne , il l’accusaU des troubles de cette province ; le roi de France voulait enlever à Venise ce qu’elle avait pris en Lombardie, il lui reprochait d’anciennes prétentions et d’anciennes injures ; le roi Ferdinand désirait les ports que Venise gardait dans le royaume de Naples. Cependant le pape , retenu par le sentiment de son imprudence , hésita bientôt et négocia, soucieux et lent à s’engager. Comme l’empereur avait forcé les Vénitiens hostiles à traiter avec lui , ce fut là le prétexte de la colère du pape et de la ligue de Cambrai. Conclue d’abord contre les Turcs (1508) sous une apparence chrétienne (1), mais dirigée contre Venise, les souverains déclarèrent secrètement entre eux, qu’ils voulaient r'avoir leurs états de celte république usurpatrice. Et voici l’empereur Maximilien, mécontent des Vénitiens , qui songe à s’unir contre eux (1) Cambi. 1808.
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aurai de France qu'il avait combattu! César ridicule et fou ! impériale caricature I
Pendant que cette importante république de Venise était ainsi menacée , et que le pape permettait de prendre et vendre les Vénitiens comme esclaves (li ; la petite et glorieuse république de Pise était réduite à l'extrémité par les Florentina ; ceux-ci avaient fait un traité avec les Lue* quois pour les empêcher de secourir les Pisans, et en payant aux deux rois , de France et d'Aragon , 2oo mille ducats, ils avaient obtenu la permission de tenter ce qu'ils voudraient contre Pise, avec la promesse que les deux rois n'aideraient pas les Pisans, convention infâme pour les denx monarques, qni vendaient une ville sur laquelle ils D'avaientnul droit, et qu’ils avaient prise chacun sous leur protection. Mais les affaires de Pise , après avoir occupé toute ritalie, n’obtenaient plus qu’une attention Mcondaire, dans l’attente où l'on était de la grande guerre préparée contre Venise (2).
Durant les premiers et rapides succès de la ligue, et surtout des Français sur les Vénitiens consternés, les Florentins veulent enfin mettre la dernière main à la guerre contre Pise. Le commissaire général de la guerre était Niccolo Gapponi, fils de Pierre; on lui adjoint Ala* manno et Jacopo Salviati ; mais comme ces deux-ci étaient parents , et ne pouvaient servir ensemble par la loi du iwielo, on nomme Antonio Filicaia à la place de Jacopo. LesLucquois secouraient les Pisans malgré le traité, mais les paysans pisans ne voulaient plus supporter la guerre, elles chefs delà ville que soutenait la jeunesse, eommen* eent.pour calmer les paysans, des négociations avec les Florentins, par l’entremise du seigneur de Piombino ; ils y consument le plus de temps qu’ils peuvent. Machiavel, Mcrétaire des Florentins , est envoyé pour ces affaires à Fiombino, ainsi que plusieurs ambassadeurs des Pisans élus par les citoyens et les paysans. Pour mieux empé* cher les PiSans de s’approvisionner, ce qu’un pays ouvert
(i) Cambi. anno ISOS.
(>) Gu.cciardini lib. S. cap. f; — Nerli. lib. V.
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et leur audace leur rendaient possible, on divise l’armée en trois parties; et on fait périr tous ceux qui sortent de la ville. Mais les chefs obstinés, pleins de haine et de courage , cherchaient et inspiraient de nouvelles espérances en annonçant la venue de l’empereur. Les paysans les contraignent à reprendre les négociations avec Florence (1509); négociations qui sont conclues enfin par Alamanno Satviali. Les conditions de l'accord furent très favorables aux Pisans. Non seulement on leur remit tous leurs délits publics et privés, mais on leur accorda beaucoup d’autres exemptions; on les dispensa de la restitution des biens meubles des Florentins qu'ils avaient pris quand ils s'étaient soulevés; tant était grand le désir de s'emparer de Pise, et l'effroi que l’empereur ou quelque autre puissance, ne lui donnât encore les moyens d'écbapper. Les Florentins préférèrent des conditions très douces au risque de laisser quelques jours de plus à la fortune. L’accord commencé dans le camp, fut trailé et conclu â Florence ; et en cela la foi des Florentins fut mémorable; pleins de haine et aigris par tant d’injures, ils ne furent pas moins fidèles à leurs promesses , qu’ils n’avaient été faciles et démens pour les faire (1). Guicciardini appelle ces conditions iniques, mais, au contraire, elles étaient belles ; Les Florentins devaient-ils se montrer insolens après une victoire poursuivie avec si peu de courage?
Beaucoup de citoyens pisans s’exilèrent; quelques-uns passèrent à Palerme, d'autres à Lucques ut en Sardaigne: plusieurs allèrent combattre dans les rangs de l’armée française.
Cependant les Vénitiens, d’abord accablés et cédant à leur fortune, reprenaient courage ; Maximilien venait de se retirer de devant Padoue, quand les Florentins lui envoyèrent Pierre Guicciardini, père de l’historien, pour traiter avec lui (2). Chaque jour Jules II montrait plus de haine à la France et de penchant pour les Vénitiens ; s’apercevant de sa faute , il ne voulait pas les laisser périr.
(1) Guicciardini. lib. 8. cap. 3
(1) Guicciardini, lib. 8. cap. 4.
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louis XII part content de sa victoire sur les Vénitiens. Maximilien continue la guerre où il est battu.
En juin 15lO, Machiavel est envoyé en France pour la troisième fois, afin d'exciter contre les Vénitiens le roi Louis XII, très-inquiet de la conduite du pape. Les instructions de Soderini à Machiavel à son départ, montrent cette fatalité, qui portait les Etats d'Italie à se ruiner les uns les autres : « Tu diras au roi, portent les instructions du gonfalonier, que je ne désire que le maintien et l'accroissement de sa puissance en Italie; pour obtenir ce résultat, il faut qu'il abaisse les Vénitiens en s’entretenant bien avec l'empereur comme il l'a fait jusqu’ici. S'il était possible qu’il excitât le roi deHongrie à leur faire la guerre dans la Dalmalie, ce serait une chose excellente, car s’ils perdaient ces possessions , ce serait leur ruine, et le roi n’aurait pas à redouter le retour de leur puissance. Si cela ne peut pas se faire, tu diras au roi qu'il tâche de les tenir en dépense de troupes de ce côté là, qu’il temporise dans la guerre, comme il l'a fait jusqu’à présent, pour les consumer ; le but de Sa Majesté doit embrasser deux choses, s’il veut être rassuré sur ses possessions d'Italie: tenir l’empereur content et les Vénitiens affligés; le pape et l'Espagne seront avec le roi, parce que l’un n'a pas de bonnes troupes, et l’autre manque d’une situation commode pour l'offenser. Tu diras à Sa Majesté combien il me déplaît que le pape puisse se servir des Suisses ; Sa Majesté devrait faire tous ses efforts pour que Sa Sainteté ne pût pus s’en servir, et pour la forcer ainsi à temporiser ; car celte alliance des Suisses, ajoutée à l’argent du pape et à sa nature, le rend trop hardi, et peut produire un mauvais effet. Tu diras que je juge bien que Sa Majesté doit tout faire pour ne pas rompre avec le pape, parce que si un pape ami ne sert pas à grand chose, un pape ennemi nuit beaucoup, à cause de la réputation qu'il tire de l’Eglise, et puis encore parce qu’on ne peut pas lui faire la guerre directement, sans provoquer tout le monde contre soi. » Voilà donc où l'Italie en était arrivée ! Elle-même sans cesse so livrait aux étrangers! Telle avait été de plus en plus sa politique ! Florence ici cherche à fonder la force et l'accord
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de la France, de la Suisse, de Tempereuf et de PEspagné, en livrant le pape et les Vénitiens! Les dépêches de Machiavel sont remplies des inquiétudes de la France sur là conduite que suivra le pape; il faut chercher là une multitude de détails interessans et particuliers, mais que nous ne pouvons donner ici.
Florence et Venise restaient seules républiques, et devaient encourir successivement la haine générale; Vénise survécut; comme la haine pour elle n'étail que crainte et envie, cette haine s’éteignit avec sa ruine, et on lui laissa une liberté dont on ne craignait plus rien. Au contraire, l’élévation des Médicis au trône de l'Église, devait rendre un jour la liberté de Florence , que personne n’enviait, hostile aux papes ; ainsi Florence eut des ennemis qui poursuivirent victorieusement la ruine de ses institutions. Les Médicis seuls devaient ruiner Florence, libre sans eux comme Venise et Gênes. Qu’importait à l’Europe lalibefté de Florence et même le grand conseil? L’Europe ne songea qu’aux papes, et suivit avec eux des idées de politique et de convenance.
Jules II absout enfin les Vénitiens qu’il aime, car il à repris la Romagne, et sa haine pour les Français s’accroît et l’emporte surtout. Il excite le roi d’Angleterre à faire la guerre à la France, singulier pape qui soufflait sans cesse la haine et laguerre entre les chrétiens ! Il se décide enfin à chasser les Français, et avec l’appni des Espagnols, des barbares, à délivrer l’Italie des barbares ; comme il ne peut détacher le duc de Ferrare de la France, il se déclare son ennemi sous prétexte d’une affaire de gabelle et de sel. Le duc lui envoie Arioste, et Jules II, furieux contre le duc, menace de faire jeter le poète à la mer. Arioste dit dans une satyre :
Andar pid a Roma in poila non accade,
A placar la grand’ira di aecondo.
Jsio). Le pape, aidé des Vénitiens , attaque doné les Français partout. Le duc de Ferrare, Louis XII et l’empe^ reur, s’allient. Louis XII faisait à regretta guerre au pape.