‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 188 sur 230 · CHAPITRE X. 43S · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 43S

I coup de personnes cependant voyaient dans ce dessein une grande imprudence pour un but chimérique.

Le pape plein d'ardeur, sollicitait la venue des Espagnols el voulait, avant toute chose, qu’on fit la guerre aux Florentins, pour remettre les Médicis à Florence et se venger ainsi du gonfalonier et du concile de Pise.

Florence se prépare et on propose de soutenir la guerre I contre r Eglise, avec les revenus des biens de l’Eglise. Beau- ' coup de citoyens s’opposent à cette mesure, quelques-uns par crainte des censures ecclésiastiques, mais la plupart pour résister au gonialonier, principal auteur du projet.

I La nouvelle loi était déjà approuvée dans les conseils pré- I paratoires et ne demandait plus que l’approbation du grand conseil, convoqué pour la donner, lorsque le goni falonier vient parier pour la soutenir.

Il reproche au pape d’avoir été mal disposé pour FIo- ' reace, non seulement lorsqu’il l’avait soumise à l’interdit,

! sans écouter ses justifications ni l’espoir qu’elle montrait de changer le lieu du concile, mais durant tout le cours ' de son pontificat. Il rappelle, dans un long récit, que le pape a protégé les Pisans, refusé àFIorence les grâces particulières que les autres pontifes avaient accordées , protégé Alviano et Pandolfe Pétrucci , fait attenter à la vie du gonfalonier, non qu’il le détastât puisqu’il l’accueillait bien avant d’étre pape, mais pour ruiner la liberté, entraîner Florence dans ses guerres insensées et la soumettre à son orgueil cupide. 11 rappelle la nomination significative du jeune cardinal de Médicis, à Bologne, faite seulement pour effrayer Florence, puisque le pape n’avait jamais accordé, avant ce temps, à Médicis, ni faveur ni confiance. C’est ici l’intérêt de la France d’appuyer F.orence, mais il faut SB préparer à la guerre sans attendre lesFrançais. On craint d’employer la rente des biens ecclésiastiques , mais quoi de plus juste dans une guerre ecclésiastique? De nouveaux impôts réduiront des familles à la misère, tandis que les prêtres se trouveront seulement privés des plaisirs dont ils feraient mieux de s’abstenir, u Enfin, ditSoderini ou plutôt Guicciardini , c’est la maxime commune des sages que la liberté des villes plaît par dessus tout

à Dieu, parce que dans les villes libres, plus qne dans tout autre espèce de gouvernement, le bien commun est conservé, la justice administrée sans distinction, les âmes des citoyens plus enflammées pour les actions vertueuses, la religion mieux respectée. Et pourriez-vous croire qu’il déplairait à Dieu que nous employassions une petite partie des rentes temporelles , produites par les aumônes et les dotationsde nos pères, à la défenseet au service de noséglîses, aussi maltraitées des soldats dans une guerre faite par le pontife,qu’elles le seraient dans une guerre faite par un tyran impie ou par les Turcs. (1). »

La loi est acceptée et le pape plus furieux; mais Pandolfo Pétrucci, content d’éloigner la guerre de la Toscane, persuade aux confédérés d’attaquer Bologne au lieu de Florence.

Les cardinaux se rendaient au concile. A la demande des cardinaux français, trois cents lances française se dirigent de Milan sur Pise. Les Florentins effrayés s’opposent à ce qu’un tel nombre de soldats entre dans une ville si importante; ils redoutaient la mauvaise disposition des Pisans, se souvenaient que l’ancienne rébellion avait été causée par la présence du roi Charles VIII, et que les soldats français aimaient le nom Pisan. L’insolence militaire d’ailleurs pouvait amener des troubles , et la guerre^ se transporter aussitôt en Toscane. Ils objectent au roi la stérilité du pays et la sûreté de la ville , bien gardée par eux; le roi cède, et les Florentins laissent seulement au cardinal de Saint-Malo, cinq cents' archers.

Le peuple italien voyait le concile avec horreur, car il comprenait que c’était un prétexte mondain pour offenser le pape, et non une véritable réforme de 1 Eglise. Aussi Pise reçoit-elle froidement les cardinaux; les églises refusent les objets nécessaires pour la messe du concile; les cardinaux inquiets veulent quitter la ville; Machiavel ^ envoyé à Pise, en novembre, pour les y engager. Un événement tout à coup les décide : un soldat français insu te une courtisane, des coups s’en suivent ; les Français s arment; les Pisans et les Florentins s’arment de même; ceux-

(1) Guicciardint. iib. X. rhap. t!

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M èirlent !e noiti de France ! les antres celui de Marroceo I (signe de la république florentine) de furieux combats commencent : les chefs français les suspendent ; mais tes cardinaux qui siégeaient alors dans l’église voisine de Saint-Michel, sont si dpotivantés de ce tumulte affreux, qnele jour suivant, dans leur seconde session, ils décident la translation du concile à Milan ; ils partent à la hâte, avant le quinzième jour de leur arrivée, à la grande joie des Florentins et des Pisans.

'te roi de France demande alors de nouveaux services à la ^publique, carie pape était devenu très fortparson allian- «avec les Suisses. On ne sait si les Suisses ne sont pas les ÿlus honteux de tous ces étrangers, dans leut rôle de valets, se vendant cher, sans ambition, traîtres et insolens. touisXII, menacé par eux, recherche l’appui des Florentins, pour attaquer les Etats ecclésiastiques et gêner la ligne du çétédefiqlp^e. Illeur dit que les circonstances demandent \|h grands écoûrs qui engagéra à jamais envers eux ses suc-

E, taadisqq’ilsonitoutâ craindre, et rien ^ attendre . C’était une nouvelle occasion pour les partis, de ; les affaires étaient menées par tout le mondé, et (;ertes le nom de republique convenait alors à Florence. La liberté y permettait un jeu complet à tous les caractères, atlegonfalonier maintenait l'ordre, en laissant jusqu’à ses (nuemis, maîtres de leurs idées et de leurs mouvemens. lies uns ne voulaient pas secourir la France par crainte de nouvelles dépenses; les autres se souvenaient de l’ingratitude des deux rois de France, de la vente de Pise, et ne voulaient pas entrer dans une guerre sans nul profit , de quel côté que tournât la fortune.

Un grand nombre de citoyens s’opposent â la guerre, seulement par haine du gonfalonier qui la voulait: ils disent que Florence en donnant trois cents hommes d’armes à Louis XII , avait assez rempli son devoir d’alliée ; qu’en se bornant là, elle ne mécontenterait personne et n’aurait rien à redouter, quels que fussent les résultats de la guerre. Le gonfalonier représentait qu’il fallait défendre laFrance comme la liberté même, pui.sque Jules II avait envoyé le cardinal Médicis , légat à l’armée, et il ajoutait

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tout ce qu’on peut dire, en général , contre les neutralités

Dans ces incertitudes, les Florentins envoient enfin un ambassadeur au roi d'Arragon (au grand déplaisir de Louis XII). Ce fut Tbislorien Guicciardini, docteur du lois, encoresi jeune (janv. 1512, il avait trente-neuf ans) que son âge le rendait inhabile à exercer aucune magistrature; sa mission n’était pas telle qu’elle put le moins du monde changer la mauvaise disposition des confédérés.

La bataille de Ravennc (Il avril 1512), gagnée par Gaston de Foix, (qui est tué) et où le cardinal Médicis est fait prisonnier des Français, ne rétablit pas les affaires de Louis XII, car la victoire, trop payée par les vainqueurs, leur fit perdre tant de braves capitaines , que don Ramondo di Cardona, vice-roi de Naples, et chef de l’armée battue, ne resta pas moins fort que les Français. Le pape reprend son ardeur, et quand il avait pensé, après la bataille, à fuir de Rome ; aujourd’hui plus heureux que jamais, il ouvre, en grand habit pontifical, le concile deSaint- Jean-de-Latran (3 mai 1512), tandis qu’il faisait descendre les Suisses dans le duché de Milan pour priver bientôt le roi de France de cet Etat.

Après la bataille de Ravenne, Louis XII oblige les Fl-o rentins à lui envoyer, en Lombardie, trois cents hommes d’armes pour la défense de ses étals d’Italie, comme ils y étaient tenus par leur alliance. Cette alliancb devait finir dans deux mois, mais le roi, dans l’éclat de la victoire, contraignit la république à la renouveler pour cinq ans.

Il s’obligea à la défendre avec six cents lances, tandis que les Florentins s’obligeaient à défendre avec quatre cents hommes d’armes , les Etals du roi, en Italie.

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